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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2106677

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2106677

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2106677
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (1)
Avocat requérantSCP ABCG ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 août 2021, M. C B, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée 48SI du 2 juillet 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour défaut de points et lui a enjoint de restituer celui-ci dans un délai de dix jours ;

2°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré les points affectés à son permis de conduire à la suite des infractions constatées les 22 mai 2012, 9 août 2013, 25 avril 2015, 27 juin 2016, 30 mai 2017, 7 mai 2019, 6 juin 2019, 24 avril 2020, 27 juin 2020, 17 juin 2020 et 18 juillet 2020 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son permis de conduire, au capital de points reconstitué, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative, outre les entiers dépens.

Il soutient que l'information préalable obligatoire prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui a pas été délivrée à l'occasion de ces infractions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 novembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le moyen tiré du défaut de notification des décisions de retrait de points est inopérant ;

- l'autre moyen soulevé par le requérant n'est pas fondé.

Par une ordonnance du 2 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 17 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu le rapport de Mme A au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée 48SI du 2 juillet 2021, le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité du permis de conduire de M. B pour solde de points nul et lui a enjoint de le restituer. Par la présente requête, l'intéressé demande au tribunal d'annuler cette décision 48SI ainsi que les décisions portant retrait de points consécutives aux infractions des 22 mai 2012, 9 août 2013, 25 avril 2015, 27 juin 2016, 30 mai 2017, 7 mai 2019, 6 juin 2019, 24 avril 2020, 27 juin 2020, 17 juin 2020 et 18 juillet 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information.

S'agissant des infractions commises les 25 avril 2015, 27 juin 2016, 30 mai 2017 et 6 juin 2019 :

3. Il résulte des arrêtés pris pour 1'application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment de leurs dispositions codifiées à l'article A. 37-8 de ce code, que lorsqu'une contravention mentionnée à l'article L. 121-3 du code de la route est constatée sans interception du véhicule et à l'aide d'un système de contrôle automatisé enregistrant les données en numérique, le service verbalisateur adresse à l'intéressé un formulaire unique d'avis de contravention, qui comprend en bas de page la carte de paiement et comporte, d'une part, les références de l'infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de 1'amende forfaitaire et, d'autre part, une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises en vertu des dispositions précitées, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

4. Les infractions commises les 25 avril 2015, 27 juin 2016, 30 mai 2017 et 6 juin 2019 ont été constatées par radar automatique sans interception du véhicule. M. B a payé les amendes forfaitaires correspondantes, ainsi qu'il ressort de son relevé d'information intégral. Il en découle qu'il a nécessairement reçu les avis de contravention correspondants à ces infractions. Eu égard aux mentions dont ces avis doivent être revêtus, et en l'absence de tout élément de nature à établir qu'il aurait été destinataire d'avis inexacts ou incomplets, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'administration ne s'est pas acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises en vertu des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le moyen tiré du défaut d'information préalable doit, s'agissant de ces infractions, être écarté.

S'agissant des infractions commises les 9 août 2013 et 7 mai 2019 :

5. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. Le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée étant revêtu des mentions portant à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit ainsi à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que celui-ci était inexact ou incomplet. Il en va autrement si le contrevenant, qui conteste les éléments du relevé d'information intégral et l'attestation de paiement établie par le comptable public produite en défense par le ministre, apporte la preuve que le paiement de l'amende forfaitaire majorée est intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public.

6. Il résulte de l'instruction, notamment des mentions du relevé intégral d'information de M. B, que les infractions commises les 9 août 2013 et 7 mai 2019 par l'intéressé ont été relevées par l'intermédiaire d'un radar automatique et ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires d'amendes forfaitaires majorées devenues définitives respectivement les 23 octobre 2013 et 29 juillet 2019. Le ministre de l'intérieur produit des attestations du trésorier du contrôle automatisé certifiant l'encaissement des amendes forfaitaires majorées correspondantes à ces deux infractions, respectivement les 20 janvier 2014 et 19 août 2019. M. B n'avance aucun élément de nature à mettre en doute les faits ainsi attestés par ces documents qui présentent un caractère probant et ne soutient ni même n'allègue que ces règlements seraient intervenus à l'issue d'une procédure de recouvrement forcé. L'intéressé a ainsi nécessairement reçu les formulaires d'avis de contravention, dont il n'est pas établi qu'ils auraient été inexacts ou incomplets, qui comportent une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable doit, s'agissant de ces infractions, être écarté.

