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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2106799

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2106799

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2106799
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantJAMAIS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 26 août 2021 sous le n° 2106799, M. A B, représenté par Me Jamais, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2021 par lequel le maire de la commune de Valenciennes a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie ;

2°) d'enjoindre à la commune de Valenciennes, à titre principal, de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie et, en conséquence, de lui accorder un congé pour invalidité temporaire imputable au service (CITIS) à compter du 28 mai 2020 ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Valenciennes une somme de 3 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée ne comporte pas de signature et par suite il ne peut être vérifié qu'elle a été prise par une autorité compétente ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il existe un lien direct et certain entre le service et sa pathologie ;

- elle est entachée d'une erreur de fait quant au taux d'incapacité permanente de sa pathologie.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 9 novembre 2021 et le 9 octobre 2024, la commune de Valenciennes, représentée par Me de Faÿ, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 17 octobre 2024 par une ordonnance du 9 octobre 2024.

II. Par une requête enregistrée le 26 août 2021 sous le n° 2106800, M. A B, représenté par Me Jamais, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 juillet 2021 par laquelle le maire de Valenciennes l'a placé en congé de maladie ordinaire à titre conservatoire avec plein traitement du 5 juin 2020 au 25 août 2020 et avec demi-traitement du 26 août 2020 au 27 mai 2021 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Valenciennes de régulariser sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Valenciennes la somme de 3 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée ne comporte pas de signature et par suite il ne peut être vérifié qu'elle a été prise par une autorité compétente ;

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision lui refusant la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie ;

- cette décision est entachée de détournement de procédure.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 9 novembre 2021 et le 9 octobre 2024, la commune de Valenciennes, représentée par Me de Faÿ, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 17 octobre 2024 par une ordonnance du 9 octobre 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le décret n° 2006-1691 du 22 décembre 2006 ;

- le décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Perrin ;

- les conclusions de Mme Grard, rapporteure publique ;

- et les observations de Me de Faÿ, représentant la commune de Valenciennes.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, titulaire du grade d'adjoint technique principal de 1ère classe, exerçait depuis 2001 les fonctions d'agent funéraire au sein du service des cimetières de la commune de Valenciennes. A la suite de la réorganisation du service, M. B a été affecté à titre temporaire sur le poste de médiateur social à compter du 16 mars 2020. L'intéressé a été placé en congé pour maladie à compter du 28 mai 2020. Le 24 août 2020, il a sollicité la reconnaissance de son syndrome anxiodépressif comme maladie professionnelle imputable au service. Après avoir recueilli l'avis favorable de la commission de réforme, le maire de la commune de Valenciennes a, par un arrêté du 26 juin 2021, refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie du requérant. Par un arrêté du 5 juillet 2021, M. B a été placé en congé de maladie ordinaire à titre conservatoire du 5 juin 2020 au 25 août 2020 à plein traitement et du 26 août 2020 au 27 mai 2021 à demi-traitement. Par les présentes requêtes, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 26 juin 2021 et de l'arrêté du 5 juillet 2021.

Sur la jonction :

2. Dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice, le juge administratif dispose, sans jamais y être tenu, de la faculté de joindre deux ou plusieurs affaires. Les requêtes susvisées n° 2106799 et 2106800, présentées par M. B, qui concernent la situation d'un même agent, ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. " et aux termes de l'article L. 212-3 du même code : " Les décisions de l'administration peuvent faire l'objet d'une signature électronique. Celle-ci n'est valablement apposée que par l'usage d'un procédé, conforme aux règles du référentiel général de sécurité mentionné au I de l'article 9 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives, qui permette l'identification du signataire, garantisse le lien de la signature avec la décision à laquelle elle s'attache et assure l'intégrité de cette décision. " . Il ressort des pièces du dossier que les arrêtés des 26 juin 2021 et 5 juillet 2021 comportent tous deux la mention " l'adjoint délégué, C D " et les pièces produites en défense établissent qu'elles ont fait l'objet d'une signature électronique dûment apposée. Par ailleurs, par un arrêté du 3 juin 2020, régulièrement publié le même jour, le maire de la commune de Valenciennes a donné délégation à M. C D, 1er adjoint au maire, aux fins de signer, notamment, tous les actes relatifs à la gestion des carrières des agents municipaux de la mairie de Valenciennes. Par suite, les moyens tirés du défaut de signature et d'incompétence de son signataire doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction alors en vigueur : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive () à une maladie contractée en service définis aux () IV du présent article. () / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. () / IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. / () ". Aux termes de l'article 37-8 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux : " Le taux d'incapacité permanente servant de seuil pour l'application du troisième alinéa du même IV est celui prévu à l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale. / Ce taux correspond à l'incapacité que la maladie est susceptible d'entraîner. Il est déterminé par la commission de réforme compte tenu du barème indicatif d'invalidité annexé au décret pris en application du quatrième alinéa de l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite ". L'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale dispose que : " Le taux d'incapacité mentionné au septième alinéa de l'article L. 461-1 est fixé à 25 % ".

