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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2107708

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2107708

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2107708
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (1)
Avocat requérantCOHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 septembre 2021 et 10 mars 2022, Mme C B, représentée par Me Cohen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée 48SI du 12 février 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour défaut de points et lui a enjoint de restituer celui-ci dans un délai de dix jours ;

2°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré des points affectés à son permis de conduire à la suite des infractions constatées les 20 mars 2020, 17 mars 2020, 14 mai 2019, 17 janvier 2018, 28 décembre 2017, 25 juin 2017, 5 juin 2017, 22 janvier 2017 et 8 mars 2014 ;

3°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours gracieux en date du 4 mai 2021 ;

4°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son permis de conduire assorti des points illégalement retirés ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la réalité des infractions qui lui sont reprochées n'est pas établie ;

- l'information préalable obligatoire prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui a pas été délivrée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 décembre 2021, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme concluant :

1°) au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 3 mars 2017, 26 juillet 2017, 25 février 2018 et 25 juillet 2018 ;

2°) au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 3 mars 2017, 26 juillet 2017, 25 février 2018 et 25 juillet 2018 sont devenues sans objet ;

- aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Par une ordonnance du 18 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 2 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu le rapport de Mme A au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée 48SI du 12 février 2021, le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité du permis de conduire de Mme B pour solde de points nul et lui a enjoint de le restituer. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision 48SI, les décisions portant retrait de points consécutives aux infractions des 20 mars 2020, 17 mars 2020, 14 mai 2019, 17 janvier 2018, 28 décembre 2017, 25 juin 2017, 5 juin 2017, 22 janvier 2017 et 8 mars 2014 ainsi que la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours gracieux en date du 4 mai 2021.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Si, en défense, le ministre de l'intérieur soutient que les conclusions à fin d'annulation des décisions consécutives aux infractions des 3 mars 2017, 26 juillet 2017, 25 février 2018 et 25 juillet 2018 sont devenues sans objet, la requérante n'a présenté aucune conclusion en ce sens. Par suite, cette exception ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la réalité des infractions :

3. D'une part, en vertu des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, la réalité d'une infraction est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. Le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

4. D'autre part, en vertu de l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation régulière contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée entraîne l'annulation du titre exécutoire. En vertu de l'article R. 49-8 du même code, l'officier du ministère public saisi d'une réclamation recevable porte sans délai cette annulation à la connaissance du comptable de la direction générale des finances publiques. Il appartient ensuite à l'officier du ministère public soit de diligenter des poursuites devant la juridiction pénale au titre de l'infraction contestée, soit de classer l'affaire sans suite. Eu égard aux dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, l'annulation du titre exécutoire a pour conséquence que la réalité de l'infraction ne peut plus être regardée comme établie. L'autorité administrative doit, par suite, rétablir sur le permis de conduire les points qui avaient pu être retirés, sans préjudice d'un nouveau retrait si le juge pénal est saisi et prononce une condamnation.

5. Il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la recevabilité d'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, laquelle est appréciée par l'officier du ministère public sous le contrôle de la juridiction pénale devant laquelle l'auteur de la réclamation dispose d'un recours. Si le titulaire du permis de conduire peut utilement faire valoir devant le tribunal administratif, à l'appui d'une contestation relative au retrait de points, que la réalité de l'infraction n'est pas établie compte tenu de l'annulation du titre exécutoire du fait d'une réclamation, il ne saurait se borner à justifier de la présentation de cette réclamation mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a par suite entraîné l'annulation du titre. Cette preuve peut être apportée soit par un document émanant de l'autorité judiciaire, soit, au besoin, par le document couramment intitulé "bordereau de situation des amendes et des condamnations pécuniaires", tenu par le comptable public pour chaque contrevenant et dont la personne concernée peut obtenir communication en application de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration.

6. En l'espèce, il ressort du relevé d'information intégral de M. B, dont les informations sont issues du système national des permis de conduire que des titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée ont été émis à son encontre suite aux infractions des 20 mars 2020, 17 mars 2020, 14 mai 2019, 17 janvier 2018, 28 décembre 2017, 25 juin 2017, 5 juin 2017, 22 janvier 2017 et 8 mars 2014, sans que les dispositions précitées du code de la route n'exigent, pour l'établissement de la réalité des infractions, une preuve de notification. Si la requérante justifie de la présentation d'une réclamation en date du 29 septembre 2021, sur le fondement des dispositions de l'article 530 du code de procédure pénale, elle ne justifie par aucune pièce de ce qu'elle aurait été considérée comme recevable et bien-fondée. Par suite, la réalité de ces infractions doit être regardée comme établie.

En ce qui concerne le défaut d'information préalable :

7. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information.

S'agissant des infractions commises les 8 mars 2014, 22 janvier 2017, 14 mai 2019, 17 et 20 mars 2020 :

8. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. Le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée étant revêtu des mentions portant à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit ainsi à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que celui-ci était inexact ou incomplet. Il en va autrement si le contrevenant, qui conteste les éléments du relevé d'information intégral et l'attestation de paiement établie par le comptable public produite en défense par le ministre, apporte la preuve que le paiement de l'amende forfaitaire majorée est intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public.

