vendredi 12 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2107404 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCHMIDT-SARELS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 septembre 2021 et 4 juillet 2022, l'association " Le millenium contre-attaque ", M. G E, Mme C I, M. H F et M. D B, représentés par Me Piret, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 16 mars 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune de Caudry a déclaré d'intérêt général le projet d'extension de la zone commerciale située au sud de la RD 643 et a approuvé la mise en compatibilité du plan local d'urbanisme communal, ensemble la décision par laquelle le maire de la commune de Caudry a implicitement rejeté leur recours gracieux du 14 mai 2021 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Caudry la somme de 7 013 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la notice de présentation, l'évaluation environnementale et l'étude d'entrée de ville étaient insuffisantes dès lors que les mentions relatives à l'intérêt d'un nouveau cinéma pour la commune, à l'absence de compensation des terres agricoles supprimées, à la justification de la réduction du recul par rapport à l'axe de la voie et à la création d'une 4ème branche sur le rond-point raccordant le RD 643 et la rue du 8 mai 1945 étaient insuffisantes ;
- l'information du public et des conseillers municipaux a été insuffisante ;
- la réduction du recul par rapport à l'axe de la RD 643 n'est pas justifiée, en méconnaissance des dispositions des articles L. 111-6 et L.111-8 du code de l'urbanisme ;
- la délibération contestée est entachée d'un vice de procédure dès lors que toutes les personnes publiques devant être associées en application de l'article L. 153-40 du code de l'urbanisme ne l'ont pas été ;
- le projet est incompatible avec les objectifs du schéma de cohérence territoriale du Cambrésis relatifs à la limitation de l'extension urbaine sur les surfaces agricoles ;
- la délibération attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme dès lors, d'une part, qu'elle porte atteinte aux commerces de centre-ville et à l'objectif de diminution des déplacements motorisés, d'autre part, qu'elle méconnait les dispositions de l'article R.151-49 du code de l'urbanisme et enfin au regard de l'objectif de protection des milieux naturels dès lors que le projet met en danger des espèces d'oiseaux et de chiroptères ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'intérêt général du projet ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle ne prend pas en compte la crise sanitaire et ses effets.
Par des mémoires enregistrés les 23 décembre 2021 et 22 août 2022, la commune de Caudry, représentée par Me Schmidt-Sarels, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce qu'il soit sursis à statuer sur la requête et qu'il lui soit accordé un délai de quatre mois pour produire une nouvelle étude de mobilité et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit solidairement mise à la charge de l'association " Le millenium contre-attaque ", M. E, Mme I, M. F et M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les conclusions formées par l'association " Le millénium contre-attaque " sont irrecevables, faute, d'une part, de qualité à agir du président de l'association et, d'autre part, d'intérêt à agir de l'association au regard de son objet ;
- les conclusions formées par M. B sont irrecevables, faute d'intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- la décision n° 2000-436 DC du Conseil constitutionnel du 7 décembre 2000 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Babski, rapporteur public,
- les observations de Me Piret, représentant les requérants ;
- et les observations de Me Schmidt, représentant la commune de Caudry.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 16 mars 2021, le conseil municipal de la commune de Caudry a déclaré d'intérêt général le projet relatif à l'extension de la zone commerciale située au sud de la RD 643 et visant à la création d'un ensemble commercial et de loisirs et approuvé la mise en compatibilité du plan local d'urbanisme (PLU) communal consistant à classer 5 hectares relevant d'une zone d'urbanisation future de long terme (2AU4) en zone d'urbanisation future de court terme (1AU3). Par leur requête, l'association " Le millenium contre-attaque ", M. E, Mme I, M. F et M. B demandent au tribunal d'annuler la délibération du 16 mars 2021 du conseil municipal de la commune de Caudry, ensemble la décision implicite du maire de Caudry rejetant leur recours gracieux formé le 14 mai 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le rapport de présentation :
