jeudi 7 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2107294 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | DANSET-VERGOTEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 septembre 2021, Mme D C, représentée par Me Sophie Danset-Vergotten, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 31 mars 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de procéder au rétablissement du bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil avec effet rétroactif, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou à défaut, de l'enjoindre de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Danset-Vergotten sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Danset-Vergotten renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 744-7 et D. 744-39 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il n'est pas établi qu'elle a été informée de la possibilité que les conditions matérielles d'accueil lui soient retirées ;
- elle a été prise en méconnaissance du principe général du droit à être entendu et de son droit de présenter des observations, prévu par les dispositions des articles L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que l'OFII aurait réalisé un entretien personnel permettant d'évaluer sa vulnérabilité, en méconnaissance des articles L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que, d'une part, les éléments médicaux qu'elle a fournis n'ont pas été examinés par un médecin de l'OFII, d'autre part, aucun avis relatif à sa situation médicale n'a été émis ;
- elle méconnaît les dispositions du paragraphe 5 du point 1 de l'article 20 et les dispositions de l'article 21 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le fait pour un étranger de présenter une nouvelle demande d'asile après avoir fait l'objet d'une décision de transfert ne constitue pas un non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile et ne caractérise pas une fraude aux conditions matérielles d'accueil susceptible de justifier que leur bénéfice leur soit refusé ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 744-7 et L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que des dispositions des articles 20 et 21 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés et sollicite, en tant que de besoin, une substitution de base légale afin que soit substituée à la base légale de la décision attaquée celle du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par une ordonnance en date du 12 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 septembre 2023 à 14 heures.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 juillet 2021 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Babski, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique ;
Considérant ce qui suit :
1. Mme D C, ressortissante guinéenne née le 16 juillet 2000 à Conakry (Guinée), déclare être entrée en France le 26 février 2020. Elle a présenté une demande d'asile au guichet unique de la préfecture du Nord le 2 mars 2020. Le même jour, l'intéressée a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Après avoir quitté la France, le 6 janvier 2021, pour l'Espagne, à la suite d'un arrêté du préfet du Nord de transfert aux autorités espagnoles, Mme C est revenue sur le territoire français, le 10 mars 2021, et a présenté une nouvelle demande d'asile enregistrée le 16 mars 2021, en " procédure Dublin " et, le même jour, elle a fait l'objet d'un réexamen de vulnérabilité et a accepté l'offre de prise en charge de l'OFII. Par une décision du 31 mars 2021, le directeur territorial de (OFII) a suspendu le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions d'annulation :
2. En premier lieu, par une décision du 1er septembre 2020, publiée sur le site internet de l'OFII, le directeur général de cet établissement public a donné délégation à M. A B, directeur territorial, à l'effet de signer les décisions telles que celle en litige, laquelle relève des missions dévolues à sa direction. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. () ". Aux termes de l'article L. 744-7 de ce code, alors en vigueur : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / () / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que () le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ". L'article L. 744-8 du même code, alors en vigueur, dispose que : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : / () / La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret.". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 744-9 dudit code, alors en vigueur : " I.- Les modalités de refus ou de réouverture des conditions matérielles d'accueil sont précisées par l'office lors de l'offre de prise en charge dans une langue que le demandeur d'asile comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. / () ". Enfin, selon l'article D. 744-9 du même code, alors en vigueur : " L'offre de prise en charge faite au demandeur d'asile () fait mention de la possibilité pour le demandeur d'asile de se voir refuser, retirer ou suspendre le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile () ".
4. Il résulte de ces dispositions, telles qu'éclairées par la décision du Conseil d'Etat nos 428530, 428564 du 31 juillet 2019, qu'il reste possible à l'OFII de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office, qui devra apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.
