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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2106768

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2106768

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2106768
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (1)
Avocat requérantDEHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 août 2021, M. C B, représenté par Me Dehan, demande au tribunal d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré les points affectés à son permis de conduire à la suite des infractions constatées les 25 août 2017, 7 mai 2018, 3 septembre 2018 et 22 décembre 2018.

Il soutient que :

- la réalité des infractions qui lui sont reprochées n'est pas établie ;

- l'information préalable obligatoire prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui a pas été délivrée à l'occasion de ces infractions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2021, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme concluant :

1°) au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de retrait de point consécutive à l'infraction du 7 mai 2018 ;

2°) au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions dirigées contre la décision de retrait de point consécutive à l'infraction du 7 mai 2018 sont devenues sans objet, le point ayant été restitué le 28 février 2019 ;

- les conclusions tendant à l'annulation de la décision de retrait de points consécutive à l'infraction du 25 août 2017 sont tardives ;

- le moyen tiré du défaut de notification des décisions de retrait de points est inopérant ;

- aucun des autres moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par une ordonnance du 2 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 17 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu le rapport de Mme A au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. C B demande l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 25 août 2017, 7 mai 2018, 3 septembre 2018 et 22 décembre 2018.

Sur le non-lieu à statuer partiel :

2. Aux termes de l'article L. 223-6 du code de la route, dans sa version issue de la loi du 14 mars 2011 d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure : " Si le titulaire du permis de conduire n'a pas commis, dans le délai de deux ans à compter de la date du paiement de la dernière amende forfaitaire, de l'émission du titre exécutoire de la dernière amende forfaitaire majorée, de l'exécution de la dernière composition pénale ou de la dernière condamnation définitive, une nouvelle infraction ayant donné lieu au retrait de points, son permis est affecté du nombre maximal de points. / Le délai de deux ans mentionné au premier alinéa est porté à trois ans si l'une des infractions ayant entraîné un retrait de points est un délit ou une contravention de la quatrième ou de la cinquième classe. / Toutefois, en cas de commission d'une infraction ayant entraîné le retrait d'un point, ce point est réattribué au terme du délai de six mois à compter de la date mentionnée au premier alinéa, si le titulaire du permis de conduire n'a pas commis, dans cet intervalle, une infraction ayant donné lieu à un nouveau retrait de points ".

3. En l'espèce, s'il est constant que le point retiré à la suite de l'infraction constatée le 7 mai 2018 a été restitué à M. B le 28 février 2019 en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route, cette circonstance n'est pas, à elle-seule, susceptible de rendre sans objet les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision de retrait de points correspondante, dès lors que cette restitution n'a pas pour effet de retirer la décision de perte de points en cause et que cette décision est susceptible de faire obstacle au bénéfice du mécanisme de récupération de points prévu au premier alinéa de l'article L. 223-6 du code de la route.

4. Néanmoins, il résulte de l'instruction, et tout particulièrement du relevé d'information intégral versé à l'instance, qu'en raison de l'infraction commise par le requérant le 3 septembre 2018, l'intéressé n'était en tout état de cause pas susceptible, même en l'absence de la décision de retrait de point adoptée suite à l'infraction constatée le 7 mai 2018, de bénéficier des mesures prescrites aux trois premiers alinéas de l'article L. 223-6 du code de la route.

5. Il suit de là que le ministre de l'intérieur est fondé à faire valoir que la restitution du point retiré à la suite de l'infraction du 7 mai 2018 a privé les conclusions tendant à l'annulation de la décision de retrait de point correspondante de son objet, de sorte qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur la fin de non-recevoir :

6. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

7. Aux termes de l'article R. 223-4 du code de la route : " I.- Lorsque le conducteur titulaire du permis de conduire a commis, pendant le délai probatoire défini à l'article L. 223-1, une infraction ayant donné lieu au retrait d'au moins trois points, la notification du retrait de points lui est adressée par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. Cette lettre l'informe de l'obligation de se soumettre à la formation spécifique mentionnée au quatrième alinéa de l'article L. 223-6 dans un délai de quatre mois. () ".

8. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée par voie de duplication la date de vaine présentation du courrier, et qui porte, sur l'enveloppe ou sur l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.

9. La notification d'une décision relative au permis de conduire doit être regardée comme régulière lorsqu'elle est faite à une adresse correspondant effectivement à une résidence de l'intéressé.

10. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'avis de réception produit par le ministre de l'intérieur, que le pli de notification de la décision " 48N " portant retrait de trois points du capital de points affecté au permis de M. B à la suite de l'infraction du 25 août 2017, pendant la période probatoire, a été retourné à l'administration revêtu de la mention " pli avisé et non réclamé " et d'une date de vaine présentation le 20 juillet 2018. L'accusé de réception mentionne comme expéditeur le Bureau national des droits à conduire " B.N.D.C " et reprend comme numéro d'identification le numéro de permis de conduire de l'intéressé, précédé de la lettre " N ". M. B ne soutient ni même n'allègue que l'adresse mentionnée sur le pli ne correspondait pas à un de ses lieux de résidence effective à cette date. Dans ces conditions, ces éléments sont suffisamment clairs, précis et concordants pour établir que l'intéressé est réputé avoir reçu notification le 20 juillet 2018 de la décision " 48N ", constituée d'un formulaire-type qui comporte au verso la mention des voies et délais de recours. Ainsi, le délai de recours contentieux de deux mois était expiré lorsque l'intéressé a introduit la présente requête le 26 août 2021 tendant notamment à l'annulation de cette décision de retrait de points. Par suite, il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'intérieur en défense tirée de la tardiveté de ces conclusions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la réalité des infractions :

11. En vertu des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, la réalité d'une infraction est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. Le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

12. En l'espèce, il ressort du relevé d'information intégral de M. B, dont les informations sont issues du système national des permis de conduire, que des titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées ont été émis à son encontre suite aux infractions des 3 septembre 2018 et 22 décembre 2018.

13. Si le requérant conteste la réalité de ces infractions, il n'établit ni même n'allègue, pour les infractions en cause, avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de ces infractions ou de l'envoi des avis de contravention et ne fait, par ailleurs, état d'aucun élément qui serait de nature à remettre en cause l'exactitude de ces mentions. Dans ces conditions, la réalité de ces infractions doit être regardée comme établie.

En ce qui concerne le défaut d'information préalable :

14. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information.

S'agissant de l'infraction du 3 septembre 2018 :

15. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. En conséquence, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. Par ailleurs, la mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

16. Il résulte de l'instruction que l'infraction constatée le 3 septembre 2018 a fait l'objet d'un procès-verbal électronique. Le ministre de l'intérieur produit une copie de ce procès-verbal et l'indication qui y est portée, selon laquelle M. B a refusé de le signer, établit que l'intéressé, en l'absence de toute réserve de sa part, a eu communication des informations suffisantes au regard des dispositions prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles figurent sur les avis de contravention. Il suit de là que le moyen tiré du défaut d'information préalable doit être écarté.

S'agissant de l'infraction commise le 22 décembre 2018 :

17. Il résulte de l'instruction que cette infraction a été relevée par procès-verbal électronique, dont le ministre de l'intérieur produit une copie exempte de toute information et de signature de l'intéressé ou mention ayant la même force probante. S'il ressort des mentions du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. B que cette infraction a fait l'objet de l'émission d'un titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, cette circonstance ne permet toutefois pas, à elle-seule et en l'absence, notamment, d'une attestation de paiement ou d'un bordereau de situation émanant du comptable public, d'établir que l'intéressé se serait acquitté de cette amende. Par suite, le ministre de l'intérieur n'apporte pas la preuve que M. B a reçu, à l'occasion de cette infraction, les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. L'intéressé est, dès lors, fondé à soutenir que la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a retiré quatre points du capital de son permis de conduire à la suite de cette infraction est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision de retrait de points consécutive à l'infraction du 22 décembre 2018.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de retrait de point consécutive à l'infraction du 7 mai 2018.

Article 2 : La décision de retrait de quatre points consécutive à l'infraction constatée le 22 décembre 2018 est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

La magistrate désignée,

signé

C. A

La greffière,

signé

S. SING

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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