jeudi 25 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2107493 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | NAVY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2021, Mme A D, représentée par Me Navy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 mai 2021 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui accorder le regroupement familial au bénéfice de son époux ainsi que la décision du 5 juillet 2021 rejetant son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord d'autoriser ce regroupement dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence de la signataire de la décision du 5 juillet 2021;
- cette décision est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la prestation de compensation du handicap (PCH) doit être prise en compte dans le calcul de ses ressources ;
- elle remplit les conditions de ressources posées à l'article 4 de l'accord franco-algérien dès lors qu'elle perçoit une fraction de la prestation de compensation du handicap de ses enfants en tant qu'aidante ;
- le refus a été pris en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a produit ni mémoire, ni pièces en défense.
Mme A D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 août 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Guyard a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A D, née le 3 octobre 1971 à Chlef (Algérie), ressortissante algérienne, est entrée en France en 2011 et bénéficie d'un titre de séjour " vie privée et familiale " valable jusqu'au 26 novembre 2021. Elle a épousé M. C B, résidant en Algérie, en 2016. Elle a sollicité le regroupement familial au bénéfice de son époux le 4 décembre 2020. Par un arrêté du 12 mai 2021, le préfet du Nord a rejeté la demande de la requérante et, par un courriel du 5 juillet 2021, il a confirmé sa décision à la suite du recours gracieux formé le 21 juin 2021. Par la présente requête, la requérante doit être regardée demandant l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision du 5 juillet 2021 est une décision de rejet du recours gracieux formée par Mme D contre l'arrêté du 12 mai 2021. La requérante ne peut utilement se prévaloir des erreurs de forme et de droit dont serait entachée cette décision portant rejet dès lors qu'elle entend rechercher l'annulation de la décision initiale. La décision du 5 juillet 2021 ne peut être regardée comme ayant entendu retirer ou modifier la décision initiale du 12 mai 2021. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire ainsi que ceux tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation dirigés à l'encontre de la décision de rejet du recours gracieux du 5 juillet sont inopérants.
3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les membres de famille qui s'établissent en France sont mis en possession d'un certificat de résidence de même durée de validité que celui de la personne qu'ils rejoignent. / Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. / Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1. Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont prises en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance ; / 2. Le demandeur ne dispose ou ne disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant en France ".
4. D'autre part, aux termes de l'article R. 411-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans ses dispositions applicables aux ressortissants algériens dès lors qu'elles sont compatibles avec les stipulations précitées de l'accord franco-algérien : " () les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période () ".
5. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que le caractère suffisant des ressources du demandeur de regroupement familial est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période, même si, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible pour le préfet de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de sa demande.
6. Il ressort des pièces du dossier que le département du Nord verse une prestation de compensation du handicap pour chacun des enfants de la requérante, tous deux majeurs handicapés mais vivants à son foyer. Cette prestation ne peut toutefois être prise en compte dès lors que l'article 4 de l'accord franco-algérien stipule que ne sont prises en compte que les ressources du demandeur et de son conjoint. Si Mme D fait valoir qu'elle perçoit une fraction de cette prestation, pour chacun de ses enfants, en sa qualité d'aidante familiale et que ces sommes doivent être assimilées à un revenu propre, elle n'établit cependant pas les percevoir effectivement dès lors que ses avis d'imposition au titre des années 2020 et 2021 font apparaître une absence de tout revenu. Enfin, s'agissant de l'année 2019, les revenus perçus par Mme D s'élèvent à 2 626 euros, ce qui ne lui permet pas de prétendre au regroupement familial. Dans ces conditions, Mme D ne peut être regardée comme remplissant la condition de ressources imposée aux demandeurs du regroupement familial. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur dans l'appréciation des ressources directes de l'intéressée.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme D s'est mariée en 2016 en Algérie alors qu'elle résidait en France depuis 2011 avec ses deux enfants handicapés. Si la requérante se prévaut de l'impossibilité qu'elle aurait désormais de se rendre en Algérie pour y voir son mari, eu égard à la situation de handicap de ses enfants, elle n'établit ni même n'allègue que le handicap de ses enfants se serait aggravé depuis son mariage en 2016. Par ailleurs, la seule mention d'allers et retours réguliers en Algérie ne permet pas de regarder la requérante comme établissant une intensité de relations avec son époux avec lequel elle n'a eu aucune vie commune depuis leur mariage. Dans ces conditions, compte tenu du but poursuivi et eu égard aux effets du refus de regroupement familial, la décision contestée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de Mme D au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 12 mai 2021 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de regroupement familial et de la décision du 5 juillet 2021 rejetant son recours gracieux. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à Me Navy et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 27 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Leguin, présidente,
Mme Guyard, première conseillère,
M. Borget premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.
La rapporteure,
signé
S. GUYARD
La présidente,
signé
A-M. LEGUIN
La greffière,
signé
S. SING
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026