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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2107630

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2107630

mercredi 29 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2107630
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP SAVOYE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 septembre 2021 et le 5 janvier 2022, M. A E, représenté par Me Forgeois, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 août 2021 par laquelle le sous-préfet de Valenciennes a ordonné le dessaisissement des armes et des munitions et de leurs éléments dont il est détenteur, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie, a procédé à son enregistrement au fichier national automatisé nominatif des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes et a retiré la validation de son permis de chasser ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation à détenir des armes de toute catégorie, de lui restituer ses armes, d'effacer son nom du fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes, ainsi que de lui restituer son permis de chasser, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il appartient à l'administration de justifier de l'existence d'une délégation de signature régulière et exécutoire au profit du signataire de l'arrêté contesté ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- à défaut pour le préfet d'établir que la personne ayant consulté le fichier des traitements de données personnelles était bien habilitée pour ce faire, l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article R. 312-67 du code de la sécurité intérieure et des articles 230-6 et 230-10 du code de procédure pénale ;

- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'article 47 de la loi du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, dès lors que le préfet s'est exclusivement fondé sur les données issues de traitements automatisés de données personnelles pour l'édicter ;

- il est entaché d'erreur de fait ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation et d'erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 312-3-1 et L. 312-11 du code de la sécurité intérieure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 décembre 2021, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- les conclusions de M. Groutsch, rapporteur public ;

- et les observations de Me Zkirim, substituant Me Forgeois, représentant M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. E a déposé auprès des services de la sous-préfecture de Valenciennes une déclaration d'acquisition pour une arme. Une enquête administrative menée par les services de la sous-préfecture a mis en évidence que l'intéressé était défavorablement connu des services de police, notamment du fait que par un jugement du tribunal correctionnel de Valenciennes du 25 octobre 2012, il a été condamné à une peine d'un an et six mois d'emprisonnement avec sursis, assorti d'une mise à l'épreuve pendant deux ans pour des faits d'agression sexuelle. Par un courrier du 29 juin 2021, notifié le 2 juillet 2021, le sous-préfet de Valenciennes a informé M. E de ce qu'il envisageait de prononcer une mesure de dessaisissement de ses armes et l'a invité à formuler des observations dans un délai de quinze jours, ce que l'intéressé a fait par courrier du 15 juillet 2021, par l'intermédiaire de son avocat. Par un arrêté du 6 août 2021, le sous-préfet de Valenciennes a ordonné, en application des dispositions des articles L. 312-11 et R. 312-67 du code de la sécurité intérieure, le dessaisissement définitif des armes de M. E dans un délai d'un mois, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie, a procédé à son enregistrement au fichier national automatisé nominatif des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) et a retiré la validation de son permis de chasser. Par la présente requête, M. E demande l'annulation de cet arrêté du 6 août 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 19 juillet 2021, publié au recueil des actes administratifs n° 164 du même jour, le préfet du Nord a donné délégation à M. B D, sous-préfet de Valenciennes, signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Les décisions ordonnant la saisie définitive des armes et des munitions en application de l'article L.312-9 du code de la sécurité intérieure, qui ne peuvent être regardées comme des mesures refusant une autorisation ou le renouvellement d'une autorisation de détention d'armes, constituent des mesures de police qui sont au nombre de celles soumises à l'obligation de motivation résultant de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

4. L'arrêté du 6 août 2021 par lequel le sous-préfet de Valenciennes a ordonné la saisie définitive des armes et munitions de M. E, comporte l'exposé des considérations de droit qui le fondent, notamment les articles L. 312-3, L. 312-11 à L. 312-13 et R. 312-67 du code de sécurité intérieure. Il mentionne également l'exposé des considérations de fait le justifiant et plus particulièrement les circonstances pour lesquelles le préfet a estimé que le comportement de M. E laissait craindre une utilisation dangereuse de ses armes pour lui-même ou pour autrui. Dans ces conditions le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 312-67 du code de la sécurité intérieure : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque () 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ".

6. Au titre des traitements automatisés des données personnelles figure notamment le traitement des antécédents judiciaires, l'article 230-10 du code de procédure pénale disposant que : " Les personnels spécialement habilités des services de la police et de la gendarmerie nationales désignés à cet effet ainsi que les personnels spécialement habilités de l'Etat investis par la loi d'attributions de police judiciaire, notamment les agents des douanes, les agents des services fiscaux et les inspecteurs de l'environnement mentionnés à l'article L. 172-1 du code de l'environnement, peuvent accéder aux informations, y compris nominatives, figurant dans les traitements de données à caractère personnel prévus par la présente section et détenus par chacun de ces services. L'habilitation précise la nature des données auxquelles elle autorise l'accès. L'accès, par tous moyens techniques mobiles, aux informations figurant dans les traitements de données à caractère personnel prévus par la présente section est ouvert aux seuls personnels de la police et de la gendarmerie nationales, des douanes et des services fiscaux et aux inspecteurs de l'environnement mentionnés au même article L. 172-1. ".

