mercredi 20 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2105380 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | DIEU NGUIYAN AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2021, M. C E, représenté par Me Nguiyan, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 3 mai 2021 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a refusé de délivrer une carte nationale d'identité et un passeport biométrique à sa fille mineure B E ;
2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de délivrer à l'enfant B E une carte nationale d'identité et un passeport biométrique, dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le signataire de la décision en litige est incompétent ;
- la décision attaquée n'est pas motivée en droit ;
- elle est entachée d'un abus de pouvoir et méconnaît les dispositions de l'article 18 du code civil et celles de l'article 4 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article 5 du décret du 30 décembre 2005 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de fait ;
- elle méconnaît le principe du respect des droits de la défense ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 septembre 2021, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 21 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 7 novembre 2022.
Vu :
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n°55-1397 du 22 octobre 1955 ;
- le décret n°2005-1726 du 30 décembre 2005 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lançon,
- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, de nationalité française, a déposé, le 14 décembre 2020, auprès des services de la mairie de Lille, une demande, transmise au préfet du Pas-de-Calais, tendant à la délivrance à B E, née le 21 septembre 2020 à Lille, enfant qu'il a reconnue le 14 octobre 2020, d'une carte nationale d'identité et d'un passeport. Par une décision du 3 mai 2021, le préfet du Pas-de-Calais a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. E demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 24 août 2020, publié le 25 août 2020 au recueil spécial n° 50 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à M. Alain Castanier, secrétaire général de la préfecture du Pas-de-Calais, signataire de la décision en litige, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de délivrance de carte nationale d'identité et de passeport biométrique. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Ces considérations sont suffisamment développées pour permettre au requérant d'en comprendre et d'en discuter les motifs, et pour permettre au juge d'exercer son contrôle. En particulier, elle mentionne les éléments ayant conduit le préfet du Pas-de-Calais à considérer que la reconnaissance de paternité présentait un caractère frauduleux et que les conditions prévues par le décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports électroniques et celles prévues par le décret du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité n'étaient pas remplies. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français. ". Aux termes de l'article 310-1 du même code, dans sa version applicable à la date de la décision en litige : " La filiation est légalement établie, dans les conditions prévues au chapitre II du présent titre, par l'effet de la loi, par la reconnaissance volontaire ou par la possession d'état constatée par un acte de notoriété. / () ". Aux termes de l'article 2 du décret du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité : " La carte nationale d'identité est délivrée sans condition d'âge à tout Français qui en fait la demande. / () ". Aux termes de l'article 4 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports : " Le passeport est délivré, sans condition d'âge, à tout Français qui en fait la demande. / () ".
5. Pour l'application de ces dispositions, il appartient aux autorités administratives de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui d'une demande de carte d'identité ou de passeport sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur. Seul un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé peut conduire à subordonner cette délivrance ou ce renouvellement à l'accomplissement de vérifications appropriées à chaque situation particulière ou à justifier le refus de délivrance ou de renouvellement du titre demandé. Dans ce cadre, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi qu'une reconnaissance de paternité a été souscrite frauduleusement, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la délivrance du document sollicité.
6. Pour refuser à M. E la délivrance d'une carte nationale d'identité et d'un passeport biométrique à sa fille mineure, le préfet du Pas-de-Calais a considéré que la reconnaissance de paternité effectuée le 14 octobre 2020 n'avait été souscrite que dans le but de transmettre à l'enfant la nationalité française, et qu'elle revêtait, ainsi, un caractère frauduleux. Il ressort des pièces du dossier que Mme D F, ressortissante camerounaise, mère de B, entrée irrégulièrement sur le territoire français, était titulaire d'une attestation de demandeur d'asile valable du 28 août 2020 au 27 juin 2021. M. E a déclaré, lors de son entretien avec les services de la préfecture le 10 mars 2021, être père de trois autres enfants et d'un quatrième qu'il n'a pas reconnu, être marié avec la mère de son fils A, né le 1er novembre 2014, et vivre avec cette dernière. Il a indiqué avoir rencontré Mme D F dans un magasin à Athènes en février 2020 et l'avoir fréquentée seulement le soir de leur rencontre, puis pendant trois ou quatre semaines en juillet 2020, Mme F habitant alors chez lui. Mme F a déclaré aux services de la préfecture, le 10 mars 2021, avoir vécu avec M. E durant un mois à son arrivée en France, le 1er juillet 2020, l'avoir rencontré en février 2020, alors qu'elle faisait du shopping en Grèce, où elle vivait dans un camp de réfugié et qu'ils ont eu une relation pendant trois jours. M. E a communiqué aux services de la préfecture trois photographies le montrant avec sa fille ainsi que d'autres établissant sa présence en Grèce et celle de la mère de l'enfant, sans toutefois que leur présence concomitante soit justifiée. En outre, il ressort des déclarations de Mme F qui a affirmé être entrée en France, en juillet 2020 ainsi qu'il a été dit, alors qu'elle était enceinte de presque sept mois, que sa grossesse est antérieure à sa rencontre avec M. E. Si la circonstance que M. E ne démontre pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de sa fille est sans incidence sur la contestation de la nationalité française de l'enfant, le préfet du Pas-de-Calais établit que la reconnaissance, par M. E, de sa paternité, présente un caractère frauduleux eu égard aux déclarations contradictoires des intéressés, à l'absence d'éléments établissant la date de leur présence en Grèce et, surtout, à l'antériorité de la grossesse à leur rencontre. Dès lors, les moyens tirés de l'existence d'un abus de pouvoir et de la méconnaissance des dispositions de l'article 18 du code civil et de celles de l'article 4 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports doivent être écartés.
7. En quatrième lieu, pour soutenir que la décision en litige méconnaît les dispositions de l'article 5 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports, le requérant se borne à soutenir qu'il a produit tous les justificatifs exigés par ces dispositions. Toutefois, la décision attaquée étant fondée sur l'unique motif tiré du caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité, le moyen doit être écarté comme inopérant.
8. En cinquième lieu, le requérant n'établit pas contribuer à l'entretien et l'éducation de l'enfant par la production d'un relevé bancaire et de deux factures. Par suite, et en tout état de cause dès lors que cette contribution est sans incidence sur la légalité de la décision contestée, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'erreur de fait doivent être écartés.
9. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance du principe du respect des droits de la défense et de l'atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ne sont pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Dès lors, ils ne peuvent qu'être écartés.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 3 mai 2021 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a refusé à M. E de délivrer une carte nationale d'identité et un passeport biométrique à sa fille mineure B E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet du Pas-de-Calais.
Délibéré après l'audience du 29 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.
La rapporteure,
signé
L.-J. Lançon
Le président,
signé
J.-M. Riou
La greffière,
signé
I. Baudry
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026