mercredi 7 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2106001 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP LESTOILLE & CHAMBAERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 28 juillet 2021 et 11 avril 2022, Mme C A E, représentée par Me Lestoille, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 4 mai 2021 par laquelle le ministre de l'agriculture et de l'alimentation l'a licenciée au terme de sa période d'essai ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 15 000 euros au titre du préjudice moral et du trouble dans les conditions d'existence qu'elle estime avoir subis en raison de cette éviction illégale ;
3°) d'enjoindre à l'autorité administrative de la réintégrer à compter de la date de son éviction et de reconstituer sa carrière, ou à défaut, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 48 000 euros au titre de sa perte de salaires ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative ;
5°) de condamner l'Etat aux dépens.
Elle soutient que :
- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est dépourvue de motivation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure tenant à l'absence de convocation à un entretien préalable au licenciement ;
- elle est illégale dès lors qu'aucune période d'essai ne pouvait légalement lui être opposée compte tenu des renouvellements successifs de ses contrats de travail ;
- l'illégalité fautive de la décision du 4 mai 2021 est à l'origine d'un préjudice moral, de troubles dans les conditions d'existence et d'une perte de salaires ;
- elle est fondée à demander la réparation des préjudices subis à hauteur de 15 000 euros s'agissant du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence, et de 48 000 euros s'agissant de la perte de salaires.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er mars 2022, le ministre de l'agriculture et de l'alimentation conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par Mme A E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n°86-83 du 17 janvier 1986 ;
- le décret n°2008-636 du 30 juin 2008 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Horn,
- et les conclusions de M. Groutsch, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un contrat conclu le 27 novembre 2020, Mme C A E, a été recrutée par le ministre de l'agriculture et de l'alimentation en qualité d'agent contractuelle de catégorie A pour exercer des fonctions d'inspecteur aux frontières pour une durée de deux ans, du 1er janvier 2021 au 31 décembre 2022. Par une décision du 4 mai 2021, le ministre a mis fin à son contrat à compter du 30 juin 2021. Par la présente requête, Mme A E demande l'annulation de cette décision et la condamnation de l'Etat au versement d'une somme de 15 000 euros en réparation des préjudices subis à raison de l'illégalité de son éviction.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 30 juin 2008 fixant l'organisation de l'administration centrale du ministère chargé de l'agriculture, de l'alimentation, de l'agroalimentaire et de la forêt : " L'administration centrale du ministère chargé de l'agriculture, de l'alimentation, de l'agroalimentaire et de la forêt comprend, () : / a) Le secrétariat général ; () " Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 30 juin 2008 portant organisation et attributions du secrétariat général du ministère chargé de l'agriculture : " Le secrétariat général comprend les services suivants : / () 4. Le service des ressources humaines. () " Aux termes de l'article 6 de cet arrêté : " Le service des ressources humaines comprend les sous-directions suivantes : / 1. La sous-direction de la gestion des carrières et de la rémunération. / () I. - La sous-direction de la gestion des carrières et de la rémunération assure le pilotage de la gestion des carrières, des parcours professionnels et du suivi individualisé des agents. Elle est responsable de l'organisation de la gestion administrative des personnels () / () Elle participe à l'analyse des compétences et des métiers et contribue à la gestion prévisionnelle des emplois et compétences. () ". En vertu du I de l'article 3 la décision du 20 décembre 2019 portant organisation du secrétariat général du ministère de l'agriculture et de l'alimentation, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'agriculture, le service des ressources humaines comprend la sous-direction de la gestion des carrières et de la rémunération qui comprend le bureau de gestion des personnels contractuel.
3. Par une décision du 28 août 2020 modifiant la décision du 7 décembre 2018 portant délégation de signature, régulièrement publiée au journal officiel de la République française n°0216 du 4 septembre 2020, la secrétaire générale du ministère de l'agriculture et de l'alimentation a donné délégation à M. B D, attaché d'administration de l'Etat, à l'effet de signer tous actes, arrêtés et décisions, à l'exclusion des décrets, dans la limite des attributions du bureau de gestion des personnels contractuels. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat pris pour l'application des articles 7 et 7 bis de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat: " Le contrat ou l'engagement peut comporter une période d'essai qui permet à l'administration d'évaluer les compétences de l'agent dans son travail et à ce dernier d'apprécier si les fonctions occupées lui conviennent. (). La durée initiale de la période d'essai peut être modulée à raison d'un jour ouvré par semaine de durée de contrat, dans la limite : () -de trois mois lorsque la durée initialement prévue au contrat est supérieure ou égale à deux ans (). La période d'essai peut être renouvelée une fois pour une durée au plus égale à sa durée initiale. La période d'essai et la possibilité de la renouveler sont expressément stipulées dans le contrat ou l'engagement. Le licenciement en cours ou au terme de la période d'essai ne peut intervenir qu'à l'issue d'un entretien préalable. La décision de licenciement est notifiée à l'intéressé par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par lettre remise en main propre contre décharge. Aucune durée de préavis n'est requise lorsque la décision de mettre fin au contrat intervient en cours ou à l'expiration d'une période d'essai. Le licenciement au cours d'une période d'essai doit être motivé. Le licenciement au cours ou à l'expiration d'une période d'essai ne donne pas lieu au versement de l'indemnité prévue au titre XII ".
