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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2105931

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2105931

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2105931
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGUERIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 juillet 2021 et le 15 février 2022,

M. A B, représenté par Me Guérin, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la délibération du conseil communautaire de la communauté d'agglomération Valenciennes Métropole en date du 11 mars 2021 portant approbation du plan local d'urbanisme intercommunal de Valenciennes Métropole ainsi que la décision du 6 juillet 2021 rejetant son recours gracieux

2°) à titre subsidiaire, d'annuler ces décisions en tant qu'elles classent en zone N la parcelle cadastrée C 406 à Sebourg ;

3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Valenciennes Métropole la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la délibération attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard de la durée de l'enquête publique ;

- elle méconnait les dispositions de l'article R. 123-11 du code de l'environnement ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 151-54 du code de l'urbanisme en raison de l'insuffisance du rapport de présentation s'agissant de la justification du classement de sa parcelle ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme en raison de l'insuffisance du projet d'aménagement et de développement durables ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation pour ce qui est du classement de la parcelle cadastrée C 406 à Sebourg.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 janvier 2022, la communauté d'agglomération Valenciennes Métropole, représentée par l'AARPI Tejas Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Babski, rapporteur public,

- les observations de Me Guérin, représentant M. B,

- les observations de Me Macagno, représentant la communauté d'agglomération Valenciennes Métropole.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est propriétaire de la parcelle cadastrée C 406 située rue des Noyers Prolongée sur le territoire de la commune de Sebourg. Par une délibération du 11 mars 2021, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Valenciennes Métropole a approuvé son plan local d'urbanisme intercommunal et a classé cette parcelle en zone naturelle. Par la requête susvisée, M. B demande au tribunal d'annuler cette délibération ainsi que la décision du 6 juillet 2021 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'incompétence du signataire de la délibération attaquée :

2. Dans son mémoire enregistré le 15 février 2022, M. B a expressément abandonné ce moyen. Il n'y a par suite pas lieu d'y statuer.

En ce qui concerne l'enquête publique :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 123-9 du code de l'environnement : " La durée de l'enquête publique est fixée par l'autorité compétente chargée de l'ouvrir et de l'organiser. Elle ne peut être inférieure à trente jours pour les projets, plans et programmes faisant l'objet d'une évaluation environnementale. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que l'enquête publique s'est déroulée du 15 septembre 2020 au 15 octobre 2020 inclus, respectant ainsi la durée minimale réglementaire d'un mois prévue par les dispositions précitées. Dans ces conditions, et alors que l'état d'urgence sanitaire avait pris fin le 1er juillet 2021, les allégations de M. B, qui se borne à affirmer que cette durée a été insuffisante au regard du contexte sanitaire et de l'importance du document d'urbanisme faisant l'objet de l'enquête en cause, doivent être écartées.

5. En second lieu, aux termes de l'article R. 123-11 du code de l'environnement : " I. - Un avis portant les indications mentionnées à l'article R. 123-9 à la connaissance du public est publié en caractères apparents quinze jours au moins avant le début de l'enquête et rappelé dans les huit premiers jours de celle-ci dans deux journaux régionaux ou locaux diffusés dans le ou les départements concernés. () II. - L'avis mentionné au I est publié sur le site internet de l'autorité compétente pour ouvrir et organiser l'enquête. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que l'avis d'ouverture d'enquête publique, qui a débuté le 15 septembre 2020, a été publié dans les journaux "" La Voix du Nord " et " L'Observateur du Valenciennois " des 28 août 2020 et 18 septembre 2020 diffusés dans le département du Nord ainsi que sur le site internet de la communauté d'agglomération Valenciennes Métropole. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 123-11 du code de l'environnement doit être écarté.

En ce qui concerne l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme :

7. Aux termes de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme : " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par : 1° L'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale à la majorité des suffrages exprimés après que les avis qui ont été joints au dossier, les observations du public et le rapport du commissaire ou de la commission d'enquête aient été présentés lors d'une conférence intercommunale rassemblant les maires des communes membres de l'établissement public de coopération intercommunale et, le cas échéant, après que l'avis des communes sur le plan de secteur qui couvre leur territoire a été recueilli (). ".

8. S'il résulte de ces dispositions qu'il est loisible à l'autorité compétente de modifier le plan local d'urbanisme après l'enquête publique sous réserve, d'une part, que cette modification procède de l'enquête et, d'autre part, qu'elle ne porte pas atteinte à l'économie générale de ce document, celles-ci ne créent aucune obligation de procéder à de telles modifications. Par suite, M. B ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme en ce que la communauté d'agglomération Valenciennes Métropole n'a pas procédé à la modification de zonage qu'il avait proposé durant l'enquête publique ni ne peut soutenir que le refus de procéder à ces modifications est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le rapport de présentation :

9. Aux termes de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. / Il s'appuie sur un diagnostic établi au regard des prévisions économiques et démographiques et des besoins répertoriés en matière de développement économique, de surfaces et de développement agricoles, de développement forestier, d'aménagement de l'espace, d'environnement, notamment en matière de biodiversité, d'équilibre social de l'habitat, de transports, de commerce, d'équipements et de services. / () Il analyse la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers au cours des dix années précédant l'arrêt du projet de plan ou depuis la dernière révision du document d'urbanisme et la capacité de densification et de mutation de l'ensemble des espaces bâtis, en tenant compte des formes urbaines et architecturales. Il expose les dispositions qui favorisent la densification de ces espaces ainsi que la limitation de la consommation des espaces naturels, agricoles ou forestiers. Il justifie les objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain compris dans le projet d'aménagement et de développement durables au regard des objectifs de consommation de l'espace fixés, le cas échéant, par le schéma de cohérence territoriale et au regard des dynamiques économiques et démographiques. Il établit un inventaire des capacités de stationnement de véhicules motorisés, de véhicules hybrides et électriques et de vélos des parcs ouverts au public et des possibilités de mutualisation de ces capacités. Aux termes de l'article R. 151-2 du même code : " Le rapport de présentation comporte les justifications de () / 4° La délimitation des zones prévues par l'article L. 151-9 ; () ".

