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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2106415

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2106415

mercredi 20 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2106415
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDEWAELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 août 2021, M. B A, représenté par Me Dewaele, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 juillet 2021 par laquelle le préfet du Nord a refusé, d'une part, d'abroger l'arrêté du 24 mai 2019 portant notamment obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation de son pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, et, d'autre part, de faire droit à ses demandes de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour temporaire et, dans l'attente de la fabrication du titre, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut et dans les mêmes conditions, de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il appartient au préfet de justifier de la compétence de la signataire des décisions attaquées ;

- les décision contestées sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elles ont été prises en méconnaissance des articles L. 421-1 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles ont été prises en méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles ont été prises en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles ont été prises en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Malgré une mise en demeure adressée le 7 décembre 2021, le préfet du Nord n'a pas produit d'observations.

Par une lettre du 2 juin 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office tirés :

- de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre le refus d'abrogation de la décision du 24 mai 2019 portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un, dès lors que M. A ne justifie pas qu'il résidait hors de France à la date d'enregistrement de sa requête (Conseil d'Etat, 30 décembre 2016, n° 404383) ;

- de ce que les articles L. 421-1 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étant pas applicables aux ressortissants ivoiriens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, dont la situation est régie par l'article 5 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992, ces stipulations doivent être substituées à celles des articles L. 421-1 et L. 421-3 comme base légale de la décision en litige ;

- de ce que l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étant pas applicable aux ressortissants ivoiriens désireux de poursuivre leurs études en France, dont la situation est régie par l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992, ces stipulations doivent être substituées à celles de l'article L. 412-1 comme base légale de la décision en litige.

Le 3 juin 2022, le préfet du Nord a présenté une réponse à ces moyens susceptibles d'être relevés d'office, qui a été communiquée.

Le 7 juin 2022, M. A a présenté une réponse à ces moyens susceptibles d'être relevés d'office, qui a été communiquée.

Par une lettre du 23 juin 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de ce que l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étant pas applicable aux ressortissants ivoiriens désireux de poursuivre leurs études en France, dont la situation est régie par l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992, ces stipulations doivent être substituées à celles de l'article L. 422-1 comme base légale de la décision en litige.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-ivoirienne relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Abidjan le 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant ivoirien né le 1er mai 1999, est entré en France au mois de mai 2015 selon ses déclarations. Par une décision du 22 septembre 2016 de la cour d'appel de Douai, il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité. Par un arrêté du 13 juin 2017, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination. Par un jugement n° 1705931 du 30 novembre 2017, confirmé par un arrêt n° 18DA00472 de la cour administrative d'appel de Douai, devenu définitif, le tribunal administratif de Lille a rejeté la requête formée par M. A à l'encontre de cet arrêté. Par un arrêté du 24 mai 2019, le préfet du Nord a notamment obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un jugement n° 1904439 du 18 juin 2019, confirmé par une ordonnance n° 19DA02173 de la cour administrative d'appel de Douai, devenue définitive, le tribunal administratif de Lille a rejeté la requête formée par M. A à l'encontre de cet arrêté. Par un courrier du 12 août 2020, l'intéressé a sollicité des services de la préfecture du Nord l'abrogation de l'arrêté du 24 mai 2019 et, par un courrier du 19 octobre 2020, a demandé la communication des motifs du refus implicite opposé à sa demande. Par une décision du 17 décembre 2020, le préfet du Nord a refusé de faire droit à la demande de titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " dont l'avait saisi M. A. Par un courrier du 18 janvier 2021, l'intéressé a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " et, à titre subsidiaire, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou " vie privée et familiale ", et à titre infiniment subsidiaire, son admission exceptionnelle au séjour. Par un courrier du 25 mai 2021, il a demandé la communication des motifs du refus implicite opposé à ses demandes. Par une décision du 20 juillet 2021, le préfet du Nord a expressément refusé de faire droit, d'une part, à sa demande d'abrogation de l'arrêté du 24 mai 2019 mentionné ci-dessus, et, d'autre part, à ses demandes de titre de séjour. Par sa requête, M. A demande l'annulation de la décision du 20 juillet 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 28 mai 2021, publié le même jour au recueil spécial n° 122 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme Amélie Boucart, secrétaire administrative de classe normale, signataire de la décision contestée, à l'effet de signer, notamment, les " correspondances et messages électroniques, à caractère décisoire ou non, adressés aux avocats () ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, de manière suffisamment circonstanciée pour mettre utilement M. A en mesure d'en discuter les motifs. Elle est ainsi suffisamment motivée au regard des exigences du code des relations entre le public et l'administration, sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'elle ne mentionnerait pas l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle du requérant.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord ne se serait pas livré à un examen sérieux de la situation de M. A. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

