vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2106759 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | DANTEC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 25 août 2021, 20 juin 2022, 19 septembre 2022 et 22 novembre 2022, Mme B A, représentée par Me Dantec, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 juin 2021 par laquelle le maire de Villeneuve-d'Ascq a rejeté son recours gracieux dirigé contre l'arrêté du 12 mars 2021 lui infligeant un blâme ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Villeneuve-d'Ascq la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas établi que l'arrêté du 12 mars 2021 ait été pris par une autorité dûment habilitée ;
- la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie ;
- l'arrêté est entaché d'erreurs d'appréciation dès lors que ne sont pas fautifs les faits relatifs à l'absence de transmission à sa cheffe de service de son arrêt de travail et à l'absence d'information de sa reprise effective à l'issue de son congé de maladie ordinaire, à la relation conflictuelle entretenue avec sa cheffe de service et à l'absence de respect de certaines échéances ;
- la sanction revêt un caractère disproportionné ;
- l'arrêté litigieux méconnait les dispositions de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 dès lors qu'il s'inscrit dans un contexte de harcèlement moral de sa supérieure hiérarchique à son égard.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 novembre 2021, 21 juillet et 19 octobre 2022, la commune de Villeneuve-d'Ascq conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés dans la requête sont infondés.
La clôture d'instruction a été fixée au 15 décembre 2022 par une ordonnance du 29 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Piou,
- les conclusions de Mme Grard, rapporteure publique,
- et les observations de Me Dantec, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a intégré les effectifs de la commune de Villeneuve-d'Ascq le 2 août 1993 dans le cadre d'un contrat emploi solidarité puis d'un contrat à durée indéterminée. Le 1er octobre 2000, elle a été titularisée en qualité d'adjoint administratif puis, le 1er février 2003, en qualité de rédactrice territoriale. Le 1er janvier 2020, elle a été promue rédactrice territoriale principale de 1ère classe alors qu'elle était affectée, depuis le 25 septembre 2017, au service des aînés sur le poste d'adjointe à la cheffe de ce service. Par un arrêté du 12 mars 2021, le maire de Villeneuve-d'Ascq lui a infligé un blâme à titre de sanction disciplinaire. Le recours gracieux présenté par l'intéressée le 3 juin 2021 a été rejeté par une décision du 11 juin 2021, notifiée le 26 juin suivant. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision du 11 juin 2021.
Sur l'étendue du litige :
2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.
3. Mme A doit ainsi être regardée comme demandant l'annulation, d'une part, de l'arrêté du maire de Villeneuve-d'Ascq du 12 mars 2021 lui infligeant un blâme à titre disciplinaire et, d'autre part, de la décision du 11 juin 2021 rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'incompétence du signataire :
4. Par un arrêté du 7 juillet 2020, le maire de la commune de Villeneuve-d'Ascq a donné délégation de fonction à M. Jean-Michel Molle, conseiller municipal délégué, pour la gestion du personnel communal. Il lui a également donné délégation à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions, correspondances relevant de cette délégation de fonction. Il ressort par ailleurs des mentions apposées sur cet arrêté, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, qu'il a fait l'objet d'un affichage en mairie le jour suivant son édiction. Par ailleurs, il ressort également des pèces produites par la commune de Villeneuve-d'Ascq que cet arrêté a été transmis au représentant de l'Etat le 8 juillet 2020. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.
En ce qui concerne la matérialité des faits reprochés à Mme A :
5. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que sont reprochés à Mme A des manquements à son devoir d'obéissance, des retards dans la réalisation de deux tâches qui lui avaient été assignées ainsi qu'une attitude nuisible à l'ambiance du service.
S'agissant du manquement à son devoir d'obéissance
6. Il ressort des pièces du dossier que, le 20 novembre 2020, la supérieure hiérarchique de Mme A lui a demandé de réaliser en urgence une tâche concernant la livraison de goûters et que la requérante justifie avoir le jour même réalisé ladite tâche, en dépit d'une première réaction d'opposition. La requérante est ainsi fondée à soutenir que la matérialité de ces faits qui lui sont ainsi reprochés n'apparait pas établie.
7. Aux termes de l'article 25 du décret 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, dans sa version applicable au litige : " () le fonctionnaire adresse à l'administration dont il relève, dans un délai de quarante-huit heures suivant son établissement, un avis d'interruption de travail. Cet avis indique, d'après les prescriptions d'un médecin, d'un chirurgien-dentiste ou d'une sage-femme, la durée probable de l'incapacité de travail. () ". Par ailleurs, il ressort de la note de service établie le 9 juillet 2010 par le maire de la commune de Villeneuve-d'Ascq que l'avis d'interruption de travail doit être adressé par l'agent à son chef de service, lequel le retransmet à la direction des ressources humaines. S'il ressort des pièces du dossier que Mme A n'a pas adressé cet avis à sa cheffe de service, cette omission se justifie par la circonstance que, celle-ci étant elle-même en congé de maladie ordinaire, le directeur général adjoint avait informé l'ensemble des agents du service qu'il assurait pendant cette période son intérim et faisait ainsi fonction de chef de service. Dans ces conditions, en transmettant à ce dernier son avis d'interruption de travail, Mme A n'a pas méconnu les prescriptions de la note de service. En revanche, il est établi, et au demeurant non sérieusement contesté, que l'intéressée ne s'est pas manifestée auprès de sa hiérarchie à l'occasion de son retour de congé de maladie ordinaire. Ces derniers faits sont, par suite, établis.
