lundi 25 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2106514 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | DANSET-VERGOTEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 août 2021, Mme A B, représentée par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 5 février 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Lille lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder au rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, et ce à titre rétroactif, dans les dix jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire préalable, en méconnaissance du principe général des droits de la défense, ainsi que des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et de celles des articles L. 744-8 et D. 744-37-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 21 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, sa vulnérabilité n'ayant pas été prise en compte ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa vulnérabilité ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 15 octobre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 novembre 2021.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Lille en date du 7 juin 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Courtois a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante camerounaise, est entrée irrégulièrement en France le 1er octobre 2014 selon ses déclarations. Elle a présenté une demande d'asile le 5 février 2021. Elle demande au tribunal d'annuler la décision du même jour par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Lille lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
2. En premier lieu, la décision attaquée mentionne les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision ne peut, dès lors, qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / () / 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives particulières ont institué une procédure contradictoire particulière ; / () ".
4. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile, se présente en personne à l'autorité administrative compétente, qui enregistre sa demande () ". Aux termes de l'article L. 741-2 de ce code, alors en vigueur : " Lorsque l'examen de la demande d'asile relève de la compétence de la France, l'étranger introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides () ". Aux termes de l'article L. 744-1 du même code, alors en vigueur : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile () sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile (). Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre. / () ". En vertu des articles L. 744-2 et suivants dudit code, alors en vigueur, le demandeur d'asile bénéficie notamment, pendant le temps nécessaire à l'instruction de sa demande, d'un hébergement et d'une allocation adaptés à sa situation particulière. Aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil () ".
5. D'une part, par les articles L. 744-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'Office français de l'immigration et de l'intégration refuse d'accorder à un étranger demandeur d'asile le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. La mise en œuvre de ces règles a pour effet d'exclure l'application à de telles décisions de la procédure contradictoire de droit commun prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration qui soumet à une procédure contradictoire préalable les décisions soumises à obligation de motivation ne sauraient être utilement invoquées à l'encontre d'un refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil à un demandeur d'asile.
6. D'autre part, les dispositions de l'article D. 744-37-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prévoyant que la décision de refus et de retrait prise sur le fondement de l'article L. 744-7 de ce code n'est pas précédée d'une procédure contradictoire, étant issues du 11° de l'article 1er du décret du 28 décembre 2018 qui a été annulé par la décision nos 428530, 428564 du 31 juillet 2019 du Conseil d'Etat statuant au contentieux, puis abrogé par le décret du 16 décembre 2020 portant partie réglementaire du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, Mme B ne saurait utilement les invoquer à l'encontre de la décision en date du 5 février 2021 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
7. Enfin, il ressort des pièces du dossier que Mme B a bénéficié d'un entretien au guichet unique où elle a déposé sa demande d'asile, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle a ainsi été mise en mesure de présenter des observations au regard de sa vulnérabilité et des motifs pour lesquels elle n'avait pas présenté sa demande d'asile avant le 5 février 2021 alors qu'elle déclare être entrée en France le 1er octobre 2014.
8. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 7 que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Lille lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est entachée d'illégalité à défaut d'une procédure contradictoire préalable.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : / () / 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. () ". Aux termes de l'article L. 744-6 de ce code, alors en vigueur : " (). Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier () les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, () ". Aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " () / 2. Les États membres peuvent aussi limiter les conditions matérielles d'accueil lorsqu'ils peuvent attester que le demandeur, sans raison valable, n'a pas introduit de demande de protection internationale dès qu'il pouvait raisonnablement le faire après son arrivée dans l'État membre. / () / 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. () ". Aux termes de l'article 21 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " Dans leur droit national transposant la présente directive, les États membres tiennent compte de la situation particulière des personnes vulnérables, telles que () les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, () ".
10. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, lors de son entretien du 5 février 2021, a déclaré être hébergée par des tiers à titre temporaire et ne pas avoir de problèmes de santé. Si elle a indiqué lors de cet entretien avoir été enceinte en 2015, puis en 2016, pour justifier du délai entre la date de son entrée en France et la date à laquelle elle a présenté sa demande d'asile, elle n'a pas déclaré être un parent isolé accompagné d'enfant mineur. Ainsi, la vulnérabilité de Mme B a été évaluée comme nulle. Si elle allègue avoir été victime de la traite des êtres humains, d'une part, elle n'apporte aucun élément probant au soutien de cette allégation et, d'autre part, en tout état de cause, il est constant que cet élément n'a pas été porté à la connaissance de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Dans ces conditions, la décision du directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Lille lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, qui transposent en droit interne les dispositions de l'article 21 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013.
11. En quatrième lieu, pour les motifs exposés au point précédent, le motif tiré de ce que la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration refusant à Mme B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa vulnérabilité doit être écarté.
12. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Lille n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B avant de prendre la décision attaquée.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision en date du 5 février 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Lille lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'elle a présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Sophie Danset-Vergoten et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 4 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Lemaire, président,
- Mme Courtois, première conseillère,
- Mme Jaur, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2023.
La rapporteure,
Signé
C. COURTOISLe président,
Signé
O. LEMAIRE
La greffière,
Signé
S. RANWEZ
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026