5. En quatrième lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code, " sous réserve () des conventions internationales ".

6. Aux termes de l'article 4 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 relative à la circulation et au séjour des personnes : " Pour un séjour de plus de trois mois : / () - les ressortissants ivoiriens à l'entrée du territoire français doivent être munis d'un visa de long séjour et des justificatifs prévus aux articles 5 à 9 ci-après, en fonction de la nature de leur installation. ". Aux termes de l'article 5 de cette convention : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux d'exercer sur le territoire de l'autre Etat une activité professionnelle salariée doivent en outre, pour être admis sur le territoire de cet Etat, justifier de la possession : / 1° D'un certificat de contrôle médical établi dans les deux mois précédant le départ et visé : / - en ce qui concerne l'entrée en France, par le consulat de France compétent, après un examen subi sur le territoire de la Côte d'Ivoire devant un médecin agréé par le consulat, en accord avec les autorités ivoiriennes ; / () 2° D'un contrat de travail visé par l'autorité compétente dans les conditions prévues par la législation de l'Etat d'accueil. ". En outre, l'article 14 de cette convention stipule que : " Les points non traités par la convention en matière d'entrée et de séjour des étrangers sont régis par les législations respectives des deux Etats. ".

7. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () " et aux termes de l'article L. 421-3 du même code : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée ou qui fait l'objet d'un détachement conformément aux articles L. 1262-1, L. 1262-2 et L. 1262-2-1 du code du travail se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ".

8. Enfin, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".

9. Il résulte des stipulations précitées de l'article 14 de la convention franco-ivoirienne susvisée que les articles L. 421-1 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux ressortissants ivoiriens désireux d'exercer en France une activité professionnelle salariée, dont la situation est régie par l'article 5 de cette convention. Par suite, la décision du 20 juillet 2021 du préfet du Nord ne pouvait être prise sur le fondement des dispositions précitées des articles L. 421-1 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

11. La décision contestée trouve son fondement légal dans les stipulations de l'article 5 de la convention franco-ivoirienne susvisée. Ces stipulations peuvent être substituées à celles des articles L. 421-1 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver M. A d'une garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes, et, enfin, que les parties, informées par le tribunal par lettre du 2 juin 2022 de ce que ce dernier était susceptible de procéder d'office à cette substitution de base légale, ont été en mesure de produire leurs observations sur ce point. Par conséquent, il y a lieu de procéder à cette substitution de base légale.

12. Les stipulations de l'article 5 de la convention franco-ivoirienne, seules applicables, ne prévoient pas de dispense à l'obligation de présentation d'un visa de long séjour, à laquelle M. A ne satisfait pas. Au surplus, le requérant ne justifie pas être en possession d'un contrat de travail conforme aux stipulations précitées. Le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu les dispositions des articles L. 421-1 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit ainsi, et en tout état de cause, être écarté.

13. En cinquième lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 relative à la circulation et au séjour des personnes : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. / Ces dispositions ne font pas obstacle à la possibilité d'effectuer dans l'autre Etat d'autres types d'études ou de stages de formation dans les conditions prévues par la législation applicable. ".

14. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () " et aux termes de l'article L. 412-3 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 412-1 l'autorité administrative peut, sans que soit exigée la production du visa de long séjour mentionné au même article, accorder les cartes de séjour suivantes : / 1° La carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " prévue à l'article L. 422-1 ; () ".

