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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2106362

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2106362

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2106362
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCARDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 août 2021, M. F D, représenté par Me Cardon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 7 juillet 2021 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen et dans le fichier des personnes recherchées ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire des décisions attaquées ;

- ces décisions ont été prises en méconnaissance d'une procédure contradictoire telle qu'instituée par les principes généraux de l'Union européenne ;

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle dès lors que sa demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre de son intégration familiale et professionnelle n'est pas évoquée ; ce faisant, le préfet du Nord a également méconnu l'étendue de sa compétence ;

- elles méconnaissent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- la procédure est irrégulière dès lors qu'il n'a pas été convoqué devant la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et a été prise en méconnaissance des stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant de délivrer un titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ou, à tout le moins, d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :

- elle est entachée d'illégalité, dès lors que les motifs qui la fondent manquent en fait et que les faits allégués par le préfet justifiaient l'octroi d'un délai supérieur à trente jours ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de l'absence de perspective raisonnable d'exécution de la mesure en raison de la fermeture des frontières.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2021, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 16 août 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né le 20 octobre 1984, est entré en France, selon ses dires, le 11 mars 2014, muni de son passeport revêtu d'un visa en cours de validité. Il a sollicité le 18 janvier 2021 la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté en date du 7 juillet 2021, dont M. D demande l'annulation, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer ce titre, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté en date du 24 mars 2021, publié le même jour au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture du Nord, le préfet du Nord a donné délégation à Mme B de la Perrière, cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées mentionnent les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elles se fondent. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions ne peut dès lors qu'être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. D avant de prendre les décisions attaquées. À cet égard, notamment, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. D aurait déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour auprès des services préfectoraux. Le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet du Nord a méconnu l'étendue de sa compétence.

5. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; / () ". Enfin, aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () / () ".

6. Le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. D, qui a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", a pu, à l'occasion de cette demande, préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demandait son admission au séjour et produire tous les éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartenait, lors du dépôt de cette demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il jugeait utiles. Il lui était également loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu avant l'adoption d'une mesure défavorable.

8. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. D, qui est entré en France, selon ses propres déclarations, le 11 mars 2014, est marié depuis le 22 octobre 2013 avec Mme A C, laquelle a également fait l'objet d'une mesure d'éloignement, et qu'il est père de trois enfants mineurs nés sur le territoire français. S'il est constant que les enfants du requérant sont scolarisés en France, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier qu'ils seraient dans l'impossibilité de poursuivre leur scolarité en Algérie, pays dont ils ont tous la nationalité. En outre, si M. D se prévaut de la présence d'un cousin sur le territoire français, il n'établit pas entretenir avec lui des liens d'une particulière intensité, celui-ci étant au demeurant arrivé en France sept ans avant lui. L'intéressé ne fait état d'aucune attache particulière sur le territoire français et il ne conteste pas que la cellule familiale pourrait se reconstituer en Algérie, où il a vécu la majeure partie de sa vie. Il n'est pas non plus établi que M. D serait dans l'impossibilité de se réinsérer socialement et professionnellement dans son pays d'origine, où ses parents résident de manière habituelle. Par ailleurs, si le requérant fait valoir qu'il est bénéficiaire d'une promesse d'embauche, cette circonstance, qui est postérieure à l'arrêté contesté, est sans incidence sur sa légalité. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En dernier lieu, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées méconnaîtraient les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

11. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien et du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés. M. D n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet du Nord a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.

12. En second lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour, lorsqu'il envisage de refuser de délivrer l'un des titres mentionnés à cet article, que du cas des étrangers qui remplissent effectivement l'ensemble des conditions de procédure et de fond auxquelles est subordonnée la délivrance d'un tel titre, et non du cas de tous les étrangers qui se prévalent des articles auxquels les dispositions de l'article L. 432-13 renvoient. M. D ne réunissant pas les conditions pour prétendre à la délivrance d'un titre de séjour, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour ne peut qu'être écarté.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 12 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour doit être écarté.

14. En second lieu, le moyen tiré de ce que la décision faisant obligation de quitter le territoire français serait entachée " d'une erreur de droit ou, à tout le moins, d'une erreur manifeste d'appréciation " n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :

15. Aux termes du deuxième paragraphe de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 : " Si nécessaire, les États membres prolongent le délai de départ volontaire d'une durée appropriée, en tenant compte des circonstances propres à chaque cas, telles que la durée du séjour, l'existence d'enfants scolarisés et d'autres liens familiaux et sociaux ". Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / () ".

16. Si M. D fait valoir qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours aurait dû lui être accordé dès lors que ses trois enfants sont scolarisés en France, il est toutefois constant que l'arrêté contesté n'a été édicté que le 7 juillet 2021, soit au terme de l'année scolaire. Dans ces conditions, et compte tenu de ce qui a été exposé au point 9, la situation personnelle et familiale de M. D ne permet pas de regarder la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle serait fondée sur des faits inexacts, comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'autre moyen dirigé contre la décision fixant le pays de destination :

17. La circonstance, dont se prévaut M. D, tirée de ce qu'il n'existe pas de perspectives raisonnables d'éloignement en raison de la fermeture des frontières est, à la supposer établie, dépourvue de toute incidence sur la légalité de la décision par laquelle le préfet du Nord a fixé le pays de destination.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en litige. Ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées par voie de conséquence, ainsi que celles qu'il a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F D et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Dang, première conseillère,

- Mme Lançon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

L. DANGLe président-rapporteur,

Signé

O. E

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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