mercredi 29 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2106313 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | BODELLE ROMAIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 août 2021, M. A D, représenté par Me Bodelle, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 1er juillet 2021 par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a confirmé la décision du 21 août 2020 de l'inspectrice du travail autorisant la société Copromer Transports à le licencier ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens ainsi que la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision de l'inspectrice du travail du 21 août 2020 est illégale dès lors qu'elle est intervenue au-delà du délai de deux mois qui lui était imparti pour statuer sur la demande d'autorisation de licenciement reçue le 16 juin 2020 ;
- le caractère contradictoire de l'enquête a été méconnu, certains salariés n'ayant pas été auditionnés ;
- la décision de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les faits sur lesquels elle est fondée ne sont matériellement pas établis, que les faits ne lui sont pas imputables, ne constituent pas des manquements à ses obligations contractuelles et ne présentent pas un caractère de gravité suffisant.
Par un mémoire enregistré le 8 octobre 2021, la société par actions simplifiée (SAS) Copromer Transports, représentée par Me Dewattine, conclut au rejet de la requête et doit être regardée comme demandant que soient mis à la charge du requérant les dépens ainsi que la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable en ce que, d'une part, elle tend à l'annulation de la seule décision implicite de rejet de son recours hiérarchique alors qu'une décision expresse est intervenue le 1er juillet 2020 s'y substituant, d'autre part, le recours hiérarchique était irrecevable comme formé au-delà du délai de deux mois prévu par l'article R. 2422-1 du code du travail ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, qui n'a pas produit de mémoire.
Par une ordonnance du 29 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 14 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lançon,
- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par lettre reçue le 16 juin 2020, la société Copromer Transports a demandé à l'inspection du travail, l'autorisation de licencier, pour motif disciplinaire, M. D, salarié depuis 2006, occupant les fonctions de chauffeur poids lourds, en sa qualité de conseiller du salarié et d'ancien membre de la délégation du personnel au conseil social et économique (CSE). M. D avait été convoqué à un entretien préalable à son licenciement le 5 juin 2020 et le CSE avait été consulté sur ce projet lors de la réunion du 10 juin 2020 à l'issue de laquelle il a refusé de se prononcer sur le licenciement envisagé. Par une décision du 21 août 2020, l'inspectrice du travail de l'unité de contrôle de Béthune Saint-Omer de l'unité départementale du Pas-de-Calais, a autorisé le licenciement de M. D. Par une décision du 1er juillet 2021, prise sur le recours hiérarchique formé par M. D, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a confirmé la décision de l'inspectrice du travail du 21 août 2020. Par la présente requête, M. D doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision précitée du 1er juillet 2021 qui s'est substituée à la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique née du silence gardé par la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion sur son recours hiérarchique.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision du 21 août 2020 :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 2421-4 du code du travail : " ()/ L'inspecteur du travail prend sa décision dans un délai de deux mois. Ce délai court à compter de la réception de la demande d'autorisation de licenciement. Le silence gardé pendant plus de deux mois vaut décision de rejet. " Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période, modifiée par ordonnance n° 2020-560 du 13 mai 2020 : " I. ' Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus./ () ". Aux termes de l'article 7 de cette ordonnance : " Sous réserve des obligations qui découlent d'un engagement international ou du droit de l'Union européenne, les délais à l'issue desquels une décision, un accord ou un avis de l'un des organismes ou personnes mentionnés à l'article 6 peut ou doit intervenir ou est acquis implicitement et qui n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020 sont, à cette date, suspendus jusqu'à la fin de la période mentionnée au I de l'article 1er./ Le point de départ des délais de même nature qui auraient dû commencer à courir pendant la période mentionnée au I de l'article 1er est reporté jusqu'à l'achèvement de celle-ci. / () ".
3. En vertu des dispositions des articles 1er et 7 de l'ordonnance du 25 mars 2020, modifiée, citées au point précédent, en l'espèce, l'inspectrice du travail, saisie de la demande d'autorisation de licenciement le 16 juin 2020, avait jusqu'au 23 août 2020 pour y statuer. Par suite, le délai d'instruction prévu à l'article R. 2421-4 du code du travail précité ayant été reporté au 23 juin 2020, l'inspectrice du travail, qui a statué le 21 août 2020 n'a pas rapporté une prétendue décision implicite de rejet. Par suite, le moyen doit être écarté.
4. En second lieu, aux termes de l'article R. 2421-11 du code du travail : " L'inspecteur du travail procède à une enquête contradictoire au cours de laquelle le salarié peut, sur sa demande, se faire assister d'un représentant de son syndicat. / () "
5. Il est constant que, dans le cadre de son enquête contradictoire, l'inspectrice du travail a procédé à l'audition de M. D, de son employeur ainsi qu'à celle de témoins. Aucune disposition législative ni réglementaire n'imposait à l'autorité administrative d'entendre d'autres personnes que l'employeur et le salarié. Aussi, l'absence de recueil des témoignages de personnes dont le requérant estime qu'elles auraient dû être entendues, n'est pas de nature à vicier l'enquête contradictoire de l'inspectrice du travail, dont le caractère partial n'est, en tout état de cause, pas établi. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision du 1er juillet 2021 :
S'agissant de la matérialité et l'imputabilité des faits :
6. En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives ou de fonctions de conseiller prud'homme, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque leur licenciement est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec leur appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi. Aux termes de l'article L. 1235-1 du code du travail : " En cas de litige, le juge, à qui il appartient d'apprécier la régularité de la procédure suivie et le caractère réel et sérieux des motifs invoqués par l'employeur, forme sa conviction au vu des éléments fournis par les parties après avoir ordonné, au besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles. / Si un doute subsiste, il profite au salarié ".
7. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que M. D a été nommé représentant de section syndicale SUD Solidaires le 15 juin 2019, mandat ayant pris fin le 22 novembre 2019, date de l'élection des membres du CSE, en vertu du dernier alinéa de l'article L. 2142-1-1 du code du travail. En outre, par un jugement du tribunal d'instance de Boulogne-sur-Mer du 30 décembre 2019, les élections des membres de la délégation du personnel au CSE du 22 novembre 2019 ont été annulées, de sorte que ce mandat de M. D n'a pas été renouvelé. Enfin, M. D a été nommé défenseur syndical par arrêté du 24 juillet 2020, postérieurement à la demande d'autorisation. Aussi, entre le 30 décembre 2019 et l'engagement de la procédure de licenciement le concernant, M. D ne détenait aucun mandat de nature syndicale, sans pour autant cesser de bénéficier de la protection attachée à son ancien mandat, à la date d'engagement de la procédure de licenciement.
8. D'autre part, M. D a rédigé un courrier du 27 mars 2020, signé en se présentant, à tort ainsi qu'il résulte de ce qui a été dit au point précédent, comme représentant de section syndicale et au logo de l'organisation syndicale SUD Solidaires, laquelle ne disposait alors pas de représentant de section syndicale, et l'a affiché sur le panneau dédié aux communications syndicales. Ce courrier était adressé au directeur de l'entreprise afin qu'une " prime Covid " soit versée aux salariés. Par courrier du 3 avril 2020, le conseil de la société Copromer Transports informait M. D qu'il ne détenait plus de mandat syndical, qu'il ne pouvait pas, dès lors, diffuser de messages au titre d'une activité syndicale et l'invitait à retirer le courrier du 27 mars 2020 précité. En outre, il ressort en particulier des attestations de M. E, salarié de l'entreprise Copromer Transports, et de M. F, également représentant de section syndicale SUD Solidaires depuis le 6 avril 2020 au sein de cette société, que M. D, a sollicité, au temps et sur son lieu de travail, les salariés de l'entreprise afin qu'ils adhèrent à l'organisation syndicale SUD Solidaires alors qu'il ne détenait plus de mandat syndical. Cette sollicitation, même si elle avait l'apparence, pour les autres salariés, de l'exécution d'un mandat que l'intéressé ne détenait plus, dépassait en outre les limites de l'exécution normale d'un tel mandat, le salarié présentant son objectif comme étant celui de " massacrer la direction " Par ailleurs, par un courriel du 12 mai 2020, confirmé par courrier du 14 mai 2020, M. B C, directeur de la société Bring, cliente de la société Copromer Transports, témoignait que plusieurs salariés de sa société lui avaient rapporté que M. D, alors occupés dans les locaux de cette entreprise, les incitait à rejoindre son syndicat, de manière insistante, notamment le 12 mai 2020, en promettant notamment ce que cette adhésion permettrait d'obtenir la prime " covid ". M. C demandait au directeur de la société Copromer Transports, le remplacement de M. D, eu égard aux perturbations engendrées au sein de son entreprise. Ainsi, en considérant que M. D avait exercé une activité de prospection syndicale auprès du personnel de la société Copromer Transports et d'une société cliente, sur son lieu de travail et pendant son temps de travail, sans disposer d'heures de délégation correspondant à un mandat interne à l'entreprise, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, n'a pas commis d'erreur d'appréciation quant à la matérialité et à l'imputabilité des faits reprochés au requérant.
S'agissant du caractère fautif et la gravité des faits reprochés :
9. Il ressort des pièces du dossier que M. D occupait le poste de chauffeur " de ramasse " et que, dans ce cadre, il était amené à travailler au sein de l'entreprise Bring, cliente de la société Copromer Transports. En outre, il ressort du rapport de la directrice régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi, rédigé dans le cadre de l'instruction du recours hiérarchique du requérant, qu'à la suite de la demande de l'entreprise Bring du 14 mai 2020, la société Copromer Transports a dû modifier les plannings afin d'éviter que M. D n'intervienne dans les locaux de sa cliente. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. D a fait l'objet de deux mises à pied de trois jours les 24 octobre 2018 et 16 janvier 2020, ainsi que d'un avertissement le 3 août 2018. Ainsi, eu égard à la nature des faits reprochés au requérant, énoncés au point 8, aux répercutions du comportement de ce dernier sur l'image de son employeur auprès de ses partenaires commerciaux, et à ses antécédents disciplinaires, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la ministre a considéré que les faits ainsi reprochés à M. D constituaient un manquement à ses obligations contractuelles d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement.
10. Par suite, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées par la société Copromer Transports, M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision 1er juillet 2021 par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a confirmé la décision du 21 août 2020 de l'inspectrice du travail autorisant la société Copromer Transports à le licencier pour motif disciplinaire. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. En premier lieu, le requérant ne justifiant d'aucun dépens dans la présente instance, ses conclusions doivent être rejetées ainsi que celles, formées au titre de l'article " R. 761-5 " et qui doivent être regardées comme présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
12. En second lieu, la société Copromer Transports ne justifiant d'aucun dépens dans la présente instance, ses conclusions doivent être rejetées ainsi que celles formées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la société Copromer Transports au titre des frais liés au litige sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à la société par actions simplifiée Copromer Transports.
Copie pour information à la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités des Hauts-de-France.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2023.
La rapporteure,
signé
L.-J. Lançon
Le président,
signé
J.-M. Riou
La greffière,
signé
I. Baudry
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
No 2106313
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026