jeudi 23 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2107165 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | HAMADOUCHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2021, la SARL Sinem, représentée par Me Hamadouche, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 30 juin 2021 par lequel le préfet du Nord a prononcé la fermeture administrative de l'établissement " Unik Kebab " sis 15 rue royale à Lille pour une durée d'un mois et, à titre subsidiaire, d'annuler cet arrêté en tant que la durée de fermeture est excessive ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 70 000 euros en réparation du préjudice économique résultant de cette fermeture administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté contesté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a été précédé ni d'une procédure contradictoire ni d'un avertissement relatif aux infractions à la réglementation relevées ;
- il est fondé sur des faits matériellement inexacts, la jauge de l'effectif maximal de public admissible étant respectée, les diligences nécessaires ayant été prises pour assurer le respect de la distanciation physique et le précédent constat d'infraction invoqué étant excessif et antérieur à la reprise de l'établissement par son exploitant actuel ;
- il porte une atteinte disproportionnée à la liberté d'entreprendre et à la liberté du commerce et de l'industrie ;
- la SARL Sinem a subi un préjudice économique du fait de la fermeture prononcée qui doit être indemnisé à hauteur de 70 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2021, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions indemnitaires de la requête sont irrecevables faute de liaison du contentieux ;
- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bourgau, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Sinem exploite, depuis le 20 octobre 2020, un restaurant sis 15 rue royale à Lille sous le nom d'enseigne " Unik Kebab ". Elle y propose un service de restauration sur place, à emporter et de livraison à domicile. Par arrêté du 30 juin 2021, le préfet du Nord a ordonné la fermeture administrative de cet établissement pour une durée d'un mois, du 9 juillet 2021 au 9 août 2021. Par la présente requête, la société requérante demande l'annulation de cet arrêté et l'indemnisation du préjudice financier résultant de son illégalité.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 1er du décret du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire, dans sa rédaction applicable au présent litige : " I. - Afin de ralentir la propagation du virus, les mesures d'hygiène définies en annexe 1 au présent décret et de distanciation sociale, incluant la distanciation physique d'au moins un mètre entre deux personnes, dites barrières, définies au niveau national, doivent être observées en tout lieu et en toute circonstance. / () III. - En l'absence de port du masque, et sans préjudice des règles qui le rendent obligatoire, la distanciation mentionnée au I est portée à deux mètres. ". Aux termes de l'article 27 du même décret, dans sa rédaction applicable au présent litige : " I. - Dans les établissements relevant des types d'établissements définis par le règlement pris en application de l'article R. 123-12 du code de la construction et de l'habitation et où l'accueil du public n'est pas interdit en vertu du présent titre, l'exploitant met en œuvre les mesures de nature à permettre le respect des dispositions de l'article 1er. Il peut limiter l'accès à l'établissement à cette fin. / Il informe les utilisateurs de ces lieux par affichage des mesures d'hygiène et de distanciation mentionnées à l'article 1er. / () ". Aux termes de l'article 29 de ce décret, dans sa rédaction applicable au présent litige : " () Le préfet de département peut, par arrêté pris après mise en demeure restée sans suite, ordonner la fermeture des établissements recevant du public qui ne mettent pas en œuvre les obligations qui leur sont applicables en application du présent décret. ". Et aux termes de l'article 40 dudit décret, dans sa rédaction applicable au présent litige : " I. - Les établissements relevant des catégories mentionnées par le règlement pris en application de l'article R. 123-12 du code de la construction et de l'habitation figurant ci-après ne peuvent accueillir du public que dans le respect des conditions prévues au présent article : / 1° Etablissements de type N : Restaurants et débits de boisson ; / () II. - Les établissements mentionnés au I peuvent accueillir du public dans les conditions suivantes : / 1° Les personnes accueillies ont une place assise ; / 2° Une même table ne peut regrouper que des personnes venant ensemble ou ayant réservé ensemble, dans la limite de six personnes ; / 3° Les espaces situés en intérieur ne peuvent accueillir du public que dans la limite de 50 % de leur capacité d'accueil ; / 4° La capacité maximale d'accueil de l'établissement est affichée et visible depuis la voie publique lorsqu'il est accessible depuis celle-ci. / () ".
En ce qui concerne la légalité interne :
3. En premier lieu, pour prendre l'arrêté contesté, le préfet du Nord s'est fondé sur le constat effectué le 10 juin 2021 à 22h50 par les services de police municipale du non-respect de la jauge et de la distanciation sociale à l'intérieur de l'établissement. Il ressort du rapport de police qu'une quinzaine de personnes étaient présentes dans l'établissement lors du contrôle alors que la société requérante soutient sans être contestée que la jauge, égale à la moitié de la capacité d'accueil, était de vingt-huit personnes, de sorte que la société requérante est fondée à soutenir que ce motif est entaché d'inexactitude matérielle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment des captures d'écran de vidéo-surveillance du 10 juin 2021 à 22h50, qu'au moins six clients, très rapprochés et presque au contact les uns des autres, sont présents devant le comptoir, méconnaissant ainsi les règles de distanciation sociale. Si la société requérante se prévaut de la prise des mesures nécessaires pour assurer la distanciation sociale par la présence de marquage au sol et d'affichages sanitaires, constatés par un procès-verbal d'huissier établi le 6 octobre 2020 à la suite de la précédente mesure de fermeture et non contredit par le rapport de police du 10 juin 2021, elle ne conteste pas utilement la méconnaissance par un groupe de clients des règles de distanciation sociale lors du contrôle, alors qu'il résulte des dispositions combinées des articles 1er et 27 du décret du 1er juin 2021 citées au point précédent qu'il appartient à l'établissement de faire respecter les mesures de distanciation sociales et les gestes barrière. Et il ressort des pièces du dossier que le préfet du Nord aurait pris la même décision de fermeture s'il s'était uniquement fondé sur le non-respect de la distanciation sociale. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits doit être écarté.
