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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2107323

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2107323

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2107323
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantLEQUIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 septembre 2021, Mme A B C, représenté par Me Emmanuelle Lequien, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 octobre 2020 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation sous les mêmes condition et astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 400 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- le préfet a entaché la décision attaquée d'une erreur de droit dès lors qu'il a déclaré sa demande d'admission exceptionnelle au séjour irrecevable au motif qu'il ne remplissait pas les conditions fixées par la circulaire Valls du 28 novembre 2012 sans l'examiner et, ainsi, sans faire usage de son pouvoir de régularisation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile telles qu'éclairées par la circulaire du 28 novembre 2012, à la fois compte tenu de sa qualité de parent d'enfant scolarisé et de son installation durable en France ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et celle de ses enfants.

Une mise en demeure a été adressée le 17 décembre 2022 au préfet du Nord, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance en date du 1er mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 mars 2023 à 14 heures.

Mme B C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 avril 2021 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Babski a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante togolaise, née le 5 février 1986 à Lome (Togo), a sollicité auprès du préfet du Nord, par courrier daté du 5 octobre 2020 et réceptionné le 8 octobre 2020, son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale en tant que parent d'enfant scolarisé, en se prévalant ainsi des énonciations de la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière, dite " circulaire Valls ". Par une décision du 19 octobre 2020, le préfet du Nord a rejeté cette demande d'admission exceptionnelle au séjour, comme irrecevable, au motif que l'intéressée ne résidait pas sur le territoire français depuis au moins cinq ans. Par la présente requête, Mme B C demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. S'agissant de la délivrance des titres de séjour, il appartient au législateur, sous réserve des conventions internationales, de déterminer les conditions dans lesquelles les étrangers sont autorisés à séjourner sur le territoire national. Si les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile régissant la délivrance des titres de séjour n'imposent pas au préfet, sauf disposition spéciale contraire, de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui ne remplit pas les conditions auxquelles est subordonné le droit d'obtenir ce titre, la faculté pour le préfet de prendre, à titre gracieux et exceptionnel, une mesure favorable à l'intéressé pour régulariser sa situation relève de son pouvoir d'appréciation de l'ensemble des circonstances de l'espèce. Il est loisible au ministre de l'intérieur, chargé de mettre en œuvre la politique du Gouvernement en matière d'immigration et d'asile, alors même qu'il ne dispose en la matière d'aucune compétence réglementaire, d'énoncer des orientations générales destinées à éclairer les préfets dans l'exercice de leur pouvoir de prendre des mesures de régularisation, sans les priver de leur pouvoir d'appréciation, comme c'est le cas en ce qui concerne la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. C'est toutefois au préfet qu'il revient, dans l'exercice du pouvoir dont il dispose, d'apprécier dans chaque cas particulier, compte tenu de l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de l'étranger, l'opportunité de prendre une mesure de régularisation favorable à l'intéressé.

3. Les énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne constituent pas des lignes directrices dont les intéressés peuvent utilement se prévaloir devant le juge. Ces énonciations constituent de simples orientations générales destinées à éclairer les préfets dans l'exercice de leur pouvoir de prendre des mesures de régularisation, sans les priver de leur pouvoir d'appréciation.

4. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter comme irrecevable la demande, présentée par la requérante, tendant à son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale en qualité de parent d'enfant scolarisé et refuser, en conséquence, de l'enregistrer, le préfet du Nord s'est fondé sur les dispositions de la " circulaire Valls " du 28 novembre 2012, en particulier celles prévoyant que l'installation durable du demandeur sur le territoire français ne pourra être qu'exceptionnellement inférieure à cinq ans, en estimant que l'intéressée ne résidait pas sur le territoire français depuis au moins cinq ans. Toutefois, en refusant d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme B C au seul motif d'une durée de présence insuffisante en France, alors qu'il lui appartenait d'examiner lui-même l'opportunité de faire usage, dans le cas particulier qui lui était soumis, de son pouvoir général de régularisation et de porter ainsi une appréciation sur le droit au séjour de la requérante au titre de sa vie privée et familiale, le préfet du Nord a entaché sa décision d'une erreur de droit.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B C est fondée à demander l'annulation de la décision du 19 octobre 2020 par laquelle le préfet du Nord a déclaré irrecevable sa demande d'admission exceptionnelle au séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. L'exécution du présent jugement implique seulement que l'autorité administrative procède au réexamen de la situation de la requérante. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par Mme B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais liés au litige :

7. Mme B C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Lequien, avocate de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lequien de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet du Nord en date du 19 octobre 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de réexaminer la situation de Mme B C dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : L'Etat versera à Me Lequien une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B C, au préfet du Nord et à Me Emmanuelle Lequien.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Stefanczyk, présidente,

M. Babski, premier conseiller,

M. Caustier, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

D. BABSKILa présidente,

Signé

S. STEFANCZYK

La greffière,

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2107323

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