15. Il résulte des stipulations précitées de l'article 14 de la convention franco-ivoirienne susvisée que l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable aux ressortissants ivoiriens désireux de poursuivre leurs études en France, dont la situation est régie par l'article 9 de cette convention. Par suite, la décision du 20 juillet 2021 du préfet du Nord ne pouvait être prise sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

16. Toutefois, ainsi qu'il a déjà été mentionné au point 13 du présent jugement, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

17. La décision contestée trouve son fondement légal dans les stipulations de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne susvisée relatif à l'admission au séjour des étudiants. Ces stipulations peuvent être substituées à celles de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver M. A d'une garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes, et, enfin, que les parties, informées par lettre du 2 juin 2022 du tribunal de ce que ce dernier était susceptible de procéder d'office à cette substitution de base légale, ont été en mesure de produire leurs observations sur ce point. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

18. Les stipulations de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne, seules applicables, ne prévoient pas de dispense à l'obligation de présentation d'un visa de long séjour, à laquelle M. A ne satisfait pas. Le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit ainsi, en tout état de cause, être écarté.

19. En sixième lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code. / Les personnes qui ne sont pas en mesure d'effectuer elles-mêmes le dépôt en ligne de leur demande bénéficient d'un accueil et d'un accompagnement leur permettant d'accomplir cette formalité. Le ministre chargé de l'immigration fixe les modalités de cet accueil et de cet accompagnement. " et aux termes de l'article R. 431-3 du même code : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée () à la préfecture ou à la sous-préfecture. / Le préfet peut également prescrire que les demandes de titre de séjour appartenant aux catégories qu'il détermine soient adressées par voie postale. ". Il est constant que le préfet du Nord n'a prévu aucune possibilité de présentation d'une demande de titre de séjour par voie postale.

20. Il résulte de ces dispositions que, pour introduire valablement une demande de carte de séjour, il est nécessaire, sauf si l'une des exceptions définies à l'article précité est applicable, que les intéressés se présentent physiquement à la préfecture. L'absence de comparution personnelle du demandeur n'a cependant pas pour effet de retirer la qualité de demande à une démarche réalisée par la voie postale. Ainsi, à défaut de disposition expresse en sens contraire, une demande de titre de séjour présentée par un ressortissant étranger en méconnaissance de la règle de présentation personnelle du demandeur en préfecture fait naître, en cas de silence gardé par l'administration pendant plus de quatre mois une décision implicite de rejet susceptible d'un recours pour excès de pouvoir. Lorsque le refus de titre de séjour est fondé à bon droit sur l'absence de comparution personnelle du demandeur, ce dernier ne peut se prévaloir, à l'encontre de la décision de rejet de sa demande de titre de séjour, de moyens autres que ceux tirés d'un vice propre de cette décision. Le préfet n'est, toutefois, pas en situation de compétence liée pour rejeter la demande de titre de séjour et peut, s'il l'estime justifié, procéder à la régularisation de la situation de l'intéressé.

21. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

22. En l'espèce, par lettre recommandée avec accusé de réception parvenue à son destinataire le 17 août 2020, M. A a notamment adressé aux services de la préfecture du Nord une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sans qu'il ne soit allégué ni établi que l'intéressé aurait été empêché, pour un motif légitime, de se présenter en personne en préfecture. Le silence gardé par le préfet pendant quatre mois sur cette demande présentée par voie postale a donné naissance à une décision implicite de rejet. Cependant, par une décision du 20 juillet 2021, le préfet du Nord a rejeté cette demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en se fondant notamment sur l'absence de comparution de l'intéressé au guichet de la préfecture. Dans ces conditions, le requérant ne peut, à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation, invoquer d'autres moyens que ceux tirés d'un vice propre de cette décision. Dès lors, M. A ne peut utilement se prévaloir de ce qu'elle méconnaîtrait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

