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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2106692

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2106692

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2106692
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantBRIATTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 23 août 2021, 7 septembre 2021 et 1er mars 2023, Mme B D, agissant en qualité de représentante légale de son fils, A C, représentée par Me Camille Briatte, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 mai 2021 par laquelle la principale du collège Emilie Littré à Douchy-les-Mines a infligé à A C la sanction d'exclusion temporaire de l'établissement du 25 mai au 1er juin 2021, ainsi que la décision du 21 juillet 2021 par laquelle la rectrice de l'académie de Lille a rejeté le recours hiérarchique formé à l'encontre de cette sanction ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées ont été adoptées au terme d'une procédure irrégulière ; aucun courrier ne l'informant, ni son fils, des faits reprochés à ce dernier ne leur a été adressé deux jours au moins avant l'adoption de la sanction en litige, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 421-10-1 du code de l'éducation ; aucun délai ne leur a été laissé pour présenter des observations ; ils n'ont pas été informés de leur faculté de se faire assister pas une personne de leur choix et l'accès au dossier leur a été refusé ; ces irrégularités constituent également autant d'atteintes aux droits de la défense et au principe du contradictoire ; elles les ont privés d'une garantie et sont susceptibles d'avoir eu une influence sur le sens de la sanction retenue, de sorte qu'elles justifient son annulation ;

- la décision du 21 mai 2021 est entachée d'un défaut de motivation ;

- la matérialité des faits reprochés à A C n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2023, la rectrice de l'académie de Lille conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer, et à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les conclusions aux fins d'annulation de la sanction d'exclusion temporaire du collège sont devenues sans objet dès lors que celle-ci a fait l'objet d'un effacement automatique du dossier administratif de A C à la fin de l'année scolaire 2022-2023 en application des dispositions de l'article R. 511-13 du code de l'éducation ;

- aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Par une ordonnance du 26 janvier 2023, la clôture de l'instruction de l'affaire a été fixée au 3 mars 2023 à 14 heures.

Par une décision du 25 octobre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille, Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sanier,

- et les conclusions de M. Babski, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, scolarisé en classe de cinquième au sein du collège Emile Littré à Douchy-les-Mines, a été sanctionné par la cheffe d'établissement, le 21 mai 2021, d'une exclusion temporaire de l'établissement durant huit jours, soit du 25 mai au 1er juin 2021 inclus, pour des faits de harcèlement et de cyberharcèlement commis à l'encontre de l'une de ses camarades. Par un courrier du 25 mai 2021, reçu le 27 mai 2021, Mme D, agissant en qualité de représentante légale de son fils A, a formé à l'encontre de cette sanction un recours hiérarchique auprès de la rectrice de l'académie de Lille, qui l'a rejeté par une décision du 21 juillet 2021. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle la principale du collège Emilie Littré à Douchy-les-Mines a infligé à son fils la sanction d'exclusion temporaire de l'établissement, ainsi que la décision de la rectrice de l'académie de Lille en date du 21 juillet 2021 portant rejet du recours hiérarchique formé à l'encontre de cette sanction.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par la rectrice de l'académie de Lille :

2. Si la rectrice de l'académie de Lille fait valoir que la sanction d'exclusion temporaire de l'établissement prononcée le 21 mai 2021 à l'encontre de A C a été automatiquement effacée de son dossier scolaire, à l'issue de l'année scolaire 2022-2023, en application des dispositions de l'article R. 511-13 du code de l'éducation, il est constant que cette sanction a toutefois été exécutée et a produit tous ses effets. Au surplus, l'effacement de la sanction du dossier de l'élève ne peut être regardé comme un retrait ou une abrogation de la sanction en litige. Par suite, les conclusions tendant à son annulation conservent leur objet et l'exception de non-lieu à statuer opposée par la rectrice de l'académie de Lille doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article R. 421-10-1 du code de l'éduction : " Lorsqu'il se prononce seul sur les faits qui ont justifié l'engagement de la procédure disciplinaire, le chef d'établissement informe sans délai l'élève des faits qui lui sont reprochés et du délai dont il dispose pour présenter sa défense oralement ou par écrit ou en se faisant assister par une personne de son choix. Ce délai, fixé par le chef d'établissement, est d'au moins deux jours ouvrables. / Si l'élève est mineur, cette communication est également faite à son représentant légal afin que ce dernier produise ses observations éventuelles. Dans tous les cas, l'élève, son représentant légal et la personne éventuellement chargée de l'assister pour présenter sa défense peuvent prendre connaissance du dossier auprès du chef d'établissement. / () ".

4. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

5. Alors que la requérante soutient que la procédure contradictoire prévue à l'article R. 421-10-1 du code de l'éducation n'a pas été respectée préalablement à l'adoption, par la principale du collège Emile Littré à Douchy-les-Mines, le 21 mai 2021, de la sanction en litige, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la cheffe d'établissement aurait informé A C ou sa mère des faits qui lui étaient reprochés et du délai, qui ne pouvait être inférieur à deux jours ouvrables, dont ces derniers disposaient pour présenter leur défense oralement ou par écrit ou en se faisant assister par une personne de leur choix. Il n'est en outre pas contesté que l'accès au dossier disciplinaire a été refusé à Mme D. Dans ces circonstances, la requérante est fondée à soutenir que les dispositions de l'article R. 421-10-1 du code de l'éducation ont été méconnues. Ce vice de procédure est de nature à l'avoir privée d'une garantie, de sorte qu'il justifie l'annulation de la sanction en litige.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 2° Infligent une sanction ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

7. La décision attaquée du 21 mai 2021, qui se borne à indiquer que A C " a été sanctionné le 21/05/2021 conformément à la décision du chef d'établissement par : une exclusion temporaire de 8 jours pour le motif suivant : harcèlement et cyberharcèlement ", sans davantage de précisions ni de référence aux textes dont il est fait application, ne comporte pas les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, Mme D est fondée à soutenir que cette décision est entachée d'un défaut de motivation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 21 mai 2021 par laquelle la principale du collège Emilie Littré à Douchy-les-Mines a infligé à A C la sanction d'exclusion temporaire de l'établissement durant huit jours, du 25 mai au 1er juin 2021, doit être annulée. Par voie de conséquence, la décision du 21 juillet 2021 par laquelle la rectrice de l'académie de Lille a rejeté le recours hiérarchique formé à l'encontre de cette sanction doit également être annulée.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Briatte, avocate de Mme D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Briatte d'une somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 21 mai 2021 par laquelle la principale du collège Emile Littré à Douchy-les-Mines a infligé à A C la sanction d'exclusion temporaire de l'établissement du 25 mai au 1er juin 2021, ainsi que la décision du 21 juillet 2021 par laquelle la rectrice de l'académie de Lille a rejeté le recours hiérarchique formé à l'encontre de cette sanction, sont annulées.

Article 2 : L'Etat versera à Me Briatte une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse et à Me Camille Briatte.

Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Lille.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Stefanczyk, présidente,

Mme Balussou, première conseillère,

Mme Sanier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

L. SANIER

La présidente,

Signé

S. STEFANCZYK

La greffière,

Signé

N. PAULET

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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