2. Aux termes de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. / Il s'appuie sur un diagnostic établi au regard des prévisions économiques et démographiques et des besoins répertoriés en matière de développement économique, de surfaces et de développement agricoles, de développement forestier, d'aménagement de l'espace, d'environnement, notamment en matière de biodiversité, d'équilibre social de l'habitat, de transports, de commerce, d'équipements notamment sportifs, et de services. () ". Aux termes de l'article R. 151-3 du même code : " Au titre de l'évaluation environnementale lorsqu'elle est requise, le rapport de présentation : / () / 5° Présente les mesures envisagées pour éviter, réduire et, si possible, compenser, s'il y a lieu, les conséquences dommageables de la mise en œuvre du plan sur l'environnement ; / () / Le rapport de présentation au titre de l'évaluation environnementale est proportionné à l'importance du plan local d'urbanisme, aux effets de sa mise en œuvre ainsi qu'aux enjeux environnementaux de la zone considérée () ". Aux termes de l'article R.151-5 de ce code : " Le rapport de présentation est complété par l'exposé des motifs des changements apportés lorsque le plan local d'urbanisme est : / () / 3° Mis en compatibilité. "
3. Il ressort des pièces du dossier que la délibération contestée a pour objet, d'une part, de déclarer d'intérêt général le projet d'extension de la zone commerciale de Caudry et, d'autre part, de mettre en compatibilité le PLU communal. La notice de présentation annexée à la délibération contestée, qui doit être regardée comme tenant lieu de rapport de présentation pour l'application des dispositions précitées, expose l'objectif du projet de création d'un ensemble commercial et de loisirs d'environ 14 600 m2 de surface plancher comprenant un cinéma d'environ six salles, un restaurant et des moyennes surfaces spécialisées en commerce non alimentaire, qui vise à compléter l'offre de la zone commerciale existante en permettant aux consommateurs locaux de réaliser leurs achats dans la plupart des secteurs d'activités sans avoir à se rendre dans les zones commerciales situées hors du bassin de vie et de la zone de chalandises pour certains types d'achats non récurrents, dans une logique de complémentarité avec les commerces et cinéma existants. Le parti d'aménagement retenu est explicité et la notice, qui comporte en annexe une étude d'entrée de ville et une étude de mobilité, indique qu'il nécessite de faire évoluer le classement de la zone concernée classée en zone 2AU4 en zone 1AU3 et de réviser l'orientation d'aménagement de la zone. Par ailleurs, l'étude de mobilité précitée indique que le rond-point raccordant la RD 643 et la rue du 8 mai 1945 dispose d'une réserve de capacité de 30% au minimum et que la phase suivante consistera à intégrer dans les données disponibles de fréquentation de cette infrastructure routière le projet d'extension du centre commercial afin d'en établir les impacts et préconisations d'aménagements nécessaires. La circonstance qu'aucune étude en ce sens ne soit jointe à la notice de présentation ne suffit pas à la regarder comme insuffisante ou imprécise, dès lors que la délibération attaquée n'a pas pour objet d'autoriser la réalisation d'un projet précis dont les caractéristiques seraient d'ores et déjà définies mais vise seulement à faire évoluer les règles d'occupation et d'utilisation des sols en raison de l'intérêt qui s'attache à l'implantation d'une zone de commerces et de loisirs dans le secteur dont il s'agit. Par ailleurs, si l'évaluation environnementale indique qu'aucune mesure de compensation n'est mise en œuvre concernant la suppression de 5 hectares de terres cultivées et ne comporte que des mesures de réduction, elle précise toutefois qu'au regard de la surface agricole impactée, le projet est susceptible de faire l'objet d'une étude de compensation collective agricole lors de l'instruction de la demande de permis d'aménager. En outre, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la circonstance que l'étude environnementale renvoie à une étude complémentaire n'est pas, à elle seule, de nature à l'entacher d'insuffisance. Ainsi, eu égard à la nature et à l'ampleur de la seule modification du document d'urbanisme opérée, la notice de présentation, qui n'avait pas à comporter de présentation détaillée quant à l'intérêt d'un nouveau cinéma pour la commune et à la destruction de terres agricoles, expose de manière claire et suffisamment précise les motifs conduisant à une évolution de la zone concernée prise dans son ensemble et au nouveau parti d'aménagement retenu. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance du rapport de présentation doit être écarté dans ses différentes branches.
En ce qui concerne le défaut d'information du public et des conseillers municipaux :
4. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier eu égard notamment à ce qui a été dit précédemment à propos du contenu du rapport de présentation y compris dans sa partie dédiée à l'évaluation environnementale que celui-ci comportait des inexactitudes et des insuffisances ou bien présentait un caractère incomplet de nature à nuire à la bonne information du public ou à influer sur le sens de la délibération contestée. D'autre part, les allégations des requérants quant à l'insuffisance de l'information des membres de l'assemblée délibérante telle que prévue par les dispositions de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales ne sont aucunement étayées. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information du public et des conseillers municipaux doit être écarté.
