mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2106869 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CARDON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire complémentaire et des pièces, enregistrés les 27 août 2021, 23, 25 et 29 mars 2022, M. D B, représenté par Me Cardon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2021 par lequel le préfet du Nord lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant deux ans ;
2°) d'enjoindre au même préfet de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre à ce préfet de procéder à l'effacement de son signalement au fichier " Système d'information Schengen " (SIS) et au fichier " fichier des personnes recherchées " (FPR) en application de l'article 24 du règlement du 20 décembre 2006 ;
4°) d'ordonner la restitution de son passeport dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- il n'est pas établi qu'elles aient ait été prises par une autorité habilitée ;
- elles sont insuffisamment motivées en droit et en fait ;
- elles ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de respect du principe du contradictoire tel que garanti par le droit de l'Union européenne ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle est entachée d'un vice de procédure, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de l'article L. 423-1 du même code ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 611-3 (5° et 6°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une erreur de fait ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en raison de l'absence de perspective raisonnable d'exécution de la mesure d'éloignement ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés les 6 septembre et 3 décembre 2021, le préfet du Nord, représenté par Me Trémeau, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le
26 janvier 1990 ;
- le règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n°2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu le rapport de Mme A au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B, ressortissant marocain né le 18 juin 1993 à Casablanca (Maroc), déclare être entré irrégulièrement en France au mois de février 2016. Il a fait l'objet le 27 juin 2017 d'un arrêté du préfet du Nord portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, assortie d'une interdiction de retour sur ce même territoire pendant un an. Après avoir vainement sollicité l'asile, il a sollicité et obtenu un titre de séjour en qualité de parent d'enfants français mineurs valable du 23 mars 2020 au 22 mars 2021. Le 5 mars 2021, il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour en cette même qualité. Par un arrêté du 17 juin 2021, le préfet du Nord lui en a refusé la délivrance, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et l'a interdit de retour sur ce territoire. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
2. Par un décret du Président de la République en date du 21 avril 2016, M. C E a été nommé préfet de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, préfet de la zone de défense et de sécurité Nord, préfet du Nord à compter du 4 mai 2016. En vertu de l'article 11-1 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements, le préfet de département est compétent en matière d'entrée et de séjour des étrangers ainsi qu'en matière de droit d'asile. Dès lors, M. C E, préfet du Nord était compétent pour prendre et signer l'arrêté litigieux, sans qu'ait d'incidence la nomination postérieure, par décret du 30 juin 2021, de son successeur, M. G F. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur et du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments de fait relatifs à la situation de l'intéressé, énonce, de manière non stéréotypée, les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Plus particulièrement, il vise notamment les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale et la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Par ailleurs, il mentionne les conditions d'entrée et de séjour de l'intéressé sur le territoire français, sa situation familiale, ses attaches en France et dans son pays d'origine, ses antécédents judiciaires ainsi que l'absence de tout risque pour sa vie ou sa liberté en cas de reconduite à destination de son pays d'origine. S'agissant plus particulièrement de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, l'arrêté évoque sa durée de présence sur le territoire, ses liens privés et familiaux en France, l'existence d'une précédente mesure d'éloignement ainsi que la circonstance qu'il constitue une menace pour l'ordre public, conformément aux exigences de l'article L. 511-1 (III) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces circonstances, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision, ni des pièces du dossier que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen particulier et sérieux de la situation de l'intéressé. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet a tenu compte de la présence en France de son épouse et ses deux enfants qu'il mentionne dans l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré d'une telle erreur de droit doit être écarté.
5. En quatrième lieu, lorsqu'il statue sur une demande de titre de séjour, le préfet ne met pas en œuvre le droit de l'Union européenne. Par ailleurs, le droit d'être entendu garanti par ce droit n'implique pas, dans le cas où la décision faisant obligation de quitter le territoire français, avec ou sans délai, celle fixant le pays de destination de cette mesure et celle portant interdiction de retour sur le territoire français sont prises concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur ces décisions, dès lors qu'il lui était loisible de produire tout document ou de demander à être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, le vice de procédure ainsi soulevé doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français.".
