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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2107102

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2107102

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2107102
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formationjuge unique (6)
Avocat requérantSQUILLACI-BAZELA & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 septembre 2021, M. A B, représenté par Me Squillaci, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 juillet 2021 par laquelle la commission des droits et de l'autonomie a rejeté son recours administratif contre la décision du 13 avril 2021 par laquelle la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées du Nord a rejeté sa demande portant sur une orientation professionnelle en établissement et service d'aide par le travail (ESAT).

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision en litige est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans la mesure où il dispose d'une capacité de travail inférieure à un tiers au sens de l'article R. 243-1 du code de l'action sociale et des familles.

La requête a été communiquée à la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) du Nord le 8 octobre 2021 qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bruneau, première conseillère, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bruneau a été entendu au cours de l'audience publique à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, reconnu travailleur handicapé, a, le 5 mars 2021, formé auprès de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) du Nord une demande tendant à l'orientation en établissement et service d'aide par le travail (ESAT), qui a été rejetée par une décision du 13 avril 2021 pris par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH). M. B ayant exercé, le 28 avril 2021, un recours administratif préalable contre cette décision, la CDAPH a, par une décision du 8 juillet 2021, confirmé le rejet de la demande. Par sa requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes, d'une part, du I de l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles : " La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est compétente pour : 1° Se prononcer sur l'orientation de la personne handicapée et les mesures propres à assurer son insertion scolaire ou professionnelle et sociale () / 4° Reconnaître, s'il y a lieu, la qualité de travailleur handicapé aux personnes répondant aux conditions définies par l'article L. 323-10 du code du travail ". Aux termes de l'article L. 241-9 du même code, les décisions relevant du 1° et du 4° du I de l'article L. 241-6 " peuvent faire l'objet d'un recours devant la juridiction administrative () ".

3. Les recours mentionnés à l'article L. 241-9 du code de l'action sociale et des familles formés contre les décisions relatives à la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé ou à leur orientation professionnelle, constituent des recours de plein contentieux. Eu égard à son office lorsqu'il est saisi de tels recours, il appartient au juge administratif de se prononcer non sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais seulement sur les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue, sauf à renvoyer à l'administration compétente, et sous son autorité, le règlement de tel aspect du litige dans des conditions précises qu'il lui appartient de fixer.

4. En premier lieu, ainsi qu'il a été précisé au point précédent les décisions des commissions des droits et de l'autonomie des personnes handicapées relatives à l'orientation professionnelle en milieu ouvert ou protégé relèvent d'un recours de plein contentieux. Eu égard à son office lorsqu'il est saisi d'un tel recours, il appartient seulement au juge administratif de se prononcer sur l'orientation de la personne intéressée, en se plaçant à la date à laquelle il rend sa décision. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision du 13 avril 2021 invoqué par le requérant doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes, d'autre part, de l'article L. 5213-1 du code du travail : " Est considérée comme travailleur handicapé toute personne dont les possibilités d'obtenir ou de conserver un emploi sont effectivement réduites par suite de l'altération d'une ou plusieurs fonctions physique, sensorielle, mentale ou psychique ". Aux termes de l'article L. 5213-2 de ce code : " La qualité de travailleur handicapé est reconnue par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées mentionnée à l'article L. 241-5 du code de l'action sociale et des familles. Cette reconnaissance s'accompagne d'une orientation vers un établissement ou service d'aide par le travail, vers le marché du travail ou vers un centre de rééducation professionnelle () ". Aux termes de l'article L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles : " Une commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées prend, sur la base de l'évaluation réalisée par l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 146-8, des souhaits exprimés par la personne handicapée ou son représentant légal dans son projet de vie et du plan de compensation proposé dans les conditions prévues aux articles L. 114-1 et L. 146-8, les décisions relatives à l'ensemble des droits de cette personne, notamment en matière d'attribution de prestations et d'orientation, conformément aux dispositions des articles L. 241-5 à L. 241-11 ". Il résulte des dispositions des articles L. 5213-6 et suivants du code du travail que le marché du travail, au sens de l'article L. 5213-2 de ce code, désigne tant les entreprises ordinaires, soumises le cas échéant à l'obligation d'emploi de travailleurs handicapés, que les entreprises adaptées et les centres de distribution de travail à domicile, dont les effectifs de production comportent au moins 55 % de travailleurs handicapés orientés vers le marché du travail par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées et qui soit sont recrutés sur proposition du service public de l'emploi ou d'un organisme de placement spécialisé, soit répondent à des critères fixés par arrêté du ministre chargé de l'emploi. En revanche, aux termes de l'article L. 5213-20 du code de l'action sociale et des familles prévoit que : " Les personnes handicapées pour lesquelles une orientation sur le marché du travail par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées s'avère impossible peuvent être admises dans un établissement ou service d'aide par le travail () ". Aux termes de l'article L. 344-2 du code de l'action sociale et des familles : " Les établissements et services d'aide par le travail accueillent des personnes handicapées dont la commission prévue à l'article L. 146-9 a constaté que les capacités de travail ne leur permettent, momentanément ou durablement, à temps plein ou à temps partiel, ni de travailler dans une entreprise ordinaire ou dans une entreprise adaptée ou pour le compte d'un centre de distribution de travail à domicile, ni d'exercer une activité professionnelle indépendante. Ils leur offrent des possibilités d'activités diverses à caractère professionnel, ainsi qu'un soutien médico-social et éducatif, en vue de favoriser leur épanouissement personnel et social. ".

