mardi 9 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2105815 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL RESSOURCES PUBLIQUES AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 16 et 28 juillet 2021, et les 14 mars et 13 mai 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. C B, représenté par Me Le Bot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2021 par lequel le maire de la commune de Bouchain a prononcé la sanction de révocation à son encontre ;
2°) d'enjoindre à la commune de Bouchain de le réintégrer dans ses fonctions d'animateur principal de 1ère classe à compter du 6 mai 2021 et de procéder à la reconstitution de sa carrière et au versement de son plein traitement à compter de cette date, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Bouchain une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le conseil de discipline a été saisi par une autorité incompétente ;
- la commune n'était pas représentée régulièrement devant le conseil de discipline ;
- la décision de sanction est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise en méconnaissance de la règle de " non bis in idem " dès lors qu'il a fait l'objet d'une précédente sanction pour les mêmes faits ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 encadrant l'action disciplinaire dans un délai de trois ans ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'il ne pouvait être révoqué alors qu'il était en congé de maladie ;
- la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie et la sanction de révocation est disproportionnée ;
- la sanction prononcée est entachée d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 mars 2022, la commune de Bouchain, représentée par Me Fillieux, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 2 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Zoubir, rapporteure,
- les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique,
- et les observations de Me Fillieux, représentant la commune de Bouchain.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, titulaire du grade d'animateur principal de 1ère classe, exerçait ses fonctions au sein de la commune de Bouchain. Par arrêté du 6 mai 2021, le maire de la commune de Bouchain a prononcé à son encontre la sanction disciplinaire de révocation. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version alors en vigueur : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination. / Aucune procédure disciplinaire ne peut être engagée au-delà d'un délai de trois ans à compter du jour où l'administration a eu une connaissance effective de la réalité, de la nature et de l'ampleur des faits passibles de sanction. En cas de poursuites pénales exercées à l'encontre du fonctionnaire, ce délai est interrompu jusqu'à la décision définitive de classement sans suite, de non-lieu, d'acquittement, de relaxe ou de condamnation. Passé ce délai et hormis le cas où une autre procédure disciplinaire a été engagée à l'encontre de l'agent avant l'expiration de ce délai, les faits en cause ne peuvent plus être invoqués dans le cadre d'une procédure disciplinaire. / Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe par les dispositions statutaires relatives aux fonctions publiques de l'Etat, territoriale et hospitalière ne peut être prononcée sans consultation préalable d'un organisme siégeant en conseil de discipline dans lequel le personnel est représenté. / L'avis de cet organisme de même que la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés. ". Aux termes de l'article 90 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version en vigueur : " () Le conseil de discipline est saisi par un rapport de l'autorité territoriale. Ce rapport précise les faits reprochés et les circonstances dans lesquelles ils ont été commis () ".
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le rapport de saisine du conseil de discipline a été signé par M. A, attaché principal, directeur général des services de la commune de Bouchain, qui bénéficiait d'une délégation du maire accordée par arrêté du 13 septembre 2017, notifié à l'intéressé le 15 septembre 2017, transmis au contrôle de légalité de la sous-préfecture de Valenciennes le même jour, et qui a fait l'objet d'un affichage en mairie pendant une période de deux mois, à l'effet de signer tout document relatif à la carrière des agents municipaux. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la saisine du conseil de discipline doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la commune soutient sans être contestée qu'elle était représentée, devant le conseil discipline, par un conseil dûment mandaté à cet effet. Par suite, le moyen tiré de ce que la commune aurait été représentée par une personne non habilitée doit être écarté.
5. En troisième lieu, le législateur a entendu imposer à l'autorité qui prononce une sanction l'obligation de préciser elle-même, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre du fonctionnaire intéressé, de sorte que ce dernier puisse, à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée, connaître, de façon complète et précise, les motifs de la sanction qui le frappe. La volonté du législateur n'est pas respectée lorsque la décision prononçant la sanction comporte en elle-même aucun motif précis et se borne à viser un document dont le texte n'est ni incorporé, ni joint à la décision.
6. En l'espèce, l'arrêté du 6 mai 2021 vise les textes dont il a été fait application, en particulier les lois n° 83-634 du 13 juillet 1983 et n° 84-53 du 26 janvier 1984, et indique qu'il est reproché à M. B d'avoir eu un comportement déplacé à l'égard de deux agents municipaux, se caractérisant par des attitudes ambigües, la formulation d'avances à caractère sexuel, la tenue de propos à connotation sexuelle et un contact avec l'une d'entre elles, et précise que l'intéressé a, pour ces agissements, fait l'objet d'une condamnation pénale pour harcèlement sexuel. L'arrêté indique également qu'il est reproché à M. B d'avoir proféré des menaces à l'égard d'un agent municipal, faits pour lequel il a également été condamné pour subornation de témoin. Il comporte ainsi l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
7. En quatrième lieu, M. B soutient que la décision en litige viole la règle " non bis in idem " dès lors qu'il a déjà fait l'objet d'une sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour les mêmes faits par arrêté du 19 septembre 2016. Toutefois, l'arrêté du 19 septembre 2016 produit par le requérant n'a jamais été signé par le maire ni notifié à M. B, la commune ayant fait le choix d'attendre l'issue de la procédure pénale pour décider ou non de sanctionner son agent. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit soulevé doit être écarté.
