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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2104957

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2104957

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2104957
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP GROS-HICTER ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 juin 2021 et le 26 octobre 2021, Mme B C et M. A C demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, d'annuler l'arrêté du 28 avril 2021 par laquelle la commune d'Aniche a décidé la création d'un emplacement de stationnement réservé aux personnes handicapées devant le n°28, rue Kopierre à Aniche, ainsi que les mesures et dispositions matérielles s'y rapportant.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure, dès lors que l'obligation d'information prévue par les articles L. 2213-2 du code général des collectivités territoriales et L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles n'a pas été respectée ;

- cet arrêté est dépourvu de toute justification alors que la seule personne titulaire de la carte " mobilité inclusion " résidant dans la rue Kopierre ne possède ni permis de conduire, ni voiture ; l'emplacement litigieux bénéficie aux autres membres de sa famille qui pourraient pourtant se garer sur leur domaine privé du 26 rue Kopierre et non sur le domaine public ;

- la demande de création d'une place adaptée en face de leur domicile intervient dans le cadre d'un conflit de voisinage et est destinée à leur porter préjudice.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 5 août 2021 et le 16 novembre 2021, la commune d'Aniche, représentée par la SCP Manuel Gros, Héloïse Hicter, Audrey D'Halluin et associés, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des requérants de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête, qui ne comporte pas de moyen, ne répond pas aux exigences de l'article R. 411-1 du code de justice administrative et est donc irrecevable ;

- les conclusions tendant à solliciter un contrôle d'opportunité de l'arrêté litigieux sont irrecevables ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 1er novembre 2022 à 23 h 59 par une ordonnance du 15 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le décret du 21 décembre 2006 relatif aux prescriptions techniques pour l'accessibilité de la voirie et des espaces publics et l'arrêté du 15 janvier 2007 qui en porte application ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monteil,

- les conclusions de M. Even, rapporteur public ;

- et les observations de Me Dubois représentant la commune d'Aniche.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C et M. A C résident au 28 rue Kopierre à Aniche (59). Par un arrêté en date du 28 avril 2021, dont ils demandent l'annulation, le maire d'Aniche a décidé la création d'un emplacement de stationnement réservé aux personnes handicapées devant leur domicile.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2213-2 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, par arrêté motivé, eu égard aux nécessités de la circulation et de la protection de l'environnement : / () 3° Réserver sur la voie publique ou dans tout autre lieu de stationnement ouvert au public des emplacements de stationnement aménagés aux véhicules utilisés par les personnes titulaires de la carte "mobilité inclusion" portant la mention "stationnement pour personnes handicapées" mentionnée à l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles, aux véhicules bénéficiant d'un label " auto-partage ", aux véhicules bénéficiant d'un signe distinctif de covoiturage, aux véhicules des usagers des transports publics de personnes ou aux véhicules à très faibles émissions au sens de l'article L. 318-1 du code de la route. ". Aux termes de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles : " I.-La carte " mobilité inclusion " destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. () "

3. Il ne résulte ni des dispositions de l'article L. 2213-2 du code général des collectivités territoriales ni de celles de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles que le maire d'Aniche avait une obligation d'afficher l'arrêté litigieux, par ailleurs parfaitement motivé, préalablement à la création de l'emplacement réservé devant le n°28, rue Kopierre.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 21 décembre 2006 relatif aux prescriptions techniques pour l'accessibilité de la voirie et des espaces publics : " I. - Les aménagements destinés à assurer aux personnes handicapées, quel que soit leur handicap, et aux personnes à mobilité réduite l'accessibilité des voies publiques ou privées ouvertes à la circulation publique et des autres espaces publics doivent satisfaire aux caractéristiques techniques suivantes : () / 2° Stationnement : Lorsque des places de stationnement sont matérialisées sur le domaine public, au moins 2 % de l'ensemble des emplacements de chaque zone de stationnement, arrondis à l'unité supérieure, sont accessibles et adaptés aux personnes circulant en fauteuil roulant () Les emplacements réservés sont librement accessibles. Leur agencement permet à toute personne de rejoindre le trottoir ou le cheminement pour piétons sans danger et sans rencontrer d'obstacle. ". Selon l'article 1er de l'arrêté du 15 janvier 2007 portant application de ce décret : " () Les emplacements réservés sont () répartis de manière homogène sur la totalité de la voirie de la commune, selon un plan de zonage élaboré après avis de la commission communale pour l'accessibilité aux personnes handicapées ou dans le cadre du plan de mise en accessibilité de la voirie et des espaces publics. ".

5. Il résulte des dispositions citées au point précédent que le taux de 2 % d'emplacements accessibles et adaptés aux personnes à mobilité réduite prévu par l'article 1er du décret du 21 décembre 2006 doit être apprécié sur l'ensemble de la voirie de la commune et selon un plan de zonage propre aux communes. Ces dispositions n'ont ainsi ni pour objet ni pour effet d'imposer à l'autorité compétente de créer une telle place de stationnement devant le domicile de tout administré à mobilité réduite qui en ferait la demande. Par suite, les requérants ne peuvent pas faire valoir à l'appui de ce moyen les arguments tirés de l'utilisation abusive de cet emplacement réservé par la personne handicapée habitant la maison voisine et sa famille alors que cette place ne leur est, en tout état de cause, pas réservée. Les requérants ne peuvent pas non plus faire valoir que cette place se substitue à un autre emplacement réservé dans la rue Kopierre, depuis effacée, dès lors qu'ils ne formulent aucun argument pouvant démontrer que cette substitution était irrégulière. Par suite, l'arrêté contesté n'a pas méconnu les dispositions législatives et réglementaires qui régissent la création des emplacements réservés.

6. En troisième et dernier lieu, si les requérants soutiennent que l'arrêté litigieux leur porte préjudice du fait de la gêne visuelle causée par la création de cet emplacement réservé et la perte de valeur qu'elle occasionnerait à leur maison, ils n'en apportent pas la démonstration ni pourquoi ces préjudices, à supposer établis, seraient de nature à entraîner l'annulation de l'arrêté du 28 avril 2021.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme C doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à M. A C et à la commune d'Aniche.

Délibéré après l'audience du 23 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

A.-L. MONTEIL

Le président,

Signé

X. FABRE

La greffière,

Signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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