mercredi 22 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2105956 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | juge unique (6) |
| Avocat requérant | JAMAIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 juillet 2021 et le 28 juillet 2021, Mme D B, représentée par Me Jamais, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 28 mai 2021 par laquelle le président du département du Nord a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé à l'encontre de la décision du 6 avril 2021, notifiant un indu de revenu de solidarité active pour les mois de février 2015 à mars 2017 d'un montant de 15 822,86 euros ;
2°) de mettre à la charge du département du Nord une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas établi que la décision du 28 mai 2021 ait été signée par une autorité compétente ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- cette décision est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 611-1 du code de la sécurité sociale ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dans la mesure où les dispositions de l'article L. 262-7 du code de la sécurité sociale ont été appliquées pour les mois de janvier à mars 2017, en dépit de leur abrogation ;
- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 267-2 du code de l'action sociale et des familles, en l'absence d'activité exercée dans l'entreprise de son mari et de revenu locatif, ajoutant être dans l'impossibilité de démontrer qu'elle ne dispose pas d'argent placé ;
- les dispositions de l'article L. 262-7 du code de l'action sociale et des familles, en ce qu'elles créent une rupture d'égalité entre des personnes placées dans une situation similaire, ne dégageant aucun revenu, n'auraient pas dû être appliquées ;
- pour la période de janvier 2017 à mars 2017, les revenus réels du foyer auraient dû être évalués et pris en compte, et non le chiffre d'affaires des années 2015 et 2016 ;
- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 262-41 du code de l'action sociale et des familles, en l'absence de disproportion marquée entre son train de vie et ses ressources déclarées ;
- la créance du département est prescrite, au regard de la bonne foi de Mme B et des dispositions de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale ;
- la preuve d'une fraude n'est pas rapportée ;
- la décision contestée doit être annulée, du fait des erreurs commises par la caisse d'allocations familiales ;
- la décision contestée est constitutive d'un détournement de procédure.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 octobre 2023, le département du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la décision contestée a été prise dans le respect de l'autorité de la chose jugée ;
- en raison de l'origine frauduleuse de l'indu en litige et des dispositions de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, sa créance n'est pas prescrite ;
- les autres moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu :
- le jugement n°1806693 rendu par la présente juridiction le 9 novembre 2020 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- la loi organique n° 2009-1523 du 10 décembre 2009 ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code civil ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Fougères, premier conseiller, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Fougères a été entendu au cours de l'audience publique à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, bénéficiaire du revenu de solidarité active, a fait l'objet d'un contrôle de la caisse d'allocations familiales du Nord, à l'issue duquel ses déclarations relatives aux ressources de son foyer ont été remises en cause. La caisse d'allocations familiales du Nord lui a en conséquence réclamé le remboursement d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant total de 15 822,86 euros, pour la période de février 2015 à mars 2017. Le 24 mai 2018, le président du conseil départemental du Nord a rejeté le recours préalable formé par Mme B et confirmé la créance détenue par la caisse d'allocations familiales, en précisant seulement que, du fait d'un recouvrement partiel, son solde s'élevait à 13 052,90 euros. Par jugement du 9 novembre 2020, le tribunal administratif de Lille a annulé la décision du 24 mai 2018 en raison de l'incompétence de l'auteure de cette décision, ajoutant que cette annulation n'excluait pas la possibilité pour le département du Nord, s'il s'y croit fondé et si aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision. Par une décision du 28 mai 2021, le président du département du Nord a notifié à Mme B un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 15 822,86 euros pour les mois de février 2015 à mars 2017, précisant que le solde de la créance s'élevait désormais à un montant de 11 770,60 euros. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Lorsque le recours dont le juge administratif est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
3. En premier lieu, par un arrêté du 29 novembre 2019, publié le 2 décembre 2019, le président du conseil départemental du Nord a donné délégation à Mme C E, responsable du pôle Droits et devoirs des allocataires du RSA, signataire de l'arrêté contesté, à l'effet de signer les décisions relevant des matières visées aux points 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8.1 et 8.3 de l'arrêté du 26 juin 2018, comprenant notamment, " les décisions de rejet et leur notification " dans le cadre d'une procédure administrative. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de décision du 28 mai 2021 en litige doit être écarté, sans qu'importe la circonstance que l'assemblée départementale ait été renouvelée à l'issue des élections tenues fin juin 2021.
