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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2106135

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2106135

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2106135
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantAMARA AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 30 juillet 2021, 30 juin 2022, 1er juillet 2022 et 21 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Amara, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision, révélée par un SMS du 31 août 2020, par laquelle le président du syndicat intercommunal à vocation unique Thalassa, n'a pas renouvelé son contrat ainsi que la décision implicite du 31 mai 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'annuler la décision implicite du 31 mai 2021 par laquelle le président du syndicat intercommunal à vocation unique Thalassa a refusé de le recruter par contrat à durée indéterminée ;

3°) d'enjoindre au président du syndicat intercommunal à vocation unique Thalassa de lui proposer un contrat à durée indéterminée ;

4°) de saisir le procureur de la République sur le fondement de l'article 40 du code de procédure pénale ;

5°) de condamner le syndicat intercommunal à vocation unique Thalassa à lui verser la somme de 52 777,71 euros en réparation des préjudices matériels et moral subis ;

6°) de mettre à la charge du syndicat intercommunal à vocation unique Thalassa la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de renouveler son contrat :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un vice de forme en ce qu'elle n'est pas signée ;

- le syndicat intercommunal à vocation unique Thalassa a méconnu les dispositions de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988, faute d'avoir respecté ses obligations en matière d'entretien préalable et de délai de prévenance ;

- elle est motivée par des considérations étrangères à l'intérêt du service et traduit notamment une discrimination ;

En ce qui concerne la décision refusant de le recruter en contrat à durée indéterminée :

- il bénéficiait d'une promesse d'embauche ;

En ce qui concerne les conclusions indemnitaires :

- l'illégalité des deux décisions prises est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité du syndicat intercommunal à vocation unique ;

- cette faute est à l'origine de préjudices matériels et moral évalués à la somme de 52 777,71 euros.

Par des mémoires en défense enregistrés les 18 février 2022 et 15 septembre 2022, le syndicat intercommunal à vocation unique Thalassa, représenté par Me Gollain, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés ;

- aucune faute ne peut être retenue et en tout état de cause, le requérant ne rapporte pas la preuve de l'existence d'un préjudice.

Par un courrier du 23 août 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la saisine du procureur de la République, en raison de l'incompétence de la juridiction administrative pour en connaître.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boileau,

- les conclusions de Mme Grard, rapporteure publique,

- et les observations de Me Amara, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a été recruté le 19 mars 2018 par contrat à durée déterminée par le syndicat intercommunal à vocation unique (SIVU) Thalassa pour exercer les fonctions d'agent d'accueil et d'entretien. Son engagement a été renouvelé régulièrement jusqu'au 31 août 2020. Il a été informé le 31 août 2020 du non-renouvellement de son contrat. Par un recours gracieux adressé le 31 mars 2021 au SIVU Thalassa, M. B a sollicité le renouvellement de son contrat ainsi que la réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de l'illégalité du non-renouvellement de son contrat. Par le même courrier, il a sollicité d'être recruté par contrat à durée indéterminée. Ses demandes ont été rejetées par une décision implicite née le 31 mai 2021. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision, révélée par le SMS du 31 août 2020, de non-renouvellement de son contrat ainsi que la décision implicite par laquelle le président du SIVU Thalassa a rejeté son recours gracieux et refusé de lui accorder un contrat à durée indéterminée et à ce qu'il soit enjoint au SIVU Thalassa de renouveler son contrat pour une durée indéterminée ainsi que de le condamner à la réparation du préjudice qu'il estime avoir subi.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision révélée de non-renouvellement :

2. En premier lieu, M. B soutient que le SMS qu'il a reçu le 31 août 2020 l'informant du non-renouvellement de son contrat a été expédié par une personne incompétente pour prendre cette décision. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, ce SMS a pour seule portée de révéler l'existence d'une décision implicitement mais nécessairement prise par l'autorité d'emploi. Par suite, la circonstance que ce SMS aurait été expédié par une personne qui ne détenait pas la compétence pour prendre la décision de ne pas renouveler l'engagement de M. B est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

3. En deuxième lieu, et pour le même motif, le moyen tiré de ce que le SMS ne comporterait pas de signature est inopérant.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale dans sa rédaction applicable : " I.- Lorsqu'un agent contractuel a été engagé pour une durée déterminée susceptible d'être renouvelée en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité territoriale lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard : / - huit jours avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée inférieure à six mois ; / - un mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à six mois et inférieure à deux ans ; / - deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à deux ans ; / () / La notification de la décision finale doit être précédée d'un entretien lorsque le contrat est susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée ou lorsque la durée du contrat ou de l'ensemble des contrats conclus sur emploi permanent conformément à l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée est supérieure ou égale à trois ans. () ".

5. D'une part, la circonstance non contestée que le SIVU Thalassa n'a pas respecté le délai de prévenance de deux mois qui s'appliquait en l'espèce est sans incidence sur la légalité de la décision contestée mais est seulement susceptible d'engager la responsabilité de l'administration.

6. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le contrat de M. B était susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée. En effet, les attestations produites par le requérant, au demeurant non accompagnées des pièces d'identité de leurs auteurs, se bornent à faire état de ce que l'intéressé avait vocation à être employé par le SIVU en 2020, ce qui a été concrétisé par le renouvellement de son contrat à durée déterminée jusqu'au 31 août 2020. Dès lors, le SIVU Thalassa n'était pas tenu de le convoquer à un entretien préalable.

7. Le moyen tiré ce que la procédure prévue par l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 doit, par suite, être écarté dans ses deux branches.

8. En quatrième lieu, l'administration peut toujours, pour des motifs tirés de l'intérêt du service ou pris en considération de la personne, qu'ils aient ou non un caractère disciplinaire, ne pas renouveler le contrat d'un agent public recruté pour une durée déterminée, et, par là même, mettre fin aux fonctions de cet agent.

9. La décision de non-renouvellement du contrat conclu le 30 avril 2020 entre le requérant et le SIVU Thalassa est motivée, ainsi que le fait valoir ce dernier, par la baisse de fréquentation de l'établissement. Il ressort des pièces du dossier que la fréquentation de la piscine a connu une baisse importante en 2020 en raison de l'épidémie de covid-19 ainsi que des mesures sanitaires prises pour la réguler et que l'établissement n'a pas renouvelé une dizaine de contrats, dont notamment ceux correspondant aux deux postes de médiateur. Si le requérant soutient que son contrat a été renouvelé alors que l'épidémie avait déjà débuté, cette circonstance ne fait pas obstacle à une évolution de la situation et du fonctionnement du SIVU. Par suite, la baisse de fréquentation, non contestée par le requérant, constitue un motif d'intérêt du service sur lequel le SIVU Thalassa pouvait légalement se fonder. Si le requérant fait valoir que la décision aurait en réalité été prise pour des motifs tenant, d'une part, à des tensions internes à l'équipe de direction du SIVU et, d'autre part, à une intention discriminatoire à son égard en raison de sa religion, il ne l'établit pas.

En ce qui concerne la décision implicite portant refus d'emploi à durée indéterminée :

10. Ainsi qu'il a été dit au point 7, il ne ressort pas des pièces du dossier que le SIVU Thalassa se serait engagé à un quelconque moment à proposer à M. B la conclusion d'un contrat à durée indéterminée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance d'une promesse d'embauche doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions à fin d'annulation de la décision refusant le renouvellement du contrat de M. B, de la décision de rejet de son recours gracieux et de la décision lui refusant un engagement à durée indéterminée doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction. Enfin, il n'appartient pas au tribunal de faire application dans l'exercice de ses fonctions juridictionnelles de l'article 40 du code de procédure pénale.

Sur les conclusions indemnitaires :

12. Le SIVU fait valoir que les conclusions indemnitaires de M. B sont irrecevables dès lors qu'il ne précise pas le fondement sur lequel il entend se fonder pour engager la responsabilité de l'administration. Toutefois, il ressort des termes de la requête que la responsabilité du SIVU est recherchée sur le terrain de la responsabilité pour faute. Par suite, la fin de non-recevoir du SIVU portant sur les conclusions indemnitaires de M. B ne peut être qu'écartée.

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la responsabilité pour faute du SIVU Thalassa est engagée du fait de l'illégalité des décisions contestées.

14. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 6, le SIVU Thalassa a méconnu les dispositions de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 relatives au délai de prévenance. M. B est donc fondé à soutenir que le SIVU Thalassa a commis une faute en lui faisant part de son intention de ne pas renouveler son contrat le jour de la fin de ce contrat.

15. M. B, qui évalue son préjudice financier à la somme correspondant à deux mois de traitement, n'apporte aucun élément de nature à démontrer un lien direct et certain de causalité entre la faute commise et la somme qu'il chiffre arbitrairement. En revanche, eu égard à l'absence de respect par le SIVU de ses obligations et au caractère brutal des modalités choisies pour informer le requérant de ce que son contrat de travail ne serait pas renouvelé, M. B est fondé à demander la réparation de son préjudice moral dont il sera, par une juste appréciation, fixé la réparation à la somme de 200 euros.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du SIVU Thalassa, qui n'a pas la qualité de partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance, la somme que demande M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par le SIVU Thalassa au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : Le syndicat intercommunal à vocation unique Thalassa est condamnée à verser à M. B la somme de 200 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par le syndicat intercommunal à vocation unique Thalassa au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au syndicat intercommunal à vocation unique Thalassa.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

M. Perrin, premier conseiller,

M. Boileau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

Le rapporteur,

signé

C. BOILEAU

La présidente,

signé

A-M. LEGUIN

La greffière,

signé

S. SING

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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