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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2106030

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2106030

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2106030
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBRIATTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 juillet 2021 et 12 septembre 2022, Mme C A, représentée par Me Briatte, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 8 juin 2021 par laquelle le directeur des ressources humaines du centre hospitalier de Denain a refusé de reconnaître l'imputabilité à l'accident de service du 16 décembre 2017 de la rechute déclarée le 27 février 2020 ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de Denain de reconnaître l'imputabilité au service de l'arrêt du travail du 27 février 2020 au 15 mars 2021 et d'en tirer toutes les conséquences administratives et financières en résultant, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Denain la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la compétence de l'auteur de l'acte n'est pas justifiée ;

- la décision n'est pas motivée, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- les dispositions des articles 14 et 16 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière n'ont pas été respectées de sorte qu'elle n'a pas pu avoir accès à son dossier, présenter des observations et se faire assister lors de la séance de la commission de réforme ;

- son état de santé qui a conduit à la placer en congé maladie à compter du 27 février 2020 est en lien direct avec l'accident du travail du 16 décembre 2017 et constitue bien une rechute de ce dernier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2022, et un mémoire, enregistré le 13 octobre 2022 et non communiqué, le centre hospitalier de Denain conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 12 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Courtois,

- les conclusions de M. Huguen, rapporteur public,

- et les observations de M. E, représentant le centre hospitalier de Denain.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, infirmière au centre hospitalier de Denain du 6 juin 2011 au 1er avril 2020, date de sa radiation des cadres à la suite de sa démission, a été victime d'un accident le 16 décembre 2017, qui a été reconnu imputable au service par une décision du directeur des ressources humaines de cet établissement du 28 mars 2019. Elle s'est vue prescrire un arrêt de travail à compter du 27 février 2020 par son médecin traitant, à raison d'une rechute de son accident du travail du 16 décembre 2017. Mme A demande au tribunal d'annuler la décision en date du 8 juin 2021 par laquelle le directeur des ressources humaines du centre hospitalier de Denain a refusé de reconnaître l'imputabilité à l'accident de service du 16 décembre 2017 de la rechute déclarée le 27 février 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 14 de l'arrêté du 4 août 2004 susvisé, relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " Le secrétariat de la commission de réforme convoque les membres titulaires et l'agent concerné au moins quinze jours avant la date de la réunion. / () ". Aux termes de l'article 16 du même arrêté : " () / Dix jours au moins avant la réunion de la commission, le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de son dossier, dont la partie médicale peut lui être communiquée, sur sa demande, ou par l'intermédiaire d'un médecin ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. / La commission entend le fonctionnaire, qui peut se faire assister d'un médecin de son choix. Il peut aussi se faire assister par un conseiller ".

3. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

4. S'il ressort des pièces du dossier que Mme A était présente à la réunion du 13 avril 2021 de la commission de réforme hospitalière appelée à émettre un avis quant à l'imputabilité de la rechute du 27 février 2020 à l'accident de service du 16 décembre 2017 et qu'elle a pu présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux, le centre hospitalier de Denain ne rapporte pas la preuve qui lui incombe que la requérante a bien été convoquée au moins quinze jours avant la date de cette réunion et qu'elle a été informée de son droit de prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de son dossier, et de se faire assister d'un médecin de son choix et d'un conseiller. Mme A a ainsi été privée d'une garantie de la procédure devant cette commission. Elle est par suite fondée à soutenir que la décision en date du 8 juin 2021 par laquelle le directeur des ressources humaines du centre hospitalier de Denain a refusé de reconnaître l'imputabilité de la rechute déclarée le 27 février 2020 à l'accident de travail du 16 décembre 2017 a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière et à en demander, pour ce motif, l'annulation.

5. En second lieu, aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée, portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () / 2° à des congés maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. (). / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de la maladie ou de l'accident est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. / () ". Les causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite doivent s'entendre des accidents de service, des maladies contractées ou aggravées en service, des actes de dévouement accomplis dans un intérêt public ou de l'exposition de ses jours pour sauver la vie d'une ou plusieurs personnes. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

6. Il ressort des pièces du dossier que l'acte d'autolyse de Mme A intervenu le 16 décembre 2017 sur son lieu de travail a été reconnu comme un accident imputable au service par une décision du directeur des ressources humaines du centre hospitalier de Denain en date du 28 mars 2019. Par une décision du 19 décembre 2019 de cette même autorité, la date de consolidation a été fixée au 1er septembre 2019, avec un taux d'incapacité permanente partielle de 15 %, plus un taux préexistant de 5 %. Mme A a fait l'objet d'un arrêt de travail le 27 février 2020, que son médecin traitant a imputé à une rechute de l'accident imputable au service du 16 décembre 2017. Toutefois, l'expertise du 23 octobre 2020 réalisée par le docteur B conclut, au regard de la présence de troubles anxieux préexistants à l'accident de service et de l'absence de fait nouveau résultant de l'évolution spontanée des séquelles de l'accident initial du 16 décembre 2017, que les éléments psychiatriques nécessaires pour prononcer la rechute ou l'aggravation des séquelles de l'accident de service du 16 décembre 2017 ne sont pas réunis. Si Madame A conteste ces conclusions, ni l'expertise réalisée le 17 juillet 2020 par le docteur D, qui conclut, sans discussion, que son arrêt de travail du 27 février 2020 est à prendre en compte au titre d'une rechute de l'accident du travail du 16 décembre 2017, ni le certificat médical de son psychiatre du 20 janvier 2021, qui décrit son état de santé, ni les bulletins d'hospitalisations intervenues au cours du mois de mars 2020 à raison d'idées suicidaires, ne démontrent que l'arrêt de travail du 27 février 2020 est consécutif à une aggravation de son état de santé, intervenue après la consolidation du 1er septembre 2019 et à raison duquel elle s'est vue reconnaître un taux d'invalidité de 15 % au titre de l'accident du travail, outre un taux préexistant de 5 %. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le centre hospitalier de Denain, en refusant de reconnaître l'imputabilité de la rechute déclarée le 27 février 2020 à l'accident de service du 16 décembre 2017, a commis une erreur d'appréciation.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du directeur des ressources humaines du centre hospitalier de Denain en date du 8 juin 2021 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. En raison des motifs qui la fondent, l'annulation de la décision attaquée n'implique pas qu'il soit enjoint au centre hospitalier de Denain de reconnaître l'imputabilité de la rechute déclarée le 27 février 2020 à l'accident de service du 16 décembre 2017.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le centre hospitalier de Denain demande au titre des frais qu'il aurait exposés et dont, en tout état de cause, il ne fait pas état précisément. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de cet établissement le versement à la requérante d'une somme de 1 500 euros au titre des frais qu'elle a exposés.

DÉCIDE :

Article 1er : La décision du directeur des ressources humaines du centre hospitalier de Denain en date du 8 juin 2021 est annulée.

Article 2 : Le centre hospitalier de Denain versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Denain au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au centre hospitalier de Denain.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Courtois, première conseillère,

- Mme Jaur, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

C. COURTOISLe président,

Signé

O. LEMAIRE

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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