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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2105157

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2105157

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2105157
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCLEMENT D'ARMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juin 2021, M. E A, représenté par Me Clément, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 juillet 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de procéder au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de procéder au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil à compter du 27 juillet 2020, de lui verser les sommes non perçues depuis cette date ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que l'OFII ne l'a pas préalablement informé, dans une langue qu'il comprend, que le fait de ne pas respecter les exigences des autorités chargées de l'asile entrainait de plein droit le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

- elle n'a pas fait suite à un examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux, d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil et des dispositions des articles L. 744-8, L. 744-9 de D.744-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction antérieure à la loi

n° 2018-778 du 10 septembre 2018.

Par un mémoire enregistré le 8 août 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une ordonnance du président de la cour administrative d'appel de Douai du 26 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Grard a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, né le 10 janvier 1990, a présenté une demande d'asile en France le 29 mars 2017 et accepté le même jour le bénéfice des conditions matérielles d'accueil qui lui ont été proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).

Par un arrêté du 17 octobre 2017, le préfet du Nord a décidé du transfert de l'intéressé aux autorités italiennes. Par une décision du 8 octobre 2019, le directeur territorial de l'OFII a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de M. A au motif que celui-ci a été déclaré en fuite en raison de son refus d'embarquer à l'occasion de son transfert. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 27 juillet 2020 par laquelle le directeur territorial de l'OFII a refusé de procéder au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil.

2. En premier lieu, par une décision du 1er août 2019, publiée au Bulletin officiel du ministère de l'intérieur du 15 septembre 2019 et sur le site internet de l'OFII, le directeur général de cet établissement public a donné délégation à M. B C, directeur territorial, à l'effet de signer la décision en litige, laquelle relève des missions dévolues à cette direction.

Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait relatives à la situation de l'intéressé, qu'elle vise l'article 20 de la directive n°2013/33/UE du 26 juin 2013, les articles L.744-1 et L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais également la décision du Conseil d'Etat du

31 juillet 2019 n° 428530, laquelle rappelle les conditions dans lesquelles il peut être demandé à l'OFII de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil en cas de suspension de

celles-ci ainsi que les conditions d'appréciation de cette demande. Par ailleurs, la décision en litige rappelle le motif et la date de la décision de suspension ainsi que les conclusions de l'avis médical et de l'évaluation de sa situation personnelle et familiale. Dans ces conditions, elle apparait suffisamment motivée en fait et en droit. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté.

4. En troisième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir, directement ou par voie d'exception, des dispositions de l'article 20 de la directive du Parlement européen et du Conseil n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, intégralement transposée en droit interne par l'article L.744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile issu de la loi du

29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile, sans faire état de l'incompatibilité de cet article dont l'OFII a fait application avec ces dispositions. Le moyen tiré de la méconnaissance de celles-ci doit ainsi être écarté.

5. En quatrième lieu, la décision par laquelle l'OFII refuse à un demandeur d'asile le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil n'est pas prise pour l'application de la décision antérieure par laquelle l'OFII a suspendu le bénéfice desdites conditions matérielles d'accueil par le demandeur. Cette décision ne constitue pas davantage la base légale du refus de rétablissement. Par suite, M. A ne peut utilement faire valoir que préalablement à la suspension de ses conditions matérielles d'accueil par une décision de l'OFII en date du 8 octobre 2019, il n'aurait pas été informé dans une langue qu'il comprend que l'absence de respect des exigences des autorités chargées de l'asile entraine de plein droit le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, qu'il n'a pas méconnu ses obligations de présentation et qu'il a ainsi été irrégulièrement regardé comme étant en fuite. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin () ".

7. Il ressort des pièces du dossier et notamment des différents certificats médicaux antérieurs à la date de la décision attaquée produits que M. A souffre de rachialgies diffuses dorsales et présente de multiples cicatrices anciennes sur le corps. Toutefois, l'avis du médecin de l'OFII en date du 2 mai 2020 recommande uniquement un suivi spécialisé sans caractère d'urgence. Par ailleurs, si le requérant se prévaut d'un trouble de stress post traumatique et d'une situation de précarité matérielle, ces seuls éléments ne sauraient permettre de caractériser, dans les circonstances de l'espèce, une situation de vulnérabilité particulière au sens et pour l'application des dispositions citées au point 6. Les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation en ce qui concerne la situation de vulnérabilité de l'intéressé doivent ainsi être écartés.

8. En sixième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile () ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

9. Il résulte des dispositions précédemment citées que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'OFII après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application des dispositions de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur.

Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'OFII, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

10. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de l'arrêté du préfet du Nord en date du 17 octobre 2017 décidant son transfert vers l'Italie en vue de l'examen de sa demande d'asile, le requérant a refusé d'embarquer le 22 novembre 2017 à bord d'un vol à destination de Naples, rendant ainsi impossible son transfert. M. A ne fait état d'aucun motif légitime pour justifier ce refus. Par ailleurs, si le requérant soutient ne pas disposer de ressources suffisantes, il atteste être hébergé depuis le mois de juillet 2017 au sein de la communauté Emmaüs de Wambrechies.

Par suite, et alors que M. A ne se trouve pas dans une situation de vulnérabilité ainsi qu'il a été dit au point 7, le directeur territorial de l'OFII n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit, ni fait une inexacte application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de rétablir ses conditions matérielles d'accueil.

11. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII n'a pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé. Par suite, le moyen ainsi soulevé doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du directeur territorial de l'OFII en date du 27 juillet 2020. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Me Clément et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Leclère, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

E. GRARDLe président,

Signé

B. CHEVALDONNET

La greffière,

Signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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