5. Il résulte des dispositions précitées du IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 que dans l'hypothèse où le mécanisme de présomption prévu par le premier alinéa ne peut être retenu, comme le prévoit le troisième alinéa qu'une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduise à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service, et sous réserve que l'agent présente un taux d'incapacité d'au moins 25 %.

6. M. B a demandé que soit reconnu comme imputable au service le syndrome anxiodépressif dont il souffre. Il est constant que cette pathologie, compte tenu de sa nature, ne figure pas au nombre de celles pour lesquelles joue le mécanisme de présomption prévu par les dispositions citées au point 4.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B impute le syndrome anxiodépressif dont il souffre à la dégradation de sa situation professionnelle en raison des conditions dans lesquelles s'est déroulée sa mutation d'office. Il explique avoir accepté un changement de poste, sans lien avec ses précédentes fonctions dans le cadre d'une immersion temporaire de quelques mois sans que ne lui soient mentionnées ni la suppression de son ancien poste d'agent funéraire ni la volonté de l'administration de l'affecter définitivement sur le poste de médiateur social.

8. A l'appui de ses conclusions, le requérant produit plusieurs certificats médicaux qui attestent de la réalité de sa pathologie et de la compatibilité de ses symptômes avec le retentissement psychologique qu'auraient pu créer chez lui les faits qu'il dénonce. Toutefois, il est constant que ces certificats médicaux, en ce qu'ils lient l'état de santé psychique de l'intéressé avec ses conditions de travail, se fondent, pour cela, sur les seules déclarations de M. B. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé a été affecté temporairement sur le poste de médiateur social pour une immersion avant une affectation définitive, a été informé de la suppression de son poste dans le cadre d'une réorganisation du service des cimetières, et que les restrictions médicales relatives notamment à l'absence de port de charges lourdes ont été prises en compte dans le cadre de cette mutation. Par ailleurs, l'intéressé n'a effectivement exercé ses nouvelles fonctions que durant neuf jours et n'apporte aucun élément de nature à établir que ses conditions d'exercice de son nouvel emploi auraient été de nature à susciter le développement de la maladie en cause. Enfin, aux termes de l'article 3 du décret du 22 décembre 2006 portant statut particulier du cadre d'emplois des adjoints techniques territoriaux : " Les adjoints techniques territoriaux sont chargés de tâches techniques d'exécution. / Ils exercent leurs fonctions dans les domaines du bâtiment, des travaux publics, de la voirie et des réseaux divers, des espaces naturels et des espaces verts, de la mécanique et de l'électromécanique, de la restauration, de l'environnement et de l'hygiène, de la logistique et de la sécurité, de la communication et du spectacle, de l'artisanat d'art. / () ". Les fonctions de médiateur social, qui sont l'accueil, l'orientation téléphonique des usagers, la gestion du Numéro Vert, la communication et le reporting des arrêtés municipaux aux comités de quartiers ainsi que la participation aux projets de l'équipe Quartiers, sont donc de celles que peut occuper un adjoint technique principal de première classe. Dans ces circonstances, il ne ressort pas des pièces du dossier, que la pathologie de M. B aurait été essentiellement et directement causée par ses conditions de travail. Par suite, le maire de Valenciennes a pu, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, refuser de reconnaître l'imputabilité au service de celle-ci.

9. En quatrième lieu, la mention, dans l'arrêté du 26 juin 2021, de ce " qu'aucune incapacité permanente au taux réglementaire n'est établie " n'est entaché d'aucune erreur de fait dès lors que les pièces du dossier et notamment les certificats et l'expertise médicale produites ne font pas mention d'un taux d'incapacité permanente de 25 %.

10. En cinquième lieu, M. B excipe, au soutien de ses conclusions en annulation de l'arrêté du 5 juillet 2021, de l'illégalité de l'arrêté du 26 juin 2021 pour erreur d'appréciation. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 que ce moyen ne peut qu'être écarté.

11. En dernier lieu, l'arrêté du 5 juillet 2021 a pour seul objet de placer M. B dans une position statutaire régulière, dans l'attente de l'avis du comité médical sur son aptitude à reprendre ses fonctions, conformément aux dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 citées au point 4. Par suite, le détournement de procédure allégué ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés des 26 juin 2021 et 5 juillet 2021 par lesquels le maire de Valenciennes a respectivement refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie qu'il a déclaré le 24 août 2020 et l'a placé en congé de maladie ordinaire à titre conservatoire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution, de sorte que les conclusions à fin d'injonction des requêtes n° 2106799 et n° 2106800 doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Valenciennes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par M. B. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B, la somme réclamée par la commune de Valenciennes sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. B sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Valenciennes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Valenciennes.

Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

M. Perrin, premier conseiller,

M. Boileau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

D. PERRIN

La présidente,

signé

A-M. LEGUIN

La greffière,

signé

S. SING

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2106799, 2106800

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