5. La décision attaquée, qui n'avait pas, au demeurant, à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de Mme C, comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle fait référence notamment aux articles L. 744-6, L. 744-7 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi qu'à la décision du Conseil d'État du 31 juillet 2019 n°428530 et précise que l'intéressée n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de l'instruction de sa demande et que, selon les dispositions de l'article L. 744-7, ce motif justifie la suspension de ses conditions matérielles d'accueil comprenant l'allocation pour demandeur d'asile et une place d'hébergement. L'arrêté indique également que l'évaluation de sa situation ne fait apparaître aucun facteur particulier de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 ni de besoins particuliers en matière d'accueil. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
6. En troisième lieu, Mme C se borne à faire valoir qu'il n'est pas établi qu'elle a été informée de la possibilité que les conditions matérielles d'accueil lui soient retirées en méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 744-7 et D. 744-39 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a déposé une demande d'asile le 2 mars 2020 et qu'une offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil lui a été soumise le même jour qu'elle a signé tout en cochant la case " je certifie avoir été informé dans une langue que je comprends des conditions et modalités de suspension, de retrait et de refus des conditions matérielles d'accueil ". Par ailleurs, cette offre de prise en charge a été réitérée le 16 mars 2021 et acceptée par l'intéressée dans les mêmes termes. Dans ces conditions, ce moyen doit être écarté.
7. En quatrième lieu, il résulte des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que préalablement à une décision de suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'OFII doit mettre l'intéressé en mesure de présenter ses observations.
8. En l'espèce, Mme C se borne à soutenir qu'il n'est pas établi qu'elle a été mise à même de présenter des observations préalablement à la notification de la décision attaquée en méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée s'est vu notifier, le 16 mars 2021, un courrier l'informant de l'intention de l'OFII de suspendre le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil et lui indiquant qu'elle disposait d'un délai de quinze jours pour présenter d'éventuelles observations, ce que l'intéressée n'a pas fait. Par suite, le moyen tiré du défaut de contradictoire doit être écarté.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines () ". Selon l'article R. 744-14 du même code, alors en vigueur : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 744-6, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. / Si le demandeur d'asile présente des documents à caractère médical, en vue de bénéficier de conditions matérielles d'accueil adaptée à sa situation, ceux-ci seront examinés par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui émet un avis. ".
10. D'une part, les dispositions citées au point précédent n'ont pas pour objet d'imposer un nouvel entretien à l'occasion de la décision de suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme C a, contrairement à ce qu'elle allègue, bénéficié d'un tel entretien permettant d'évaluer sa vulnérabilité le 16 mars 2021 et n'a alors pas signalé aux services de l'OFII être enceinte, dans une grande précarité et n'a pas produit de document à caractère médical. Elle ne démontre pas plus avoir fait parvenir à l'OFII des documents liés à son état de santé postérieurement à cet entretien et n'a fait valoir, comme précisé au point 8, aucune observation dans le délai de quinze jours qui lui avait été offert par la lettre de l'OFII du 16 mars 2021 l'informant de son intention de suspendre les conditions matérielles d'accueil dont elle bénéficiait. Enfin, si Mme C soutient que sa grossesse doublée d'une situation de grande précarité nécessite un suivi médico-social sur le territoire national et se prévaut, à ce titre, de deux certificats médicaux datés du 11 mars 2021 et du 4 mai 2021, dont un est au demeurant postérieur à la décision attaqués, ceux-ci ne sont pas, par leurs termes très généraux, de nature à établir qu'elle présente une situation de vulnérabilité particulière à la date de la décision attaquée. De même, Mme C n'apporte aucune preuve de la réalité de ses conditions d'existence alors qu'elle a déclaré, lors de cet entretien du 16 mars 2021, être hébergée par son compagnon à Lille de manière stable depuis son arrivée en France le 10 mars 2021. Dans ces conditions, l'intéressée ne saurait utilement se prévaloir de l'absence d'examen de sa vulnérabilité et du défaut d'examen de documents à caractère médical et d'avis du médecin de l'OFII avant la suspension de ses conditions matérielles d'accueil. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée du 31 mars 2021 est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière en méconnaissance des dispositions des articles L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. En sixième lieu, aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : / () / b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités () / () / En ce qui concerne les cas visés aux points a) et b), lorsque le demandeur est retrouvé ou se présente volontairement aux autorités compétentes, une décision dûment motivée, fondée sur les raisons de sa disparition, est prise quant au rétablissement du bénéfice de certaines ou de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil retirées ou réduites. / () / 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les Etats membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs ". Aux termes de l'article 21 de cette même directive : " Dans leur droit national transposant la présente directive, les États membres tiennent compte de la situation particulière des personnes vulnérables, () ".