S'agissant de l'infraction commise le 22 mai 2012 :

7. Le ministre de l'intérieur produit le procès-verbal de contravention établi par l'agent verbalisateur lors de la constatation de l'infraction du 22 mai 2012, signé par l'intéressé, qui mentionne que celui-ci est susceptible de perdre des points de son permis de conduire et que le contrevenant reconnaît avoir reçu la carte de paiement et l'avis de contravention et, d'autre part, un exemplaire dûment rempli de ce dernier document qui mentionne les autres informations exigées par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dans ces conditions, le ministre doit être regardé comme apportant la preuve, qui lui incombe, que les informations prévues par les dispositions précitées ont été délivrées au requérant à l'occasion de la constatation de l'infraction du 22 mai 2012. Dès lors, le retrait de trois points opéré à raison de cette infraction est intervenu selon une procédure régulière.

S'agissant des infractions commises les 24 avril 2020, 17 et 27 juin 2020 et 18 juillet 2020 :

8. Il résulte de l'instruction que les infractions commises les 24 avril 2020, 17 juin 2020, 27 juin 2020 et 18 juillet 2020 ont été constatées par radar automatique. S'il ressort du relevé d'information intégral que ces infractions ont chacune donné lieu, en application des dispositions de l'article 529-2 du code de procédure pénale, à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, cette circonstance, qui établit la réalité des infractions, n'est toutefois pas de nature à établir que le requérant aurait reçu l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Si le ministre en défense soutient qu'il avait bénéficié de ces informations à l'occasion de précédentes infractions, il ne ressort d'aucune pièce qu'il ait eu connaissance de l'existence et de la qualification de ces infractions. Par ailleurs, si le ministre de l'intérieur produit un exemplaire anonymisé d'avis de contravention qui comporte les informations prescrites par l'article L. 223-3 du code de la route, ce document ne permet pas d'établir que M. B aurait été destinataire de l'avis émis à son encontre et, par suite, des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. L'intéressé est, dès lors, fondé à soutenir que les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré huit points du capital de son permis de conduire à la suite de ces infractions sont intervenues à la suite d'une procédure irrégulière.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 24 avril 2020, 17 et 27 juin 2020 et 18 juillet 2020.

10. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nul. Dès lors que la décision du ministre de l'intérieur constatant la perte de validité du permis de conduire de M. B fait état de décisions de retrait de points annulées par le présent jugement et que le solde de points de son permis de conduire est donc redevenu positif du fait de ces annulations, la décision ministérielle en date du 2 juillet 2021, invalidant le permis de conduire de l'intéressé et enjoignant sa restitution, doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement implique nécessairement que l'administration restitue à M. B, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, son permis de conduire ainsi que les huit points qui lui ont été irrégulièrement retirés à la suite des infractions commises les 24 avril 2020, 17 et 27 juin 2020 et 18 juillet 2020, dans la limite du capital de points affecté à son permis de conduire et sous réserve des infractions non prises en compte à la date de la décision qui l'a invalidé.

Sur les dépens de l'instance :

12. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par M. B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision référencée 48SI du 2 juillet 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité du titre de conduite de M. B pour défaut de points et lui a enjoint de le restituer, ainsi que les décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 24 avril 2020, 17 et 27 juin 2020 et 18 juillet 2020 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de restituer à M. B, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, son permis de conduire ainsi que les huit points illégalement retirés suite aux infractions des 24 avril 2020, 17 et 27 juin 2020 et 18 juillet 2020, dans la limite du capital de points affecté à son permis de conduire et sous réserve des infractions non prises en compte à la date de la décision qui l'a invalidé.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

La magistrate désignée,

signé

C. A

La greffière,

signé

S. SING

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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