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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2105194

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2105194

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2105194
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCLEMENT D'ARMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er juillet 2021, M. E B, représenté par Me Clément, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 janvier 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil à compter du même jour ;

2°) d'enjoindre au même directeur territorial de procéder au rétablissement desdites conditions à compter du 12 janvier 2021 et de lui verser les sommes non perçues depuis cette date ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité habilitée ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas bénéficié d'un entretien individuel dans les conditions prévues à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux, d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Leclère a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 5 avril 1988, a présenté une demande d'asile en France le 23 juin 2020 et accepté le même jour le bénéfice des conditions matérielles d'accueil qui lui ont été proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par un arrêté du 3 septembre 2020, le préfet du Nord a décidé de transférer l'intéressé aux autorités espagnoles. Par une décision du 12 janvier 2021, le directeur territorial de l'OFII a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour l'intéressé au motif qu'il ne s'est pas présenté aux autorités en charge d'examiner sa demande d'asile. Par la requête susvisée, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision contestée a été signée par M. A C, directeur territorial de l'OFII à Lille, qui était compétent pour ce faire en vertu d'une décision du 1er septembre 2020, publiée sur le site internet de l'OFII et au Bulletin officiel du ministère de l'intérieur. Le moyen tiré du vice d'incompétence doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision contestée vise les dispositions des articles L. 744-6 et L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et indique le motif de fait justifiant, selon le directeur territorial de l'OFII, que soit prise la mesure de suspension des conditions matérielles d'accueil de M. B. Dans ces conditions, elle est suffisamment motivée en fait et en droit.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette

fin. / () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que M. B soutient, lors de l'entretien individuel réalisé le 23 juin 2020 à l'occasion de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique, sa situation de vulnérabilité a été évaluée. Par ailleurs, aucune disposition, ni aucun principe n'impose qu'un nouvel entretien soit réalisé avant l'édiction d'une décision suspendant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit, en tout état de cause, être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige :

" Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné :

/ () / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. () ". Il résulte de ces dispositions, telles qu'interprétées par le Conseil d'Etat dans sa décision n° 428530, 428564 du 31 juillet 2019, que l'OFII peut, après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.

7. Il ressort des pièces du dossier que, le 9 novembre 2020, M. B, qui a fait l'objet d'un arrêté de transfert aux autorités espagnoles le 3 septembre 2020, ne s'est pas présenté aux autorités en charge de l'asile, rendant impossible son transfert vers l'Espagne prévu le jour même. Il a par suite été déclaré en fuite par le préfet du Nord. Le requérant ne faisant valoir aucun motif pour justifier cette absence, le directeur territorial de l'OFII n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 744-7 précité en estimant que l'intéressé n'avait pas respecté les exigences des autorités en charge de l'asile en s'abstenant de se présenter auprès de celles-ci en vue de l'exécution de son transfert. Si M. B produit en outre plusieurs pièces médicales attestant qu'il souffre d'une hépatite B évolutive, ces éléments ne caractérisent pas, dans les circonstances de l'espèce, une situation de particulière vulnérabilité au sens des dispositions précitées de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions visées au point 6 doivent être écartés.

8. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé. Par suite, le moyen ainsi soulevé doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que les conclusions présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Me Clément et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Hervouet, président du tribunal,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Leclère, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

La rapporteure,

Signé

M. LECLERE Le président,

Signé

C. HERVOUETLa greffière,

Signé

M. D

La rapporteure,

E. GRARD Le président,

C. HERVOUETLa greffière,

M. D

La rapporteure,

E. GRARD Le président,

C. HERVOUETLa greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet du Nord ce en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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