5. Il ressort des pièces du dossier que le contrat conclu le 27 novembre 2020 a prévu à son article 3 une période d'essai d'une durée de 90 jours du 1er janvier 2021 au 31 mars 2021, renouvelable une fois, pour une même durée, par décision expresse. Il est constant que la période d'essai de trois mois a été renouvelée une fois, faisant expirer la période d'essai le 30 juin 2021. En outre, il n'est pas sérieusement contesté par la requérante que sur la période 2019-2020, celle-ci a été affectée à des missions d'appui au service régional de l'information statistique et économique de la direction régionale de l'agriculture, de l'alimentation et de la forêt Hauts-de-France en raison des reports du " Brexit " ne permettant pas de l'affecter à des activités de contrôle. Il n'est également pas contesté par la requérante que les activités de récolte et de suivi d'informations à des fins statistiques qu'elle a réalisées jusqu'au 1er janvier 2021 au titre des contrats conclus pour les années 2019 et 2020 sont distinctes des fonctions d'inspecteur aux frontières qu'elle a commencées d'exercer à compter du 1er janvier 2021 lesquelles impliquent un travail collectif, en interaction avec le public et les administrés. Dans ces conditions, alors même que les fonctions d'inspecteur aux frontières domaine vétérinaire mentionnées dans les contrats conclus pour les années 2019, 2020 et 2021 sont identiques, les fonctions effectivement exercées en 2019 et 2020 sont distinctes de celles qui lui ont été confiées à compter du 1er janvier 2021 de sorte que les dispositions précitées du deuxième alinéa de l'article 9 du décret du 17 janvier 1986, ne faisaient pas obstacle à ce qu'une période d'essai puisse être prévue dans le contrat conclu le 27 novembre 2020.
6. En troisième lieu, si la requérante soutient que la décision contestée est illégale en ce qu'elle ne comporte pas de motivation, il ressort des pièces du dossier qu'elle a été licenciée au terme de la période d'essai définie à l'article 3 de son contrat d'engagement, soit le 30 juin 2021, de sorte que, à supposer qu'elle ait entendu s'en prévaloir, elle ne pouvait utilement invoquer les dispositions de l'article 9 du décret du 17 janvier 1986 en vertu desquelles le licenciement au cours d'une période d'essai doit être motivé ni celles de l'article 45-7 du décret du 17 janvier 1986 qui ne sont pas applicables aux licenciements en cours ou au terme de la période d'essai. Enfin, le licenciement d'un agent public au terme de la période d'essai prévue par le contrat n'est pas au nombre des décisions qui doivent être motivées en vertu des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision de licenciement est inopérant et doit être écarté.
7. En quatrième et dernier lieu, la requérante, qui ne conteste pas avoir été reçue le 29 avril 2021 pour un entretien préalable à son licenciement, n'assortit pas son moyen de précision permettant d'en apprécier le bienfondé. A supposer qu'elle ait entendu se prévaloir des dispositions de l'article 47 du décret du 17 janvier 1986, lesquelles prévoient un formalisme particulier pour l'entretien préalable au licenciement, ou des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions à l'encontre d'un licenciement au terme de la période d'essai, qui n'a pas à être motivé ainsi qu'il a été dit au point précédent, est inopérant et doit par suite être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
9. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 que la décision en litige n'est pas illégale. Dans ces conditions, en l'absence de toute faute, la requérante n'est pas fondée à engager la responsabilité de l'administration. Ses conclusions indemnitaires doivent, par suite, être rejetées.
Sur les dépens :
10. La présente instance ne comprenant aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre par la requérante ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A E demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A E, et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Féménia, présidente,
- Mme Grard, première conseillère,
- M. Horn, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.
Le rapporteur,
Signé
J. HORNLa présidente,
Signé
J. FÉMÉNIALa greffière,
Signé
P. MAGHRI
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026