6. D'autre part, aux termes de l'article R. 243-1 du code de l'action sociale et des familles : " Sous réserve des dispositions prévues à l'article R. 243-3, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées oriente vers les établissements et services d'aide par le travail les personnes handicapées ayant une capacité de travail inférieure à un tiers au sens de l'article R. 341-2 du code de la sécurité sociale, mais dont elle estime que l'aptitude potentielle à travailler est suffisante pour justifier leur admission dans ces établissements et services. ". Les dispositions de l'article R. 243-3 du même code prévoient que : " La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées peut décider d'orienter vers les établissements et services d'aide par le travail des personnes handicapées dont la capacité de travail est supérieure ou égale au tiers de la capacité normale lorsque leur besoin d'un ou de plusieurs soutiens médicaux, éducatifs, sociaux, psychologiques, expressément motivés dans la décision, le justifie et ne peut être satisfait par une orientation vers le marché du travail. () ".

7. Il résulte de ces dispositions que sont orientées vers les établissements et services d'aide par le travail les personnes handicapées ayant une capacité de travail inférieure à un tiers au sens de l'article R. 341-2 du code de la sécurité sociale, mais dont l'aptitude potentielle à travailler est suffisante pour justifier leur admission dans ces établissements et services, et que peuvent également l'être les personnes handicapées dont la capacité de travail est supérieure, lorsque leur besoin d'un ou de plusieurs soutiens médicaux, éducatifs, sociaux, psychologiques le justifie et ne peut être satisfait par une orientation vers le marché du travail.

8. Pour contester la décision attaquée refusant de l'orienter vers un ESAT, le requérant produit un certificat médical d'un médecin généraliste, diplômé de médecine du sport, mésothérapie, électrocardiogrammes et pédiatrie, mentionnant sans précision que l'incapacité fonctionnelle de M. B est supérieure " au deux tiers ". Ce certificat ne permet cependant pas, à lui seul d'établir que l'intéressé aurait une capacité de travail inférieure au tiers de la normale, au sens de l'article R. 243-1 du code de l'action sociale et des familles. Si le requérant se prévaut également de son statut de travailleur handicapé en raison de son taux d'incapacité se situant entre 50 % et 79 %, cette appréciation n'est pas davantage de nature à établir que le handicap de M. B altèrerait sa capacité de travail au point que celle-ci serait inférieure à un tiers de temps de travail en milieu ordinaire, ce qui lui ouvrirait droit, en application des textes précités, au bénéfice de l'orientation professionnelle souhaitée. Il ne résulte pas non plus des pièces versées aux débats que l'intéressé aurait besoin d'un ou de plusieurs soutiens médicaux, éducatifs, sociaux, psychologiques qui ne pourraient être satisfaits par une orientation vers le marché du travail ordinaire, qui comprend notamment les entreprises adaptées. Dès lors, aucun élément de l'instruction ne permet d'établir qu'en prenant la décision attaquée, la MDPH du Nord aurait inexactement apprécié les capacités de M. B au regard de son orientation professionnelle.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée lui refusant l'orientation en ESAT. Le présent jugement ne fait cependant pas obstacle à ce que l'intéressé, s'il s'y croit fondé, notamment en raison d'un changement dans les circonstances de fait ou de droit, saisisse la MDPH d'une nouvelle demande, le cas échéant assortie de nouveaux justificatifs.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la MDPH du Nord, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la maison départementale des personnes handicapées du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

La magistrate désignée,

signé

M. BRUNEAU

La greffière,

signé

I. BAUDRY

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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