En ce qui concerne l'insuffisance de l'étude d'entrée de ville :
5. Aux termes de l'article L. 111-6 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " En dehors des espaces urbanisés des communes, les constructions ou installations sont interdites dans une bande de cent mètres de part et d'autre de l'axe des autoroutes, des routes express et des déviations au sens du code de la voirie routière et de soixante-quinze mètres de part et d'autre de l'axe des autres routes classées à grande circulation. Cette interdiction s'applique également dans une bande de soixante-quinze mètres de part et d'autre des routes visées à l'article L. 141-19. ". Aux termes de l'article L. 111-8 du même code : " Le plan local d'urbanisme, ou un document d'urbanisme en tenant lieu, peut fixer des règles d'implantation différentes de celles prévues par l'article L. 111-6 lorsqu'il comporte une étude justifiant, en fonction des spécificités locales, que ces règles sont compatibles avec la prise en compte des nuisances, de la sécurité, de la qualité architecturale, ainsi que de la qualité de l'urbanisme et des paysages. ".
6. En l'espèce, la commune a décidé de modifier la zone de recul de 75 mètres de part et d'autre de la RD 643 pour la fixer à 45 mètres. Il ressort des pièces du dossier que la notice de présentation est accompagnée d'une étude d'entrée de ville entièrement dévolue à la motivation de la dérogation prévue par l'article L. 111-8 du code de l'urbanisme précitée, qui précise que cette modification a pour objectif de requalifier l'entrée de ville pour en affirmer le caractère urbain et créer une avenue sur la séquence de la RD 643 traversant la commune de Caudry ainsi que de créer un dialogue et un développement de transversalité entre les deux parties ancienne et nouvellement créée de la ZAC de part et d'autre de la RD 643. Cette étude justifie donc, en fonction des spécificités locales, ainsi que des impacts et des besoins du projet que les règles d'implantation dérogeant à l'article L. 111-6 du code de l'urbanisme sont compatibles avec la prise en compte des intérêts protégés par l'article L. 111-8 du même code. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de cette étude doit être écarté.
En ce qui concerne l'avis des personnes publiques associées :
7. Aux termes de l'article L. 153-54 du code de l'urbanisme : " Une opération faisant l'objet () d'une déclaration de projet, et qui n'est pas compatible avec les dispositions d'un plan local d'urbanisme ne peut intervenir que si : / () / 2° Les dispositions proposées pour assurer la mise en compatibilité du plan ont fait l'objet d'un examen conjoint de l'Etat, de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ou de la commune et des personnes publiques associées mentionnées aux articles L. 132-7 et L. 132-9. / Le maire de la ou des communes intéressées par l'opération est invité à participer à cet examen conjoint. ". Aux termes de l'article L. 132-7 du même code : " L'Etat, les régions, les départements, les autorités organisatrices prévues à l'article L. 1231-1 du code des transports, les établissements publics de coopération intercommunale compétents en matière de programme local de l'habitat, les collectivités territoriales ou les établissements publics mentionnés à l'article L. 312-3 du présent code, les établissements publics chargés d'une opération d'intérêt national ainsi que les organismes de gestion des parcs naturels régionaux et des parcs nationaux sont associés à l'élaboration () des plans locaux d'urbanisme dans les conditions définies aux titres IV et V. / Il en est de même des chambres de commerce et d'industrie territoriales, des chambres de métiers, des chambres d'agriculture (). Ces organismes assurent les liaisons avec les organisations professionnelles intéressées. / Il en est de même du gestionnaire d'infrastructure ferroviaire ayant au moins un passage à niveau ouvert au public dans l'emprise du schéma de cohérence territoriale ou du plan local d'urbanisme. " L'article L.132-9 du même code prévoit que : " Pour l'élaboration des plans locaux d'urbanisme sont également associés, dans les mêmes conditions : / 1° Les syndicats d'agglomération nouvelle ; / 2° L'établissement public chargé de l'élaboration, de la gestion et de l'approbation du schéma de cohérence territoriale lorsque le territoire objet du plan est situé dans le périmètre de ce schéma ; / 3° Les établissements publics chargés de l'élaboration, de la gestion et de l'approbation des schémas de cohérence territoriale limitrophes du territoire objet du plan lorsque ce territoire n'est pas couvert par un schéma de cohérence territoriale. "
