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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2106928

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2106928

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2106928
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCP CAPELLE-HABOURDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 31 août 2021 et les 22 décembre 2022, 5 juin 2023, 6 juillet 2023 et 16 avril 2024, l'Association syndicale libre " Les jardins de la Pévèle ", représentée par la SCP Capelle Habourdin Lacherie, demande au tribunal :

1°) d'annuler les délibérations n° 2021-51, 2021-52, 2021-53, 2021-54 et 2021-55 en date du 30 juin 2021 du conseil municipal de la commune de Templeuve-en-Pévèle ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Templeuve-en-Pévèle une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle dispose d'un intérêt à agir à l'encontre des délibérations litigieuses ;

- son président a été régulièrement habilité en justice en vue de contester l'ensemble des délibérations attaquées ;

- les délibérations attaquées constituent des décisions lui faisant grief ;

- les mémoires en défense présentés par la commune ne sont pas recevables en l'absence de délibération du conseil municipal autorisant A à représenter la commune dans le cadre de l'instance ;

- les délibérations contestées sont entachées d'un vice de procédure, en l'absence de transmission aux membres du conseil municipal de la note de synthèse prévue par l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales ;

- la délibération n° 2021-51 méconnait les dispositions de l'article L. 2241-1 du code général des collectivités territoriales dès lors qu'elle est postérieure à l'intégration des espaces communs du lotissement dans le domaine communal intervenue dès le 8 décembre 2020 ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en tant qu'elle méconnaît les dispositions des articles R. 442-7 et R. 442-8 du code de l'urbanisme, les espaces communs du lotissement ne pouvant être rétrocédés directement par le lotisseur à la commune, le transfert de propriété devant se faire du lotisseur à l'association syndicale constituée à cet effet.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 juin 2022, 5 juin 2023 et 3 octobre 2023, la commune de Templeuve-en-Pévèle, représentée par Me Bodart, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'association requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête n'est pas recevable en tant que les décisions attaquées ne constituent pas des décisions faisant grief ;

- elle n'est pas recevable en tant que l'association requérante ne dispose pas d'un intérêt à agir à l'encontre des délibérations contestées eu égard à son seul objet ;

- elle n'est pas recevable en tant que le président de l'association requérante n'a pas été régulièrement habilité en vue de contester les différentes délibérations attaquées ;

- les moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Chevaldonnet,

- les conclusions de M. Lienard, rapporteur public,

- et les observations de Me Bodart, représentant la commune de Templeuve-en-Pévèle.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 11 février 2015, A de la commune de Templeuve-en-Pévèle a délivré à la société Templeuve 14 un permis d'aménager afin de réaliser, sur le territoire communal, un lotissement dénommé " Les jardins de la Pévèle ". Ce projet a été réalisé et les différents lots bâtis ont été vendus. Par délibération n°2018-59 du 4 octobre 2018, le conseil municipal de la commune de Templeuve-en-Pévèle a approuvé le principe de la rétrocession par la société Templeuve 14 à son profit des espaces communs du lotissement " Les jardins de la Pévèle ". Par un jugement du 27 mai 2021 devenu définitif, le tribunal de céans a rejeté la requête tendant à l'annulation de cette délibération. Par une délibération n° 2021-51, le conseil municipal de la commune de Templeuve-en-Pévèle a, le 30 juin 2021, décidé " d'acter la rétrocession des espaces communs du lotissement " Les jardins de la Pévèle " et autoriser Monsieur A à prendre toutes les mesures nécessaires afin d'engager la procédure de classement dans le domaine public de la commune ". Puis par des délibérations du même jour n° 2021-52 à 55, le conseil municipal a classé dans le domaine public communal les rues et voies Lipizzan, Alezan, Appaloosa et Palomino ainsi que les réseaux d'eau potable, d'assainissement et d'éclairage public situés dans leur emprise respective. Par sa requête, l'association syndicale libre " Les jardins de la Pévèle " demande au tribunal d'annuler les délibérations n° 2021-51 à 55 du conseil municipal de la commune de Templeuve-en-Pévèle en date du 30 juin 2021.

Sur la recevabilité :

En ce qui concerne le mémoire en défense :

2. Aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales : " A peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, dans les cas définis par le conseil municipal () ". Il résulte de ces dispositions que le conseil municipal peut légalement donner au maire une délégation générale pour représenter la commune en justice pendant la durée de son mandat.

3. Par une délibération du 25 mai 2020, le conseil municipal de Templeuve-en-Pévèle a habilité A à " intenter au nom de la commune les actions en justice ou [à] défendre la commune dans les actions intentées contre elle ". Par suite, l'association requérante n'est pas fondée à soutenir que les mémoires en défense présentés, au nom de la commune de Templeuve-en-Pévèle, par son maire, représentée par un avocat, devraient être écartés des débats comme irrecevables.