12. Mme C ne peut utilement se prévaloir directement des dispositions des articles 20 et 21 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 sans faire état de l'incompatibilité avec ces dispositions des règles nationales dont l'OFII a fait application. En tout état de cause, si la requérante se prévaut du fait qu'elle était enceinte et que son état de santé nécessitait une surveillance régulière ainsi qu'un cadre de vie adapté, ces éléments, comme exposé au point 10, ne permettent pas d'établir qu'elle se trouvait, à la date de la décision attaquée, dans une situation de particulière vulnérabilité et ce alors qu'il résulte de l'évaluation faite par les services de l'OFII qu'elle n'a fait état d'aucun problème de santé particulier et qu'elle était hébergée par son compagnon à Lille de manière stable depuis son arrivée en France le 10 mars 2021. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions de la directive 2013/33/UE et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de Mme C ne peuvent qu'être écartés.
13. En septième lieu, la décision litigieuse est fondée sur la circonstance que Mme C n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de l'instruction de sa demande. D'une part, il ressort des pièces du dossier qu'après avoir été transféré en Espagne, Etat responsable de sa demande d'asile, le 6 janvier 2021, l'intéressée est revenue en France le 10 mars 2021, méconnaissant ainsi les exigences de la procédure " Dublin " dès lors qu'il n'est pas établi ni même allégué par la requérante que l'Espagne aurait refusé d'examiner sa demande d'asile ou rejeté sa demande ni qu'après son retour en France, les autorités françaises aient décidé d'examiner cette demande, qui a, de nouveau, au demeurant été enregistrée, en procédure dite " Dublin ". En outre, il ressort de la fiche d'évaluation de vulnérabilité du 16 mars 2021 que Mme C a déclaré que : " c'est en France qu'elle souhaite vivre ". Par suite, et sans qu'il soit besoin de procéder à la substitution de base légale sollicitée en défense, l'OFII n'a pas commis d'erreur de droit, contrairement à ce que soutient Mme C, en estimant qu'elle n'avait pas ainsi respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, au sens des dispositions de l'article L.744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, si la requérante fait valoir également que le seul fait de revenir sur le territoire français après l'exécution d'un transfert vers l'Etat membre responsable de sa demande d'asile n'est pas constitutif d'une fraude, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que l'OFII ne s'est pas fondé sur le motif de la fraude pour lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. 16. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L.744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
14. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / () ".
15. En l'espèce, la décision litigieuse est fondée également sur le fait que l'évaluation de la situation de Mme C ne fait apparaître aucun facteur particulier de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 ni de besoins particuliers en matière d'accueil. Or, Mme C se borne, dans sa requête, à contester le fait qu'il n'a pas été tenu compte de sa situation spécifique mais, sans apporter, comme il a été dit au point 10, d'élément probant de nature à justifier de sa situation de vulnérabilité à la date de la décision en litige. Par suite, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L.744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
ne peut être accueilli.
16. En neuvième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 9 à 15, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 744-7 et L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que des dispositions des articles 20 et 21 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 doit être écarté.
17. En dernier lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le directeur territorial de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de la requérante. Par suite, le moyen doit être écarté.
18. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Par suite, les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à l'Office français de l'immigration de l'intégration et à Me Danset-Vergoten.
Délibéré après l'audience du 16 février 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Stefanczyk, présidente,
M. Babski, premier conseiller,
M. Caustier, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2024.
Le rapporteur,
Signé
D. BABSKI
La présidente,
Signé
S. STEFANCZYK
La greffière,
Signé
D. WISNIEWSKI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026