8. Il ressort des pièces du dossier que le projet attaqué a fait l'objet d'une réunion d'examen conjoint le 9 octobre 2019, à laquelle ont participé des représentants de la commune de Caudry, de la région Hauts-de-France, de la direction départementale des territoires et de la mer du Nord, du département du Nord, des chambres de commerce et d'industrie et d'agriculture compétentes et du syndicat mixte du pôle d'équilibre territorial et rural du Cambrésis, en charge du schéma de cohérence territorial applicable à la commune de Caudry, qui ont donné un avis sur le projet. Par ailleurs, par un message électronique réceptionné le 18 septembre 2019, la communauté d'agglomération du Caudrésis et du Catésis, autorité organisatrice au sens de l'article L.1231-1 du code des transports et compétente en matière de programme local de l'habitat, ainsi que la chambre des métiers, ont reçu le projet de mise en compatibilité du plan local d'urbanisme contesté et été invitées à participer à la réunion du 9 octobre 2019. La seule circonstance que ces deux autorités n'ont pas participé à cette réunion n'est pas de nature à vicier la procédure. En outre, les dispositions précitées du code de l'urbanisme prévoient de recueillir l'avis du maire de la commune dont le document d'urbanisme est mis en compatibilité. Dès lors, l'absence de convocation à la réunion d'examen conjoint des communes membres de la communauté d'agglomération du Caudrésis et du Catésis, à l'exception des communes de Beaumont-en-Cambrésis et Béthencourt, qui ne sont au demeurant pas concernées par la mesure de mise en compatibilité, au sens de l'article L.153-54 du code de l'urbanisme, n'est pas de nature à vicier la procédure. Le moyen doit, dès lors, être écarté.
En ce qui concerne la compatibilité avec le schéma de cohérence territoriale :
9. Aux termes de l'article L.131-4 du code de l'urbanisme : " Les plans locaux d'urbanisme et les documents en tenant lieu ainsi que les cartes communales sont compatibles avec : 1° Les schémas de cohérence territoriale prévus à l'article L. 141-1 () ".
10. Pour apprécier la compatibilité d'un PLU avec un schéma de cohérence territoriale (SCoT), il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle de l'ensemble du territoire couvert en prenant en compte l'ensemble des prescriptions du document supérieur, si le plan ne contrarie pas les objectifs qu'impose le schéma, compte tenu des orientations adoptées et de leur degré de précision, sans rechercher l'adéquation du plan à chaque disposition ou objectif particulier.
11. Il ressort des pièces du dossier que si le SCoT du Cambrésis prévoit de limiter l'extension urbaine sur les surfaces agricoles, en évaluant néanmoins les besoins de consommations en terres agricoles à 400 hectares pour les 10 prochaines années, il prévoit aussi la mise en place de nouvelles conditions d'un développement économique facteur d'emplois et le développement de l'activité commerciale dans le respect des équilibres en place. Suivant ce schéma, le site de Caudry constitue un nouveau point de développement commercial vers l'Est dont l'offre existante doit être complétée, le terrain d'assiette du projet étant par ailleurs désigné comme une zone d'activités économiques d'intérêt prioritaire à créer à court terme. Le projet d'aménagement et de développement durables du SCoT indique en outre que le territoire bénéficie d'une offre de loisirs encore réduite qu'il convient de renforcer. Dans ces conditions, la délibération contestée ne méconnait pas les objectifs et orientations du SCoT du Cambrésis pris dans leur ensemble et le moyen tiré de l'incompatibilité de la mise en compatibilité du PLU de la commune de Caudry avec ce SCoT doit être écarté.
En ce qui concerne la méconnaissance de l'article L.101-2 du code de l'urbanisme :
12. Aux termes de l'article L.101-2 du code de l'urbanisme : " Dans le respect des objectifs du développement durable, l'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme vise à atteindre les objectifs suivants : / 1° L'équilibre entre : / a) Les populations résidant dans les zones urbaines et rurales ; / b) Le renouvellement urbain, le développement urbain et rural maîtrisé, la restructuration des espaces urbanisés, la revitalisation des centres urbains et ruraux, la lutte contre l'étalement urbain ; / c) Une utilisation économe des espaces naturels, la préservation des espaces affectés aux activités agricoles et forestières et la protection des sites, des milieux et paysages naturels ; / d) La sauvegarde des ensembles urbains et la protection, la conservation et la restauration du patrimoine culturel ; / e) Les besoins en matière de mobilité ; . / () / 3° La diversité des fonctions urbaines et rurales () en prévoyant des capacités de construction et de réhabilitation suffisantes pour la satisfaction, sans discrimination, des besoins présents et futurs de l'ensemble des modes () d'activités économiques, () culturelles et d'intérêt général ainsi que d'équipements publics et d'équipement commercial, en tenant compte en particulier des objectifs de répartition géographiquement équilibrée entre emploi, habitat, commerces et services, (), de diminution des obligations de déplacements motorisés et de développement des transports alternatifs à l'usage individuel de l'automobile / () / 6° La protection des milieux naturels et des paysages, la préservation de la qualité de l'air, de l'eau, du sol et du sous-sol, des ressources naturelles, de la biodiversité, des écosystèmes, des espaces verts ainsi que la création, la préservation et la remise en bon état des continuités écologiques ;()".