10. En l'espèce, le rapport de présentation comprend trois parties, relatives aux diagnostic du territoire de la communauté d'agglomération, à l'évaluation environnementale et à la justification du projet et notamment de la délimitation des différentes zones. Il répertorie par ailleurs les besoins en matière d'aménagement du territoire et analyse la consommation foncière. Le rapport de présentation explique ainsi les choix retenus et notamment les éléments ayant pu guider les choix en matière de zonage naturel notamment dans la partie V du chapitre 5, sans qu'il soit attendu des auteurs du rapport de présentation une justification parcelle par parcelle. Dans ces conditions, alors qu'au demeurant le classement de la parcelle de M. B n'a pas été modifié par rapport à celui prévu par le précédent document d'urbanisme applicable sur le territoire de la commune de Sebourg, le moyen tiré de l'insuffisance du rapport de présentation, en tant qu'il ne justifie pas de l'insertion de la parcelle du requérant en zone naturelle, doit être écarté.

En ce qui concerne le projet d'aménagement et de développement durables :

11. Aux termes de l'article R. 151-54 du code de l'urbanisme : " Lorsque le plan local d'urbanisme tient lieu de programme local de l'habitat : () 2° Le projet d'aménagement et de développement durables détermine les principes et objectifs mentionnés aux a à c, f et h de l'article R. 302-1-2 du code de la construction et de l'habitation ; () ".

12. Il ne ressort pas des mentions de la délibération attaquée que le plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté d'agglomération Valenciennes Métropole tient lieu de programme local de l'habitat. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance du projet d'aménagement et de développement durables en ce qu'il ne détermine pas les principes et objectifs mentionnés à l'article R. 302-1-2 du code de la construction et de l'habitation est inopérant et doit être écarté.

En ce qui concerne le classement de la parcelle C 406 en zone naturelle :

13. Aux termes de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes de l'article R. 151-24 de ce code : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : () / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels () ".

14. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Ils peuvent notamment identifier et localiser des éléments de paysage ou des sites et secteurs à protéger et définir des prescriptions de nature à assurer leur protection. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

15. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'Axe n° 3 du projet d'aménagement et de développement durables (PADD), intitulé " Promouvoir une agglomération écoresponsable ", comporte une orientation n° 1 tendant à " valoriser le cadre naturel et agricole de l'agglomération ". Cette orientation consiste, selon le PADD, à préserver les espaces naturels majeurs tels les zones naturelles d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) de type I correspondant à des cœurs de nature. Ainsi, les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté d'agglomération Valenciennes Métropole ont entendu retenir un parti d'aménagement consistant notamment à préserver les espaces naturels majeurs tels les ZNIEFF de type I en les intégrant au dispositif " cœurs de nature " du Schéma Trame Verte et Bleue de la communauté d'agglomération. En outre, selon le rapport de présentation du plan local d'urbanisme intercommunal en litige, les parcelles intégrées dans les " cœurs de nature " du Schéma de Trame Verte et Bleue de la communauté d'agglomération sont classées en zone naturelle si elles ne sont pas concernées par un enjeu agricole ou urbain.

16. D'autre part, la parcelle cadastrée C 406 sur le territoire de la commune de Sebourg consiste en une étendue en partie boisée d'environ 2 100 mètres carrés ne supportant aucune construction. Il ressort des pièces du dossier qu'elle s'intègre au sein d'un vaste secteur composé de bois, de pâtures, de cours d'eau et d'étangs. Au demeurant, elle fait partie de la ZNIEFF de type I " Vallées de l'Aunelle et ruisseau du Sart " et a été intégrée aux cœurs de nature du Schéma de Trame Verte et Bleue de la communauté d'agglomération Valenciennes Métropole. Par ailleurs, si cette parcelle est située en mitoyenneté de la zone urbaine UAb de la commune de Sebourg, est desservie par les réseaux et que certaines parcelles situées à proximité sont bâties, il ne ressort pas des pièces du dossier que la parcelle C 406 présenterait un enjeu agricole ou urbain au sens du rapport de présentation du plan local d'urbanisme intercommunal. Si M. B se prévaut d'un courrier du maire de Sebourg en date du 6 février 2021 par lequel celui-ci l'informe qu'il ne s'opposerait pas à un classement partiel de sa parcelle en zone constructible dans la continuité de la zone urbaine existante, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision de la communauté d'agglomération Valenciennes Métropole, seule autorité compétente en matière d'élaboration du plan local d'urbanisme pour le territoire de la commune de Sebourg, de classer la parcelle C 406 en zone naturelle. Dans ces conditions, eu égard à la configuration des lieux, qui présentent le caractère d'espace naturel au sens du 3° de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme, et au parti d'urbanisme retenu par les auteurs du plan tel qu'exposé au point 15 du présent jugement, le classement de la parcelle de M. B en zone N n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la communauté d'agglomération Valenciennes Métropole, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme de 1 500 euros au bénéfice de la communauté d'agglomération Valenciennes Métropole en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la communauté d'agglomération Valenciennes Métropole la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la communauté d'agglomération Valenciennes Métropole.

Délibéré après l'audience du 16 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- M. Liénard, conseiller,

- Mme Leclère, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé

Q. LIENARD

Le président,

Signé

B. CHEVALDONNET La greffière,

Signé

J. DEREGNIEAUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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