4. En deuxième lieu, la décision contestée, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de Mme B et qui renvoie notamment aux motifs de la décision du 24 mai 2018, que Mme B ne conteste pas avoir reçue, énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée, de manière suffisamment circonstanciée pour, d'une part, mettre l'intéressée en mesure d'en discuter utilement les motifs et, d'autre part, permettre au juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision contestée doit être écarté.
5. En troisième lieu, en cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision.
6. En l'espèce, si la décision du 24 mai 2018, par laquelle le président du conseil départemental du Nord a rejeté le recours administratif préalable obligatoire de Mme B dirigé contre la décision par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant initial de 15 822,86 euros pour la période de février 2015 à mars 2017, a été annulée par jugement n°1806693 du 9 novembre 2020, devenu définitif, ce jugement indiquait expressément qu'il était loisible à l'administration, si aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision, ce même jugement ayant considéré que l'indu en litige, pour la période de février 2015 à mars 2017, était bien-fondé. Il s'ensuit que, les parties étant identiques, compte tenu d'une identité d'objet du litige et de cause, et dans la mesure où l'autorité de la chose jugée s'attache également aux motifs qui sont le soutien nécessaire de la décision, Mme B n'est pas fondée à contester le bien-fondé de l'indu qui lui est réclamé, sous réserve des règles de prescription. Pour les mêmes motifs, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige est entachée d'un détournement de pouvoir ou d'un détournement de procédure. Ces moyens doivent donc être écartés.
7. En quatrième lieu, d'une part, l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable à la cause, dispose que : " L'action de l'allocataire pour le paiement des prestations se prescrit par deux ans. / Cette prescription est également applicable à l'action intentée par un organisme payeur en recouvrement des prestations indûment payées, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration. / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ", ce délai de prescription de cinq ans de droit commun étant applicable en l'absence d'une prescription spéciale d'action de récupération. Il résulte de ces dispositions que le délai de prescription prévu à l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles court à compter du paiement de la prestation, seule l'existence d'une fraude ou de fausses déclarations étant de nature à faire obstacle à l'application de la prescription biennale prévue à cet article et à reporter, à la date de découverte de celles-ci, le point de départ de la prescription de l'action en répétition de l'indu.
8. D'autre part, aux termes de l'article R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. "
9. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de contrôle, que Mme B s'est abstenue de déclarer l'ensemble des revenus du foyer depuis le 13 février 2007, ne mentionnant ni les revenus tirés par son mari en qualité de gérant d'une société commerciale, ni les revenus de son fils A perçus du 23 novembre 2015 au 19 décembre 2015 et du 20 au 23 décembre 2016, ni les revenus perçus par sa fille F en décembre 2016 et en janvier 2017, ni les revenus issus de son patrimoine (revenus de placements et de la location de garages). Dès lors, compte tenu de la durée et de la multiplicité des manquements commis, alors que la requérante ne conteste pas que les formulaires de déclaration de ressources l'invitaient à déclarer l'ensemble des revenus des membres du foyer, celle-ci ne peut être regardée comme étant de bonne foi. Les fausses déclarations commises par Mme B justifient ainsi l'application du délai de prescription quinquennal à compter du 18 mai 2017, date du rapport d'enquête établi par l'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Nord. Par suite, à la date de la décision contestée, le 28 mai 2021, la créance du département du Nord relatif à l'indu de revenu de solidarité active portant sur la période de février 2015 à mars 2017 inclus n'était pas prescrite.
10. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris à fin d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et au département du Nord.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2023.
Le magistrat désigné,
signé
V. FOUGÈRES
La greffière,
signé
I.BAUDRY
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026