7. Dès lors que les dispositions citées au point 5 du code de sécurité intérieure prévoient la possibilité que certains traitements automatisés de données à caractère personnel soient consultés au cours de l'enquête conduite par l'administration dans le cadre de ses pouvoirs de police, préalablement à la décision de remise ou de dessaisissement d'arme, la circonstance que l'agent ayant procédé à cette consultation n'aurait pas été, en application des dispositions également citées ci-dessus du code de procédure pénale, individuellement désigné et régulièrement habilité à cette fin, si elle est susceptible de donner lieu aux procédures de contrôle de l'accès à ces traitements, n'est pas, par elle-même, de nature à entacher d'irrégularité la décision prise sur la demande d'agrément.

8. Par suite, le moyen tiré du défaut d'habilitation des personnes ayant procédé à la consultation du fichier de traitement des antécédents judiciaires est inopérant. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que les agents ayant pris connaissance de ce fichier disposaient d'habilitations à cet effet. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 47 de la loi du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés : " Aucune décision de justice impliquant une appréciation sur le comportement d'une personne ne peut avoir pour fondement un traitement automatisé de données à caractère personnel destiné à évaluer certains aspects de la personnalité de cette personne. Aucune décision produisant des effets juridiques à l'égard d'une personne ou l'affectant de manière significative ne peut être prise sur le seul fondement d'un traitement automatisé de données à caractère personnel, y compris le profilage () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'avance le requérant, le préfet ne s'est pas contenté pour édicter sa décision d'une simple consultation du TAJ, mais s'est également fondé sur un rapport administratif qui a été établi par les services de la direction centrale de la sécurité publique, ainsi que sur une saisie du procureur de la République près le tribunal judiciaire de Valenciennes. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation de la loi doit être écarté.

11. En cinquième lieu, s'il est constant que la décision contestée mentionne que M. E aurait déclaré détenir deux armes, alors que l'intéressé avait réalisé précédemment la cession de l'une de ses armes, cette mention doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, comme une simple erreur de plume. Le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur de fait doit, dès lors, être écarté.

12. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme des catégories B, C et D de s'en dessaisir. / Le dessaisissement consiste soit à vendre l'arme à une personne qui fabrique ou fait commerce des armes, mentionnée à l'article L. 2332-1 du code de la défense, ou à un tiers remplissant les conditions légales d'acquisition et de détention, soit à la neutraliser, soit à la remettre à l'Etat. Un décret en Conseil d'Etat détermine les modalités du dessaisissement. / Sauf urgence, la procédure est contradictoire. Le représentant de l'Etat dans le département fixe le délai au terme duquel le détenteur doit s'être dessaisi de son arme. ". Aux termes de l'article R. 312-67 de ce code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : () 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; () ".

13. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, M. E avait fait l'objet d'une condamnation prononcée le 25 octobre 2012 par le tribunal correctionnel de Valenciennes pour des faits d'agression sexuelle sur un mineur de 15 ans commis en septembre 2012, faits non contestés par le requérant qui se borne à soutenir qu'il n'a fait l'objet que de cette seule condamnation pénale dont il a respecté les prescriptions de mise à l'épreuve et que depuis lors sa situation personnelle est stable et son état de santé est compatible avec la détention d'armes comme en atteste son médecin traitant. Toutefois, ces faits caractérisent un comportement présentant un danger grave pour autrui au sens de l'article R. 312-67 du code de la sécurité intérieure et les éléments avancés par le requérant dont l'ancienneté des faits, ne peuvent être considérés comme de nature à effacer un comportement particulièrement inadapté et contraire à la sécurité des personnes et de l'intéressé. Dans ces conditions, en prononçant par arrêté du 6 août 2021 le dessaisissement des armes en la possession de M. E, le sous-préfet de Valenciennes n'a pas commis d'erreur d'appréciation ni même d'erreur de droit.

14. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 août 2021. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet du Nord

Copie en sera adressée, pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 8 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- M. Bourgau, premier conseiller,

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2023.

La présidente-rapporteure,

Signé

J. CL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

T. BOURGAU

La greffière,

Signé

S. MAUFROID

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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