23. Au surplus, s'il ressort des pièces du dossier que M. A réside en France depuis six années à la date de la décision contestée et a fait l'objet d'un placement auprès de l'aide sociale à l'enfance à partir de ses dix-sept ans, il est toutefois constant qu'il a fait l'objet de deux mesures d'éloignement en 2017 et en 2019, non exécutées et qu'il se maintient ainsi, depuis 2017, de manière irrégulière sur le territoire français. En outre, par les seules pièces qu'il produit, le requérant n'établit pas qu'il entretiendrait une relation avec une ressortissante française depuis le mois de mai 2018, et n'établit au demeurant, ni même n'allègue, entretenir une vie commune avec l'intéressée. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que les liens qu'il entretiendrait avec les personnes ayant produit les attestations dans le cadre de la présente instance, seraient particulièrement intenses, stables et anciens. De plus, s'il n'est pas contesté que M. A n'entretient plus de lien avec son père, qui réside en Côte d'Ivoire, et que sa mère est décédée, il est toutefois constant que le requérant a vécu la majorité de son existence dans son pays d'origine et n'établit pas qu'il ne pourrait s'y réinsérer socialement et professionnellement. Dans ces conditions, et alors même que le requérant justifie avoir obtenu en 2019 un certificat d'aptitude professionnelle " maintenance des véhicules option A voitures particulières " avec une moyenne de 15,45 sur 20, un baccalauréat professionnel le 27 août 2020 avec une mention assez bien, être inscrit en brevet de technicien professionnel au titre de l'année 2020/2021, avoir travaillé de novembre 2016 à juin 2017 en qualité de mécanicien ainsi que de la conclusion d'un contrat d'apprentissage pour la période de septembre 2020 à août 2022, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis et n'a, dès lors, pas méconnu l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

24. En septième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

25. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative doit d'abord vérifier si des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifient la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale ", ensuite, en cas de motifs exceptionnels, si la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " est envisageable.

26. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le préfet du Nord n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'admission de M. A au séjour ne répondait pas à des considérations humanitaires et n'était pas justifiée au regard des motifs que celui-ci faisait valoir.

27. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord aurait entaché la décision contestée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

28. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 20 juillet 2021 en tant qu'elle porte refus de délivrance d'un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus d'abrogation de l'arrêté du 24 mai 2019 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

29. Aux termes de l'article L. 243-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Un acte () non réglementaire non créateur de droits peut, pour tout motif et sans condition de délai, être modifié ou abrogé (). " et aux termes de l'article L. 243-2 du même code : " () L'administration est tenue d'abroger expressément un acte non réglementaire non créateur de droits devenu illégal ou sans objet en raison de circonstances de droit ou de fait postérieures à son édiction, sauf à ce que l'illégalité ait cessé. ".

30. Un étranger est recevable à demander l'annulation d'une décision refusant d'abroger une décision refusant la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, une décision obligeant à quitter le territoire français ou une décision fixant le pays de renvoi, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que l'obligation de quitter le territoire français est assortie d'une interdiction de retour sur ce territoire. En revanche, un étranger n'est pas recevable à demander l'annulation de la décision refusant d'abroger une interdiction de retour sur le territoire français s'il ne justifie pas résider hors de France à la date où il saisit le juge administratif.

31. En l'espèce, le requérant ne justifie pas qu'il résidait hors de France à la date d'enregistrement de sa requête, soit le 12 août 2021. Il suit de là que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 20 juillet 2021 par laquelle le préfet du Nord a refusé d'abroger la décision portant interdiction de retour sur le territoire français édictée à l'encontre de M. A le 24 mai 2019 sont irrecevables et doivent, pour ce motif, être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

32. En premier lieu, par un arrêté du 28 mai 2021, publié le même jour au recueil spécial n° 122 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme Amélie Boucart, secrétaire administrative de classe normale affectée au sein du bureau du contentieux et du droit des étrangers, signataire de la décision contestée, à l'effet de signer, notamment, les " refus d'abrogation ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit être écarté.

33. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 3 à 27 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision contestée serait entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation de M. A, aurait été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 421-1, L. 421-3, L. 422-1, L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé, doivent être écartés.

34. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 20 juillet 2021 en tant qu'elle porte refus d'abrogation de l'arrêté du 24 mai 2019 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de sa destination.

35. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 20 juillet 2021.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

36. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions susvisées.

Sur les frais liés au litige :

37. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du préfet du Nord, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par M. A.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Thielleux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2022.

La rapporteure,

signé

D. CLa présidente,

signé

J. FÉMÉNIALa greffière,

signé

P. MAGHRI

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier.

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