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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2104976

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2104976

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2104976
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantHAINAUT JURIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 25 juin 2021, le 25 mars 2022 et le 14 avril 2022, M. A B, représenté par Me Maze-Villeseche, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 juillet 2020 par laquelle la commission locale d'agrément et de contrôle Nord lui a refusé le renouvellement de sa carte professionnelle d'agent privé de sécurité et la décision du 27 octobre 2020 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité a rejeté son recours dirigé contre la première décision ;

2°) d'enjoindre à la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité de procéder à un nouvel examen de sa demande de renouvellement de carte professionnelle ;

3°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité les dépens de l'instance qui seront recouvrés comme en matière d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision de la commission nationale d'agrément et de contrôle est insuffisamment motivée ;

- la décision de la commission nationale d'agrément et de contrôle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'existence d'une condamnation pénale isolée et peu grave se rapportant à des faits commis dans la sphère privée, est insuffisante pour établir une incompatibilité de son comportement avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité alors en tout état de cause que cette condamnation ne figure pas au bulletin n° 3 de son casier judiciaire et que cette décision a pour effet de priver son foyer de l'essentiel de ses ressources ;

- le bulletin n°2 du casier judiciaire produit par le Conseil national des activités privées de sécurité est illisible.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 mars 2022 et le 6 avril 2022, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête en soutenant qu'aucun des moyens n'est fondé.

Par ordonnance du 21 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 31 mai 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dang,

- les conclusions de Mme Lançon, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B était titulaire d'une carte professionnelle d'agent privé de sécurité depuis le 14 janvier 2015. Il demande au tribunal d'annuler les décisions de la commission locale d'agrément et de contrôle Nord (CLAC) du 21 juillet 2020 et de la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) du 27 octobre 2020 lui ayant refusé le renouvellement de cette carte professionnelle.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 633-3 du code de la sécurité intérieure, dans sa version applicable au litige : " Tout recours contentieux formé par une personne physique ou morale à l'encontre d'actes pris par une commission d'agrément et de contrôle est précédé d'un recours administratif préalable devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux ". Aux termes de l'article R. 633-9 du même code : " Le recours administratif préalable obligatoire devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle prévu à l'article L. 633-3 peut être exercé dans les deux mois de la notification, par la commission locale d'agrément et de contrôle, de la décision contestée. Cette notification précise les délais et les voies de recours. / Toute décision de la Commission nationale d'agrément et de contrôle se substitue à la décision initiale de la commission locale d'agrément et de contrôle. () ".

3. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale. Elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. En l'espèce, la décision prise par la CNAC le 27 octobre 2020 s'étant substituée à la décision prise par la CLAC Nord le 21 juillet 2020, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être regardées comme dirigées contre la seule décision de la CNAC.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision prise par la CNAC le 27 octobre 2020 comporte les énonciations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, mettant M. B à même de la contester. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait insuffisamment motivée manque en fait et doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 :/ 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ;/ 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées () ".

6. Pour refuser à M. B le renouvellement de sa carte professionnelle, la CNAC a fondé sa décision sur le 1° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure et a retenu que la condamnation prononcée à son encontre le 31 juillet 2018 par le président du tribunal de grande instance d'Avesnes sur Helpe à une peine de cent euros d'amende et de six mois de suspension du permis de conduire pour des faits de refus de se soumettre aux vérifications destinées à établir l'état alcoolique et conduite en état d'ivresse manifeste commis le 12 juillet 2018, était incompatible avec l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité. Si M. B soutient que cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, la circonstance que cette condamnation ne figure pas sur le bulletin n° 3 de son casier judiciaire est sans incidence sur sa légalité. En tout état de cause, cette condamnation est inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire de M. B, dont il apparait que l'extrait produit est lisible et que cette peine lui est applicable. Si M. B soutient que les faits ayant donné lieu à cette condamnation relèvent de la sphère privée, qu'ils sont isolés, et que la condamnation prononcée traduit leur faible degré de gravité, il ressort des pièces du dossier que la matérialité de ces faits est établie et que ce comportement est de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes et des biens et contraire à la probité, incompatible avec l'exercice des fonctions d'agent de sécurité. Enfin, M. B ne peut utilement se prévaloir des conséquences matérielles du refus de renouvellement de sa carte professionnelle. Dans ces conditions, la commission nationale d'agrément et de contrôle ne peut être regardée comme ayant entachée sa décision d'une erreur d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision prise par la CNAC le 27 octobre 2020. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à mettre à la charge du CNAPS les dépens de l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 9 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Paganel, président,

Mme Bergerat, première conseillère,

Mme Dang, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

L. DANG

Le président,

Signé

M. PAGANEL La greffière,

Signé

A. BEGUE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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