En ce qui concerne la requête :

4. En premier lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier et ainsi qu'il a été dit ci-dessus que la délibération n° 2021-51 du 30 juin 2021 a pour seul objet " d'acter la rétrocession des espaces communs du lotissement " Les jardins de la Pévèle " et autoriser Monsieur A à prendre toutes les mesures nécessaires afin d'engager la procédure de classement dans le domaine public de la commune ". Préalablement à l'adoption de cette délibération, la société Templeuve 14, a par un acte notarié du 8 décembre 2020, cédé à la commune de Templeuve-en-Pévèle les espaces communs du lotissement " Les jardins de la Pévèle ". Eu égard à la date à laquelle elle est intervenue, la délibération contestée ne saurait constituer la délibération préalablement requise du conseil municipal décidant de l'acquisition de ces biens et autorisant A à y procéder telle que prévue par l'article L. 2241-1 du code général des collectivités territoriales. Elle ne constitue pas non plus un acte d'approbation de cet acte de vente déjà signé dès lors que l'entrée en vigueur de celui-ci n'est pas conditionnée par la délibération litigieuse. Eu égard à sa seule portée sur ce point, la délibération litigieuse ne constitue pas un acte faisant grief, susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. D'autre part, la délibération en tant qu'elle autorise A à édicter les mesures nécessaires en vue du classement des voies et réseaux en cause dans le domaine public communal ne constitue qu'une mesure préparatoire à un tel classement et ne saurait faire, à ce titre, l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions de l'association requérante, qui n'a pas sollicité l'annulation de l'acte détachable que constitue la décision du maire de signer l'acte de cession précité, tendant à l'annulation de la délibération n° 2021-51 du 30 juin 2021 du conseil municipal de la commune de Templeuve-en-Pévèle doivent être rejetées en tant qu'elles sont irrecevables.

5. En second lieu, une association est régulièrement engagée par l'organe tenant de ses statuts le pouvoir de la représenter en justice, sauf stipulation de ces statuts réservant expressément à un autre organe la capacité de décider de former une action devant le juge administratif. Il appartient à la juridiction administrative saisie, qui en a toujours la faculté, de s'assurer, le cas échéant et notamment lorsque cette qualité est contestée sérieusement par l'autre partie ou qu'au premier examen, l'absence de qualité du représentant de la personne morale semble ressortir des pièces du dossier, que le représentant de cette personne morale justifie de sa qualité pour agir au nom de cette partie.

6. En l'espèce, il résulte de l'article 12 des statuts de l'association requérante que " l'assemblée générale est souveraine pour toutes les questions rentrant dans l'objet de l'ASL ". L'article 19 de ces mêmes statuts précise que " () Le président est également chargé : () de représenter l'ASL en justice tant en demande qu'en défense, de transiger, de compromettre, d'acquiescer et de se désister de toutes actions, étant précisé que, sauf à titre conservatoire, il ne peut intenter une action, transiger, compromettre, acquiescer ou se désister sans l'autorisation de l'assemblée générale. ". Il résulte de ces dispositions que le président de l'ASL doit être habilité par l'assemblée générale afin d'introduire une action en justice.

7. Il ressort des pièces du dossier que lors de l'assemblée générale du 28 janvier 2022, le président de l'association requérante n'a été habilité qu'à contester la seule délibération n°2021-51 et non pas les délibérations 2021-52 à 55 dont l'objet diffère de la première. L'habilitation concernant cette dernière ne saurait ainsi être regardée comme permettant au président d'agir en justice à l'encontre des délibérations n° 2012-52 à 55. Par suite la fin de non-recevoir opposée par la commune de Templeuve-en-Pévèle tirée de l'absence de qualité pour agir du président de l'association requérante doit être accueillie en ce qui concerne les délibérations n° 2021-52 à 55.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de l'Association syndicale libre " Les jardins de la Pévèle " tendant à l'annulation des délibérations n° 2021-51, 2021-52, 2021-53, 2021-54 et 2021-55 en date du 30 juin 2021 du conseil municipal de la commune de Templeuve-en-Pévèle doivent être rejetées en tant qu'elles sont irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Templeuve-en-Pévèle, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par l'association syndicale libre " Les jardins de la Pévèle " au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'association syndicale libre " Les jardins de la Pévèle " la somme demandée par la commune de Templeuve-en-Pévèle au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association syndicale libre " Les jardins de la Pévèle " est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Templeuve-en-Pévèle présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association syndicale libre " Les jardins de la Pévèle " et à la commune de Templeuve-en-Pévèle.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Leclère, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

B. CHEVALDONNET

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

Signé

E. GRARD

La greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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