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé ait présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet n'était pas tenu d'examiner la demande de titre de séjour sur ce fondement. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation qu'il aurait commise dans l'application de ces dispositions doit être écarté comme étant inopérant. Pour le même motif, le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'un vice de procédure en s'abstenant de saisir la commission du titre de séjour avant de lui refuser la délivrance d'un tel titre ne peut également qu'être écarté comme étant également inopérant.
8. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
9. Il ressort des pièces du dossier que si M. B s'est marié le 13 juillet 2018 à une ressortissante française, avec qui il a eu deux enfants, nés les 27 janvier 2019 et 20 janvier 2020, il est notamment connu des services de police pour des faits de violence suivis d'une incapacité n'excédant pas huit jours sur une personne étant ou ayant été sa conjointe commis le 5 décembre 2020 et sur un mineur de 15 ans, ainsi que pour des faits de menace de mort commis le 20 novembre 2020. Il a été, en conséquence, placé sous contrôle judiciaire à compter du 7 décembre 2020 et jusqu'au 7 décembre 2021 avec interdiction d'entrer en relation avec son épouse et ses enfants et d'être présent au domicile de ces derniers dans l'attente de son procès. En se bornant à produire trois attestations de sa femme et de ses beaux-parents ainsi que des photographies majoritairement postérieures à la date de la décision contestée, il n'établit pas qu'il conservait à la date de cette décision, en dépit de cette mesure judiciaire, un lien avec ses enfants et contribuait à leur éducation et leur entretien de quelque manière que ce soit. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
10. En troisième lieu, en vertu des dispositions de l'article L. 423-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-7 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / () ".
11. Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour, lorsqu'il envisage de refuser un titre mentionné à l'article L. 423-13 précité, que du cas des étrangers qui remplissent effectivement l'ensemble des conditions de procédure et de fond auxquelles est subordonnée la délivrance d'un tel titre, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces articles. M. B ne réunissant pas les conditions pour prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour doit, dès lors, être écarté.
12. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Par ailleurs, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / () ".
13. Il ressort des pièces du dossier que M. B a déclaré être entré en France en février 2016, soit à peine plus de 5 ans avant la date de la décision en litige. Par ailleurs, compte tenu de ce qui a déjà été dit au point 9, de la circonstance que le requérant ne se prévaut d'aucune autre attache en France que son épouse et ses deux enfants et du caractère très récent de son activité professionnelle, il n'établit pas que le préfet a, en prenant la décision en litige, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par ailleurs, s'il soutient être isolé dans son pays d'origine, il ressort des pièces du dossier, notamment de sa demande de titre de séjour, que ses parents résident toujours au Maroc, où il a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans. Par suite, sans qu'ait d'incidence la circonstance, postérieure à la date de la décision en litige, qu'il ait depuis lors réintégré le foyer familial, le requérant n'établit pas que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, eu égard plus particulièrement au contrôle judiciaire ordonné par le juge de la liberté et de la détention à l'égard notamment des enfants et aux seuls éléments produits par l'intéressé pour établir les liens qu'il entretiendrait avec ces derniers, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
15. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 13, notamment de la circonstance qu'à la date de la décision en litige l'intéressé avait interdiction d'entrer en contact avec sa femme et ses enfants, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation dans l'application des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
16. En second lieu, en vertu de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 5° L'étranger ne vivant pas en état de polygamie qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; / 6° L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française ; / () ".
17. Compte tenu de ce qui a été dit au point 9 et alors que M. B se borne à produire, pour attester de sa contribution à l'entretien et l'éducation de ses enfants, trois attestations de son épouse et de ses beaux-parents, une attestation d'une assistance sociale du département, datée du 22 novembre 2019, et quelques photos, il n'est pas établi que la décision serait entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 611-3 (5°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, à la date de la décision en litige, il n'était pas marié depuis plus de trois ans avec une ressortissante française et ne peut en outre valablement soutenir, eu égard à l'existence d'une mesure de contrôle judiciaire ordonnée à son encontre par le juge de la liberté et de la détention du tribunal de grande instance de Lille, que la communauté de vie n'avait pas cessé depuis la date de leur mariage. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 6° de ce même article ne peut également qu'être écarté.
