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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2106808

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2106808

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2106808
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGOMMEAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 août 2021, M. B A, représenté par Me Gommeaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2021 par lequel le préfet du Pas-de-Calais lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de l'admettre provisoirement au séjour et de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de production par le préfet du Pas-de-Calais de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière faute pour le préfet de produire les éléments justifiant de la régularité de la procédure ayant conduit à l'adoption de la décision attaquée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2021, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Lille en date du 19 juillet 2021.

Par une ordonnance en date du 27 août 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Courtois a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 1er janvier 1993, est entré en France irrégulièrement le 2 août 2017. Il a sollicité, le 7 novembre 2017, le bénéfice d'une protection internationale qui lui a été refusé d'abord par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 26 janvier 2018, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 2 avril 2019. Il s'est ensuite vu délivrer un titre de séjour en raison de son état de santé le 12 juin 2020, valable jusqu'au 11 décembre 2020. Le 21 décembre 2020, il a sollicité le renouvellement de ce titre. Par un arrêté du 7 juin 2021, le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

Sur l'étendue du litige :

2. Par un jugement nos 2106808, 2106912 en date du 20 septembre 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal a statué sur les conclusions de M. A tendant à l'annulation des décisions du préfet du Pas-de-Calais du 7 juin 2021 lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de destination. Il a renvoyé à la formation collégiale compétente pour en connaître les conclusions du requérant tendant à l'annulation de la décision du 7 juin 2021 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais lui a refusé l'octroi d'un titre de séjour et à ce qu'il soit enjoint au préfet de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, et ce sous astreinte. Il a rejeté le surplus des conclusions de la requête. Il suit de là que le présent litige ne porte plus que sur les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour énonce les considérations de fait et droit sur lesquelles elle se fonde. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Pas-de-Calais, qui n'était pas tenu de faire mention de tous les éléments de la situation personnelle de M. A, n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rendu son avis sur la situation de M. A le 18 mai 2021, avis qui a été versé aux débats par le préfet du Pas-de-Calais. Par suite, le moyen tiré de ce que la procédure ayant conduit à l'édiction de la décision portant refus de séjour est irrégulière, faute pour l'OFII de s'être prononcée sur l'état de santé du requérant, doit être écarté.

7. En quatrième lieu, en se bornant à soutenir que la procédure ayant conduit à l'édiction de la décision en litige serait irrégulière, faute pour le préfet de produire les éléments permettant de s'assurer de sa régularité sans préciser les éléments qui seraient manquants, M. A n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

8. En cinquième lieu, pour refuser à M. A le bénéfice d'un titre de séjour en raison de son état de santé, le préfet du Pas-de-Calais s'est fondé sur les éléments communiqués par le requérant, ainsi que sur l'avis rendu le 18 mai 2021 par le collège de médecins de l'OFII, duquel il ressort que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale, le défaut de prise en charge ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il ressort des pièces du dossier que M. A a subi une ablation du rein droit au cours du mois de février 2018, son rein ayant été sévèrement endommagé à la suite d'un syndrome de jonction pyélo-urétérale mal soigné en Guinée. S'il souffre, depuis cette opération, d'une insuffisance rénale chronique, il ressort des pièces du dossier que cette insuffisance rénale ne nécessite aucun traitement particulier en dehors d'une surveillance médicale régulière. Or, aucun des éléments versés aux débats ne permet de démontrer que M. A ne pourrait pas bénéficier d'une surveillance médicale adéquate en Guinée, surveillance dont les modalités, au demeurant, ne sont pas clairement définies. A cet égard, le requérant n'apporte aucun élément de nature à justifier précisément le suivi nécessaire et, surtout, la périodicité des examens auxquels il doit se soumettre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré irrégulièrement en France au cours de l'année 2017. Il ne démontre pas disposer, sur le territoire français, de liens privés ou familiaux d'une particulière intensité et aucun élément n'indique qu'il serait isolé en Guinée, où il a vécu la majeure partie de son existence. S'il fait valoir ses efforts d'insertion professionnelle dans la société française, l'obtention de titres professionnels dans le bâtiment et en conduite d'engins au cours du premier semestre de l'année 2021, les courtes périodes durant lesquelles il a travaillé entre août 2020 et juin 2021 et son activité de bénévole pour l'association Les Restaurants du cœur du mois de septembre 2018 à juin 2019 ne sont pas suffisantes pour établir qu'il a fixé en France l'ensemble de ses centres d'intérêts privés ou familiaux. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être écarté. Pour les mêmes motifs, M. A n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en date du 7 juin 2021 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles qu'il a présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

DÉCIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation des décisions du préfet du Pas-de-Calais en date du 7 juin 2021 lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de destination.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Julie Gommeaux et au préfet du Pas-de-Calais.

Délibéré après l'audience du 15 mai 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Bergerat, première conseillère,

- Mme Courtois, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

C. COURTOISLe président,

Signé

O. LEMAIRE

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne et à commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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