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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2106955

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2106955

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2106955
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (3)
Avocat requérantROBILLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 septembre 2021, M. B A doit être regardé comme demandant l'annulation de l'arrêté du 5 juillet 2021 par lequel le maire de Coudekerque-Branche l'a mis en demeure de prendre, dans un délai de trois mois, des mesures afin de faire cesser un danger imminent pour la santé et la sécurité des occupants résultant de l'insalubrité du logement dont il est propriétaire.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que, d'une part, il n'a pas été informé de la tenue de la visite du logement et, d'autre part, il n'a pas assisté à la visite ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il n'est pas à l'origine de l'état d'insalubrité mais qu'il est imputable aux comportements de son locataire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 janvier 2022, la commune de Coudekerque-Branche, représentée par Me Robillard, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une lettre du 19 février 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen, relevé d'office, tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et l'habitation ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bourgau pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourgau, magistrat désigné ;

- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Chavda substituant Me Robillard, représentant la commune de Coudekerque-Branche.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est propriétaire d'un immeuble à usage d'habitation sis 57 rue de Roubaix à Coudekerque-Branche. A la suite d'un signalement effectué par son locataire, la commune de Coudekerque-Branche a procédé à une visite du logement dont elle a dressé un rapport le 13 novembre 2020. Par un courrier du 1er décembre 2020, M. A a été informé de la situation et invité à remédier aux irrégularités constatées par le rapport du 13 novembre 2020. Par un courrier du 7 décembre 2020, M. A a refusé d'effectuer ces travaux. Par un arrêté du 5 juillet 2021, le maire de Coudekerque-Branche a mis en demeure M. A de prendre, dans un délai de trois mois, des mesures afin de mettre en conformité le logement avec la règlementation en vigueur, en faisant effectuer les travaux nécessaires pour faire cesser les causes d'insalubrités. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publique. Elle comprend notamment : / () 5° Le soin () de pourvoir d'urgence à toutes les mesures d'assistance et de secours et, s'il y a lieu, de provoquer l'intervention de l'administration supérieure () ". Aux termes de l'article L. 1421-4 du code de la santé publique : " Le contrôle administratif et technique des règles d'hygiène relève : / 1° De la compétence du maire pour les règles générales d'hygiène fixées, en application du chapitre Ier du titre Ier du livre III, pour les habitations, leurs abords et dépendances ; / () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 511-1 du code de la construction et l'habitation : " La police de la sécurité et de la salubrité des immeubles, locaux et installations est exercée dans les conditions fixées par le présent chapitre et précisées par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article L. 511-2 du même code : " La police mentionnée à l'article L. 511-1 a pour objet de protéger la sécurité et la santé des personnes en remédiant aux situations suivantes : / () 4° L'insalubrité, telle qu'elle est définie aux articles L. 1331-22 et L. 1331-23 du code de la santé publique. ". Aux termes de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique : " Tout local, installation, bien immeuble ou groupe de locaux, d'installations ou de biens immeubles, vacant ou non, qui constitue, soit par lui-même, soit par les conditions dans lesquelles il est occupé, exploité ou utilisé, un danger ou risque pour la santé ou la sécurité physique des personnes est insalubre. / La présence de revêtements dégradés contenant du plomb à des concentrations supérieures aux seuils et aux conditions mentionnés à l'article L. 1334-2 rend un local insalubre. / () ". Aux termes de l'article L. 1331-23 du même code : " Ne peuvent être mis à disposition aux fins d'habitation, à titre gratuit ou onéreux, les locaux insalubres dont la définition est précisée conformément aux dispositions de l'article L. 1331-22, que constituent les caves, sous-sols, combles, pièces dont la hauteur sous plafond est insuffisante, pièces de vie dépourvues d'ouverture sur l'extérieur ou dépourvues d'éclairement naturel suffisant ou de configuration exiguë, et autres locaux par nature impropres à l'habitation, ni des locaux utilisés dans des conditions qui conduisent manifestement à leur sur-occupation. ". Aux termes de l'article L. 511-4 du code de la construction et de l'habitation : " L'autorité compétente pour exercer les pouvoirs de police est : / 1° Le maire dans les cas mentionnés aux 1° à 3° de l'article L. 511-2, sous réserve s'agissant du 3° de la compétence du représentant de l'Etat en matière d'installations classées pour la protection de l'environnement prévue à l'article L. 512-20 du code de l'environnement ; / 2° Le représentant de l'Etat dans le département dans le cas mentionné au 4° du même article. ".

4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que s'il appartient au maire, en vertu des pouvoirs généraux de police qu'il tient de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales et des pouvoirs de contrôle administratif et technique des règles générales d'hygiène applicables aux habitations et à leurs abords qui lui sont conférés par l'article L. 1421-4 du code de la santé publique, de veiller aux respect des règles de salubrité sur le territoire de la commune, la prescription de mesures adéquates de nature à faire cesser l'état d'insalubrité d'un logement relève, en application des articles L. 511-2 et L. 511-4 du code de la construction et de l'habitation, de la compétence du préfet.

5. Il ressort des pièces du dossier que par l'arrêté contesté, le maire de Coudekerque-Branche a, d'une part, constaté la présence d'humidité et d'infiltration d'eau, le mauvais état de l'installation électrique, le mauvais état du mur extérieur côté rue, l'absence de ventilations permanentes réglementaires dans la salle de bain et la cuisine, le mauvais état du sol de la terrasse au sein du logement dont M. A est propriétaire et, d'autre part, mis en demeure M. A d'effectuer des travaux afin de remédier à l'état d'insalubrité du logement. Ce faisant, il a entendu, sur le fondement de ses pouvoirs de police administrative générale, remédier au danger pour la sécurité et la santé des occupants que représentait, selon lui et au regard des dispositions du règlement sanitaire départemental du Nord, l'état de cette habitation qu'il estimait insalubre. Toutefois, si le maire peut enjoindre au propriétaire de faire disparaître toute cause d'insalubrité d'un immeuble en vertu des pouvoirs généraux de police qu'il tient de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales et de l'article L. 1421-4 du code de la santé publique, il ne saurait en principe, au lieu de se borner à une telle injonction, prescrire au propriétaire de faire procéder à l'intérieur de l'immeuble insalubre à un certain nombre de travaux qu'il spécifierait lui-même. Par suite, le maire de Coudekerque-Branche n'était pas compétent pour prendre de telles mesures, qui relevaient de la police spéciale des immeubles insalubres confiée au représentant de l'Etat dans le département.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 juillet 2021 par lequel le maire de Coudekerque-Branche l'a mis en demeure de réaliser, dans un délai de trois mois, les travaux de sortie d'insalubrité du logement dont il est propriétaire.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme réclamée par la commune de Coudekerque-Branche au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 5 juillet 2021 par lequel le maire de Coudekerque-Branche a mis en demeure M. A de réaliser, dans un délai de trois mois, les travaux de sortie d'insalubrité du logement dont il est propriétaire est annulé.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Coudekerque-Branche sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Coudekerque-Branche.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

T. BOURGAULe greffier,

Signé

A. COUET

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, Le greffier,

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