8. En cinquième lieu, M. B soutient que la décision en litige serait fondée, pour partie, sur des faits prescrits, en application des dispositions citées au point 2 de l'alinéa 2 de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983, dans leur rédaction issue de la loi du 20 avril 2016 relative à la déontologie et aux droits et obligations des fonctionnaires, dès lors que la commune de Bouchain a eu connaissance des faits reprochés de harcèlement sexuel, au plus tard lors de la première saisine du conseil de discipline, soit le 28 mai 2015, et qu'elle n'a engagé la procédure ayant conduit au prononcé de la sanction de révocation que le 10 septembre 2020, soit après l'expiration du délai de trois ans prescrit.
9. Toutefois, lorsqu'une loi nouvelle institue ainsi, sans comporter de disposition spécifique relative à son entrée en vigueur, un délai de prescription d'une action disciplinaire dont l'exercice n'était précédemment enfermé dans aucun délai, le nouveau délai de prescription est applicable aux faits antérieurs à la date de son entrée en vigueur mais ne peut, sauf à revêtir un caractère rétroactif, courir qu'à compter de cette date. Il suit de là que le délai institué par les dispositions précitées a couru, en ce qui concerne les faits antérieurs au 22 avril 2016, date d'entrée en vigueur de la loi du 20 avril 2016, à compter de cette date.
10. Par ailleurs, il résulte de ces dispositions que ce délai est interrompu en cas de poursuites pénales exercées à l'encontre du fonctionnaire concerné.
11. Or, il ressort des pièces du dossier que des poursuites pénales ont été engagées à l'encontre de M. B le 22 avril 2016 et que le délai n'a, par suite, commencé à courir que le 4 septembre 2019, date de l'arrêt rendu par la Cour de cassation. Dans ces conditions, le moyen tiré de la prescription de l'action disciplinaire engagée le 16 septembre 2020 par la commune de Bouchain doit être écarté.
12. En sixième lieu, contrairement à ce que M. B soutient, la circonstance qu'un agent soit placé en congé pour maladie ne fait pas obstacle à l'exercice de l'action disciplinaire à son égard ni, le cas échéant, à l'entrée en vigueur d'une décision de révocation. Par suite, le maire pouvait légalement édicter la sanction en litige et en fixer les effets sans attendre la fin du congé pour maladie du requérant.
13. En septième lieu, aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 alors en vigueur : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. / () ". Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version alors en vigueur : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / () Quatrième groupe : / () la révocation. / () ".
14. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
15. M. B soutient que la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé a été condamné pénalement, par un jugement définitif, à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis pour harcèlement sexuel par une personne abusant de l'autorité que lui confère sa fonction, pour propos ou comportements à connotation sexuelle imposés de façon répétée, ainsi que pour subornation de témoin. L'autorité de la chose jugée appartenant aux décisions des juges répressifs devenues définitives, qui s'impose aux juridictions administratives, s'attache à la constatation matérielle des faits mentionnés dans le jugement et qui sont le support nécessaire du dispositif. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la commune se serait fondée sur des faits dont la matérialité n'est pas établie. Enfin, contrairement à ce que soutient M. B, la commune ne s'est pas fondée sur des faits de mauvaise gestion de la régie municipale.
16. Les faits reprochés à M. B constituent des fautes disciplinaires qui, eu égard à leur gravité et à leur caractère répété, et compte tenu de la circonstance qu'ils ont été exercés, s'agissant du harcèlement sexuel, par une personne placée dans une position d'autorité hiérarchique, justifient la sanction de révocation prononcée.
17. En dernier lieu, en l'absence de tout élément probant produit par le requérant au soutien de ses allégations et compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré du détournement de pouvoir ne peut qu'être écarté.
18. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 mai 2021 du maire de la commune de Bouchain. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bouchain, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B, une somme de 600 euros à verser à la commune de Bouchain sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : M. B versera à la commune de Bouchain la somme de 600 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune de Bouchain.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2023 à laquelle siégeaient :
- Mme Leguin, présidente,
- M. Borget, premier conseiller,
- Mme Zoubir, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.
La rapporteure,
signé
N. ZOUBIR
La présidente,
signé
AM. LEGUINLa greffière,
signé
S. MAUFROID
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026