4. En second lieu, d'une part, ainsi qu'il a été vu au point précédent, la méconnaissance des règles de distanciation sociale au sein de l'établissement lors du contrôle du 10 juin 2021 est établie. D'autre part, l'établissement a déjà fait l'objet, le 2 octobre 2020, d'une mesure de fermeture administrative d'une durée de quinze jours en raison de l'absence de respect des gestes barrières au sein de l'établissement, constatés lors d'un contrôle réalisé le 6 septembre 2020. Si la société requérante se prévaut du changement de propriétaire de l'établissement entre les deux mesures de fermeture, une telle circonstance est sans incidence sur la possibilité pour le préfet de tenir compte de la précédente mesure pour déterminer la durée de la mesure de fermeture dès lors que cette dernière est prise à l'encontre de l'établissement et non de son propriétaire. Par ailleurs, la circonstance que la mesure de fermeture en litige n'ait été notifiée qu'après la fin de période aigüe de crise sanitaire est sans incidence sur la proportionnalité de cette dernière. Enfin, compte tenu de la réitération de manquements aux règles de distanciation sociale au sein de l'établissement et de l'existence récente d'une mesure de fermeture administrative d'une durée de quinze jours pour des motifs similaires, l'arrêté contesté, qui prononce la fermeture administrative de l'établissement pour une durée d'un mois, ne porte pas une atteinte disproportionnée à la liberté d'entreprendre et à la liberté du commerce et de l'industrie.
En ce qui concerne la légalité externe :
5. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / () 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ; / () ". Et aux termes de l'article L. 211-2 de ce code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ".
6. De plus, il résulte des dispositions de l'article 29 du décret du 1er juin 2021 citées au point 2 que la mesure de fermeture administrative doit être précédée d'une mise en demeure restée sans suite.
7. En l'espèce, d'une part, alors que les dispositions de l'article 29 du décret du 1er juin 2021 ne constituent pas une procédure contradictoire particulière au sens du 3° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Nord n'a pas informé la société requérante, préalablement à l'édiction en litige, de l'ouverture d'une procédure contradictoire et de la possibilité de présenter ses observations. De plus, eu égard à la durée du délai qui s'est écoulé entre la date à laquelle l'autorité préfectorale a été informée des faits constatés le 10 juin 2021 et la décision préfectorale de fermeture prise seulement le 30 juin 2021 avec date d'effet au 9 juillet, le préfet ne peut valablement se prévaloir de l'urgence pour se dispenser de recourir à la procédure contradictoire imposée par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.
8. D'autre part, il ressort également des pièces du dossier que l'arrêté en litige n'a pas été précédé de la mise en demeure prévue par l'article 29 du décret du 1er juin 2021, la circonstance que l'établissement ait fait l'objet d'une précédente fermeture en octobre 2020 pour méconnaissance des règles de distanciation sociale ne pouvant être regardée comme tenant lieu de ladite mise en demeure.
9. Dans ces conditions, il résulte de ce qui a été dit aux points 7 et 8 que la société requérante est fondée à soutenir que la décision de fermeture en litige a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.
10. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 30 juin 2021 par lequel le préfet du Nord a prononcé la fermeture administrative pour une durée d'un mois de l'établissement exploité par la SARL Sinem doit être annulé.
Sur les conclusions indemnitaires :
11. Lorsqu'une personne sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité, pour un vice de procédure, d'une mesure de police la concernant, il appartient au juge de plein contentieux, saisi de moyens en ce sens, de déterminer, en premier lieu, la nature de cette irrégularité procédurale puis, en second lieu, de rechercher, en forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, si, compte tenu de la nature et de la gravité de cette irrégularité procédurale, la même décision aurait pu être légalement prise dans le cadre d'une procédure régulière.
12. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 et 4 que le préfet du Nord aurait pu légalement prendre la même décision à l'issue d'une procédure régulière.
13. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée par l'administration, que les conclusions indemnitaires doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SARL Sinem et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet du Nord en date du 30 juin 2021 portant fermeture administrative pour une durée d'un mois de l'établissement à l'enseigne " Unik Kebab " sis 15 rue royale à Lille est annulé.
Article 2 : L'État versera à la SARL Sinem la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Sinem et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 17 avril 2024 à laquelle siégeaient :
- Mme Féménia, présidente,
- M. Bourgau, premier conseiller,
- M. Horn, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024
Le rapporteur,
Signé
T. BOURGAULa présidente,
Signé
J. FEMENIA
La greffière,
Signé
S. DEREUMAUX
La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière.
No 2107165
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026