13. Ces dispositions imposent seulement aux auteurs des documents d'urbanisme d'y faire figurer des mesures tendant à la réalisation des objectifs qu'elles énoncent. En conséquence, il appartient au juge administratif d'exercer un simple contrôle de compatibilité entre les règles fixées par un plan local d'urbanisme et ces dispositions du code de l'urbanisme.
14. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment d'une étude de la chambre de commerce et d'industrie Hauts-de-France, que les commerces situés en centre-ville de Caudry représentent une soixantaine d'enseignes avec un taux de vacance des cellules commerciales limité à 7%, corrigé à 4% en taux de vacation réelle, soit un taux sensiblement inférieur à la moyenne nationale qui est évalué à 11%. Si cette même étude conclut à ce que l'évolution de la zone commerciale doit être surveillée afin d'éviter un phénomène de concurrence avec les commerces implantés au centre-ville, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet contesté ne répond pas à un besoin local dès lors qu'en ce qui concerne le secteur non-alimentaire près d'un quart des consommateurs locaux sont, en l'absence d'offres adéquates, amenés à effectuer leurs achats en dehors de la commune et de ses environs et qu'une complémentarité est par ailleurs recherchée entre les commerces du centre-ville et ceux à implanter dans la zone commerciale à travers notamment la mise en place de systèmes de fidélité croisés. Par ailleurs, la création d'un nouveau cinéma est elle aussi de nature à répondre à un besoin avéré eu égard à la seule programmation assurée par le cinéma municipal existant, à l'éloignement des autres salles de cinéma situées à plus de quarante-cinq kilomètres et au nombre potentiel d'usagers locaux d'une telle structure telle que cela ressort notamment d'une étude de marché réalisée en janvier 2018 à la demande de l'exploitant de la zone commerciale existante. La relocalisation de ces activités commerciales et culturelles est par suite de nature à permettre la limitation des déplacements motorisés existants. Au vu de l'ensemble de ces circonstances et malgré la destruction de terres agricoles induites par le projet, la mise en compatibilité contestée ne saurait être regardée comme créant, en elle-même, un déséquilibre manifeste entre les objectifs mentionnés au 1° de l'article L.101-2 du code de l'urbanisme et n'apparaît pas comme étant incompatible avec les dispositions du 3° du même article.
15. En second lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment de l'évaluation environnementale que le site du projet, du fait de son éloignement, présente un enjeu et une sensibilité faibles vis-à-vis du réseau Natura 2000 ainsi qu'en ce qui concerne la ZNIEFF de type 1 de Solesmes. Par ailleurs si sont présents sur le site des alouettes des champs, des étourneaux sansonnet, des moineaux domestiques et des perdrix grises, ainsi que des chiroptères en nombre important avec toutefois une diversité d'espèces assez faible, le risque que représente le projet sur leur habitat est faible pour la partie du projet constituée par la parcelle en jachère et la parcelle cultivée. Il est modéré pour la haie arbustive située sur la frange Ouest du site qui constitue un habitat de nidification et de repos pour la majorité des espèces d'oiseaux observées ainsi qu'un corridor important pour les chiroptères entre Béthencourt et Caudry. Toutefois, compte tenu de la mesure de préservation de cette haie prévue par le projet ainsi que des mesures concernant les chiroptères qui portent notamment sur la limitation de la pollution lumineuse, l'évaluation environnementale conclut en dernier lieu à un risque faible concernant les habitats et la biodiversité observée sur le terrain. Les requérants ne contestent pas sérieusement l'analyse ainsi faite au sein de l'évaluation environnementale. Dans ces conditions, le projet n'est pas incompatible avec les dispositions du 6° de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme.
16. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'incompatibilité de la délibération contestée avec les dispositions de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme doit être écarté en toutes ses branches.