8. En se bornant à produire une dizaine de courriels datés d'octobre et février 2020 et à indiquer que ses échanges avec les fournisseurs se font principalement au téléphone, la requérante n'établit pas avoir déféré à l'ordre de sa supérieure hiérarchique, réitéré à plusieurs reprises, tenant à ce que cette dernière soit systématiquement mise en copie de ses courriels. Ces faits doivent ainsi également être regardés comme établis.
S'agissant du non-respect de plusieurs échéances
9. Les seuls éléments produits à l'instance ne permettent pas d'établir l'existence d'une date butoir de validation dans le logiciel informatique Airdelib de la délibération relative à la tarification et, par suite, le retard de Mme A à accomplir cette tâche qu'elle justifie avoir réalisée le 10 janvier 2020 pour une inscription à la séance du conseil municipal du 4 février suivant. N'apparait pas davantage établi le retard pris par l'intéressée dans la conclusion du marché de traiteur intervenue à la fin du mois de février, avant le jour de ladite réception devant se dérouler au début du mois de mars, dès lors qu'il ne résulte d'aucune pièce du dossier qu'une échéance précise aurait été fixée à Mme A, laquelle justifie de démarches accomplies auprès de divers fournisseurs et des courriels d'information adressés à sa hiérarchie. Par suite, le grief tiré de l'absence de respect de certaines échéances n'apparait pas établi.
S'agissant de l'attitude de l'intéressée au sein de son service
10. Il ressort des pièces du dossier que deux collègues de Mme A, travaillant au sein du service des aînés, se sont plaintes, de façon concordante, auprès de la direction des ressources humaines de l'attitude de la requérante, attitude caractérisée par des rétentions d'information, une agressivité à l'égard de ses supérieures hiérarchiques actuelle et précédente ainsi que par un report tardif de tâches sur ses subordonnées, les mettant ainsi en difficulté. Il ressort également des témoignages concordants de ces deux agents et de la supérieure hiérarchique directe de Mme A, qui a au demeurant déposé une main courante le jour même à l'encontre de l'intéressée, que, le 20 novembre 2020, cette dernière a adopté une attitude agressive et inadaptée à l'égard de sa cheffe de service, sans que les attestations d'anciens collègues ou de collègues d'autres services ne permettent de remettre en cause la matérialité de ces faits.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur d'appréciation :
11. Le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle normal sur les questions de savoir si les faits reprochés à un agent public constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
12. Il ressort des pièces du dossier que si Mme A n'a pas indiqué, le jour de sa reprise, à sa supérieure hiérarchique qu'elle reprenait ses fonctions en télétravail, celle-ci était néanmoins informée de la date de fin de son interruption de travail, mentionnée sur l'avis transmis au directeur général adjoint faisant alors office de chef de service, qui n'avait pas donné lieu à prolongation. Par ailleurs, il ne résulte d'aucune disposition que l'intéressée aurait été tenue d'adresser en sus un mail à sa supérieure hiérarchique. Par suite, les faits ainsi retenus à son encontre ne sont pas de nature à caractériser l'existence d'une faute.
13. En revanche, ainsi qu'il a été dit précédemment, la matérialité des faits reprochés à Mme A, relatifs à l'existence d'un comportement inadapté et parfois agressif adopté à l'égard de sa supérieure hiérarchique et de ses collègues, et de manquements à son devoir d'obéissance est établie et ces faits sont de nature à caractériser l'existence d'une faute disciplinaire.
14. Il résulte de l'instruction que l'autorité administrative aurait pris la même décision si elle ne s'était fondée que sur les faits décrits aux points 8 et 10, qualifiés au point précédent de fautifs, qui sont à eux seuls de nature, compte tenu de leur impact sur le bon fonctionnement du service et de leur caractère réitéré, à justifier la sanction de blâme en litige. Par suite, le moyen tiré du caractère disproportionné de la sanction litigieuse doit être écarté.
En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 :
15. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'appréciation de la valeur professionnelle, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus ".
16. Il résulte de tout ce qui précède que la sanction litigieuse apparait légalement justifiée par le comportement de Mme A, qui ne produit au demeurant pas d'éléments susceptibles de faire présumer l'existence de faits de harcèlement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 6 quinquies doit être écarté.
17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 12 mars 2021 sanctionnant Mme A d'un blâme doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles dirigées contre la décision du 11 juin 2021 rejetant son recours gracieux.
Sur les frais liés au litige :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Villeneuve-d'Ascq, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de cette dernière la somme demandée par la commune de Villeneuve-d'Ascq au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Villeneuve-d'Ascq sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Villeneuve-d'Ascq.
Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Leguin, présidente,
M. Borget, premier conseiller,
Mme Piou, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.
La rapporteure,
signé
C. PIOU
La présidente,
signé
A-M. LEGUINLa greffière,
signé
S. SING
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026