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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2106536

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2106536

lundi 18 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2106536
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP SAVOYE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 août 2021, l'association " La Diane " demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté 26 juillet 2021 par lequel le maire d'Agnez-lez-Duisans a interdit la chasse par arme à feu à moins de 150 mètres des secteurs urbanisés du territoire communal à partir du 15 août 2021 ;

2°) de condamner cette commune à lui verser la somme de 800 euros à raison du préjudice économique subi du fait de l'amputation de son droit de chasse pendant les saisons 2019 et 2020.

Elle soutient que :

- l'interdiction de chasser par arme à feu à proximité des secteurs urbanisés n'apparait ni justifiée par des risques d'atteinte à la sécurité publique ni proportionnée ;

- l'interdiction de poursuite d'un animal chassé, telle que prévue à l'article 2 de cet arrêté, fait obstacle à la pratique d'une chasse responsable, sans souffrance animale ;

- ayant vu son droit de chasse amputé de 20 hectares durant deux années, en 2019 et 2020, elle est fondée à obtenir la réparation de son préjudice financier évalué à la somme de 800 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 novembre 2021 et 17 juillet 2023, la commune d'Agnez-lez-Duisans, représentée par Me Forgeois, conclut :

1°) à titre principal, au non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 26 juillet 2021 ;

2°) à titre subsidiaire, au rejet de la requête ;

3°) à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de l'association requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation ont perdu leur objet, l'arrêté contesté ayant été rapporté par un arrêté du 27 août 2021 ;

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables en l'absence de liaison préalable du contentieux ;

- les moyens soulevés à l'appui des conclusions à fin d'annulation sont infondés ; le cas échéant, les dispositions de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales seront substituées aux dispositions des articles R. 123-5 du code de l'urbanisme et L. 422-10 du code de l'environnement ;

- l'arrêté du 26 juillet 2021 est sans lien avec les préjudices invoqués par l'association requérante, qui ne justifie ni de leur existence ni du quantum allégué.

La clôture d'instruction a été fixée au 18 août 2023 par une ordonnance du 17 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Piou,

- les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique,

- et les observations de Me Forgeois, représentant la commune d'Agnez-lez-Duisans.

Considérant ce qui suit :

1. Le maire d'Agnez-lez-Duisans a, par un arrêté du 26 juillet 2021, réglementé l'exercice de la chasse par arme à feu à proximité des secteurs urbanisés de la commune. Par la présente requête, l'association " La Diane " demande au tribunal d'annuler cet arrêté et de condamner cette commune à l'indemniser du préjudice financier subi au cours des saisons de chasse 2019 et 2020.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 26 juillet 2021 litigieux a été retiré par un arrêté du maire de la commune d'Agnez-lez-Duisans du 27 août 2021, dûment affiché en mairie. Cet arrêté n'a fait l'objet d'aucune contestation et est, ainsi, devenu définitif. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre l'arrêté contesté du 26 juillet 2021.

4. En revanche, il ressort également des pièces du dossier que la commune a édicté le 10 septembre 2021 un nouvel arrêté interdisant de chasser par arme à feu à moins de 100 mètres des secteurs urbanisés du territoire communal. Il y a lieu, par suite, de regarder les conclusions de l'association requérante comme étant également dirigées contre cet arrêté, intervenu en cours d'instance, pris en vue de remplacer l'arrêté initialement contesté.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

5. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. / () ".

6. Il ne résulte pas de l'instruction que l'association " La Diane " ait adressé à la commune d'Agnez-lez-Duisans une demande indemnitaire en vue d'obtenir réparation du préjudice financier qu'elle soutient avoir subi du fait de l'amputation de son droit de chasse au titre des années 2019 et 2020. Par suite, en l'absence de liaison du contentieux, la commune est fondée à soutenir que les conclusions indemnitaires présentées par l'association requérante doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 10 septembre 2021 :

7. Aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 420-1 du code de l'environnement : " La gestion durable du patrimoine faunique et de ses habitats est d'intérêt général. La pratique de la chasse, activité à caractère environnemental, culturel, social et économique, participe à cette gestion et contribue à l'équilibre entre le gibier, les milieux et les activités humaines en assurant un véritable équilibre agro-sylvo-cynégétique () ". Et, aux termes de l'article L. 420-2 du même code : " Le Gouvernement exerce la surveillance et la police de la chasse dans l'intérêt général ". Enfin, aux termes de l'article L. 420-3 de ce code : " () Achever un animal mortellement blessé ou aux abois ne constitue pas un acte de chasse () ".

8. Les limitations supplémentaires que le maire apporte à l'exercice de la chasse doivent être justifiées par des motifs propres à sa commune et proportionnées à la nécessité de préserver l'ordre et la sécurité publics.

9. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et n'est au demeurant pas sérieusement contesté, que la commune d'Agnez-lez-Duisans a reçu plusieurs plaintes de riverains faisant état de retombées de plombs de chasse et que plusieurs incidents sont intervenus au cours de la saison de chasse 2020, dont un faisant l'objet d'une instruction judiciaire. Eu égard à ces antécédents, le maire de la commune était fondé à prendre l'arrêté litigieux aux fins de prévenir toute atteinte à la sécurité publique des habitants. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la mesure contestée, qui n'est ni générale ni absolue, porte une atteinte disproportionnée au droit de chasse de l'association requérante, qui n'établit notamment pas qu'elle conduirait à faire obstacle totalement à son exercice.

10. D'autre part, si l'arrêté en litige prévoit, en son article 2, l'interdiction de poursuite des animaux chassés dans les 100 mètres autours des secteurs urbanisés du territoire communal, cette disposition ne saurait faire obstacle à ce que soit achevé un animal mortellement blessé, y compris dans ce périmètre, dès lors qu'un tel acte ne constitue pas un acte de chasse conformément aux dispositions précitées de l'article L. 420-3 du code de l'environnement. Dans ces conditions, cette mesure, qui apparait, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 9, justifiée par un risque d'atteinte à la sécurité publique, ne revêt pas davantage un caractère disproportionné.

11. Le moyen tiré de l'existence d'une erreur d'appréciation doit, par suite, être écarté en toutes ses branches.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 10 septembre 2021 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'association " La Diane " la somme de 500 euros au titre des frais exposés par la commune d'Agnez-lez-Duisans et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du maire d'Agnez-lez-Duisans du 26 juillet 2021.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : L'association " La Diane " versera à la commune d'Agnez-lez-Duisans la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association " La Diane " et à la commune d'Agnez-lez-Duisans.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

M. Borget, premier conseiller,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

C. PIOU

La présidente,

signé

A-M. LEGUINLa greffière,

signé

S. SING

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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