En ce qui concerne les eaux pluviales et leur ruissellement :
17. Aux termes de l'article R.151-49 du code de l'urbanisme : " Afin de satisfaire aux objectifs, mentionnés à l'article L. 101-2, de salubrité, d'amélioration des performances énergétiques, de développement des communications électroniques, de prévention des risques naturels prévisibles, notamment pluviaux, le règlement peut fixer : / 1° Les conditions de desserte des terrains mentionnés à l'article L. 151-39 par les réseaux publics d'eau, d'énergie et notamment d'électricité et d'assainissement, ainsi que, dans les zones délimitées en application du 2° de l'article L. 2224-10 du code général des collectivités territoriales, les conditions de réalisation d'un assainissement non collectif ; / 2° Les conditions pour limiter l'imperméabilisation des sols, pour assurer la maîtrise du débit et de l'écoulement des eaux pluviales et de ruissellement, et prévoir le cas échéant des installations de collecte, de stockage voire de traitement des eaux pluviales et de ruissellement dans les zones délimitées en application du 3° et 4° de l'article L. 2224-10 du code général des collectivités territoriales ; () ".
18. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'évaluation environnementale du projet d'extension de la zone commerciale qu'avant toute mesure d'évitement, de réduction et de compensation, l'enjeu et la sensibilité au projet vis-à-vis du risque d'inondation par débordement et remontées de nappes phréatiques sont jugés faibles, la nappe n'étant pas sub-affleurante au droit du site. Si les requérants allèguent que ce risque a été sous-évalué, ils ne l'établissent en aucune manière. Il apparaît par ailleurs que, le secteur étant en pente et offrant peu de couvert végétal, la gestion des eaux pluviales est un enjeu pour prévenir et limiter les effets des phénomènes de ruissellement. A cet effet, l'article 4 de la zone 1AU3 du règlement du PLU de la commune de Caudry prévoit un principe général de traitement et d'infiltration des eaux pluviales sur site ou, en cas d'impossibilité, de rejet des eaux pluviales dans le réseau collecteur en respectant ses caractéristiques, les aménagements réalisés sur la parcelle devant être tels qu'ils garantissent l'écoulement direct et sans stagnation des eaux dans ce réseau. Le verdissement du parking minéral du projet et la conservation des espaces libres, qui doivent être aménagés en espaces verts, permettent aussi de réduire les risques afférents à ces phénomènes. Compte tenu de ces mesures, l'étude environnementale évalue le risque d'inondation à un niveau faible. Dans ces conditions, les requérants se bornant à faire valoir, sans étayer leurs allégations avec des éléments suffisamment précis, que l'évaluation n'aurait pas dû se fonder sur les relevés de précipitations de la station météorologique de Saint Quentin mais sur celles de stations plus proches, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 151-49 du code de l'urbanisme doit être écarté.
En ce qui concerne l'absence de prise en compte des effets de la crise sanitaire :
19. En se bornant à produire un article de presse relatif à l'évolution du e-commerce en 2020 en Australie, au Canada, en Chine, en Corée du Sud, à Singapour, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis et à soutenir que " le bruit court que les habitudes de clients seront durablement affectées " par la crise sanitaire, les requérants n'établissent pas que la commune aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation à ne pas surseoir à statuer sur la mise en compatibilité de son PLU ou à ne pas faire réaliser de nouvelles études postérieurement à la réunion d'examen conjoint du 9 octobre 2019 afin d'intégrer les effets connus et inconnus de la crise sanitaire sur le projet. Le moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.
En ce qui concerne l'intérêt général du projet :
20. Compte tenu de qui a été mentionné aux points 11, 14, 15, et 19 du présent jugement et eu égard aux objectifs économiques, sociaux et urbanistiques poursuivis par la commune de Caudry, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet serait dépourvu d'intérêt général. Par suite, le moyen doit être écarté.
21. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par la commune, que les conclusions à fin d'annulation de l'association " Le millenium contre-attaque ", de M. E, de Mme I, de M. F et de M. B doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Caudry, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme demandée par la commune de Caudry au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'association " Le millenium contre-attaque ", M. E, Mme I, M. F et M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Caudry présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association " Le millenium contre-attaque ", à M. G E, à Mme C I, à M. H F, à M. D B et à la commune de Caudry.
Délibéré après l'audience du 23 février 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Chevaldonnet, président,
- Mme Grard, première conseillère,
- M. Liénard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.
La rapporteure,
Signé
E. A
Le président,
Signé
B. CHEVALDONNET
La greffière,
Signé
M. J
La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026