18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
19. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () ".
20. Il ressort des pièces du dossier que M. B est défavorablement connu des services de police pour avoir, le 20 novembre 2020, été l'auteur de menaces de mort matérialisées par écrit, image ou autre objet, et pour avoir le 5 décembre 2020 commis des faits de violence ayant entrainé une incapacité n'excédant pas huit jours sur une personne étant ou ayant été sa conjointe ainsi que sur un mineur de 15 ans, cette fois sans incapacité. Il a, pour ces faits, été placé dès le 7 décembre 2020 par le juge des libertés et de la détention du tribunal de grande instance de Lille sous contrôle judiciaire pendant une durée d'un an avec interdiction de voir ses enfants et son épouse ainsi qu'il a été dit au point 9. Si le requérant soutient qu'il conteste les faits, sans pour autant apporter aucune précision circonstanciée, et fait valoir que son casier judiciaire est au demeurant vierge, il ressort également des pièces du dossier que son affaire n'avait pas encore été appelée à l'audience à la date de ses écritures. Par ailleurs, si, dans sa décision, le préfet fait improprement mention d'une " inculpation " de l'intéressé, cette erreur matérielle est sans incidence sur la légalité de l'arrêté. Dans ces conditions, eu égard au caractère récent des faits qui lui sont reprochés, à leur nature et leur gravité, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en considérant que le comportement de M. B était constitutif d'une menace à l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
21. En second lieu, la décision contestée n'est pas subordonnée à la circonstance qu'il existe une perspective raisonnable d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet en prenant cette décision, tel qu'il est soulevé, ne peut qu'être écarté.
22. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
23. En premier lieu, si M. B fait état d'une méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit pas son moyen de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Dès lors, le moyen doit être écarté.
24. En second lieu, la circonstance qu'il n'existerait pas de perspective raisonnable d'éloignement, au demeurant aucunement démontrée, est sans incidence sur la légalité de cette décision. Le moyen doit, par suite, être écarté.
25. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour du territoire français :
26. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".
27. Dès lors qu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à M. B pour exécuter la mesure d'éloignement prise à son encontre et qu'il ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire, le préfet était fondé à prendre à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français en application des dispositions précitées de l'article L. 612-6 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. S'agissant de la durée de cette interdiction, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé constitue, ainsi qu'il a été dit au point 20, une menace à l'ordre public, qu'il a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français et qu'il déclare être entré en France en 2016, soit à peine plus de 5 ans avant la date de la décision en litige. Toutefois, une durée de deux ans apparait disproportionnée au regard de la situation familiale de l'intéressé, dès lors qu'elle est de nature à faire obstacle à toute reprise de relation entre l'intéressé d'une part et son épouse et ses enfants d'autre part, alors même qu'il a, pendant la durée de son contrôle judiciaire, continué de s'enquérir auprès de ses beaux-parents de ses enfants. Dans ces conditions, le préfet a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
28. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français en litige.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
29. Aux termes de l'article L.613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006./Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ".
30. L'annulation de la seule décision d'interdiction de retour sur le territoire français implique nécessairement, mais uniquement que soit supprimé le signalement dont a fait l'objet M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au Préfet du Nord de prendre, dans un délai de deux mois, toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. B dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre.
Sur les frais liés au litige :
31. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 17 juin 2021 interdisant le retour de M. B sur le territoire pendant deux ans est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au Préfet du Nord de mettre en œuvre, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, la procédure d'effacement du signalement de M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié M. D B, au préfet du Nord et à Me Cardon.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur
Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. Bauzerand, président,
M. Even, premier conseiller,
Mme Piou, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
La rapporteure,
signé
C. A
Le président,
signé
C. BAUZERAND
La greffière,
signé
M. NICODEME
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026