9. Il résulte de l'instruction que les infractions commises les 8 mars 2014, 22 janvier 2017, 14 mai 2019, 17 et 20 mars 2020 par l'intéressée, qui ont été relevées par procès-verbal électronique, pour la première, et par l'intermédiaire d'un radar automatique, pour les suivantes, et ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires d'amendes forfaitaires majorées respectivement les 3 juillet 2014, 11 mai 2017, 29 juillet 2019, 1er novembre 2020 et 1er novembre 2020. Le ministre de l'intérieur produit un bordereau des amendes et condamnations concernant l'infraction du 8 mars 2014 ainsi que des attestations du trésorier du contrôle automatisé certifiant l'encaissement des amendes forfaitaires majorées correspondant aux infractions des 22 janvier 2017, 14 mai 2019, 17 et 20 mars 2020. Par ailleurs, le paiement de l'amende forfaitaire majorée correspondante à l'infraction du 14 mai 2019 est corroboré par la production, par la requérante elle-même, d'un bordereau de ses amendes et condamnations pécuniaires en faisant mention. Mme B ne produit aucun élément de nature à mettre en doute les faits ainsi attestés par les documents qui présentent, contrairement à ce qu'elle soutient, un caractère probant et n'établit pas davantage que le paiement serait intervenu par le biais d'un recouvrement forcé. L'intéressée a ainsi nécessairement reçu les formulaires d'avis de contravention, dont il n'est pas établi qu'ils auraient été inexacts ou incomplets, qui comportent une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Enfin, la circonstance que le procès-verbal électronique relatif à l'infraction du 8 mars 2014 n'ait pas, quant à lui, comporté l'ensemble des informations requises par ces dispositions apparait, compte tenu de ce qui précède, sans incidence sur la légalité de la décision de retrait de points correspondante. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information doit, s'agissant de ces infractions, être écarté.

S'agissant de l'infraction commise le 17 janvier 2018 :

10. Cette infraction, constatée par l'intermédiaire d'un radar automatique, a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire et d'un avis de l'amende forfaitaire majorée n° 061181268254 en date du 29 juin 2018. Cet avis, qui comporte l'ensemble des mentions requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, a été envoyé à une adresse, mentionnée en en-tête, située rue de l'intendance à Maubeuge, présenté le 4 juillet 2018, laissé en instance au sein du bureau de poste " Maubeuge Pal " et retourné avec la mention " avisé et non réclamé ". Dans ces conditions, alors que l'intéressée ne soutient ni même n'allègue qu'elle ne résidait pas à cette adresse à cette date, l'avis d'amende forfaitaire majorée correspondant à cette infraction est réputé lui avoir été régulièrement notifié. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'information ne peut, s'agissant de cette infraction, qu'être écarté.

S'agissant des infractions commises les 28 décembre 2017, 5 et 25 juin 2017 :

11. Il résulte de l'instruction que ces infractions ont été constatées par radar automatique. S'il ressort du relevé d'information intégral qu'elles ont donné lieu, en application des dispositions de l'article 529-2 du code de procédure pénale, à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, cette circonstance, qui établit la réalité des infractions, n'est toutefois pas de nature à établir que la requérante aurait reçu l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par ailleurs, si le ministre de l'intérieur produit un exemplaire anonymisé d'avis de contravention qui comporte les informations prescrites par l'article L. 223-3 du code de la route, ce document ne permet pas d'établir que Mme B aurait été destinataire de l'avis émis à son encontre et, par suite, des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. L'intéressée est dès lors fondée à soutenir que les décisions par lesquelles le ministre a retiré un total de trois points du capital de son permis de conduire à la suite de ces infractions sont intervenues à la suite d'une procédure irrégulière.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est seulement fondée à demander l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 28 décembre 2017, 5 et 25 juin 2017.

13. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nul. Dès lors que la décision du ministre de l'intérieur constatant la perte de validité du permis de conduire de Mme B fait état de décisions de retrait de points annulées par le présent jugement et que le solde de points du permis de Mme B est donc redevenu positif du fait de ces annulations, la décision ministérielle en date du 12 février 2021, qui invalide le permis litigieux et enjoint sa restitution, doit être annulée. Par voie de conséquence, la décision implicite contestée portant rejet du recours gracieux de la requérante doit également être annulée en tant qu'elle porte sur la décision 48SI du 12 février 2021 ainsi que sur les décisions de retrait de points citées au point précédent.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

14. Le présent jugement implique nécessairement que l'administration restitue à Mme B, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, son permis de conduire ainsi que les trois points qui lui ont été irrégulièrement retirés à la suite des infractions commises les 28 décembre 2017, 5 juin et 25 juin 2017, dans la limite du capital de points affecté à son permis de conduire et sous réserve des infractions non prises en compte à la date de la décision qui l'a invalidé.

Sur les frais liés au litige :

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision référencée 48SI du 12 février 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité du titre de conduite de Mme B pour défaut de points et lui a enjoint de le restituer est annulée.

Article 2 : Les décisions du ministre de l'intérieur portant retrait de points consécutives aux infractions constatées les 28 décembre 2017, 5 juin et 25 juin 2017 sont annulées.

Article 3 : La décision implicite portant rejet du recours gracieux présenté par Mme B en date du 4 mai 2021 est annulée en tant qu'elle porte sur les décisions mentionnées aux deux premiers articles du présent jugement.

Article 4 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de restituer à Mme B, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, son permis de conduire ainsi que les trois points illégalement retirés suite aux infractions des 28 décembre 2017, 5 juin et 25 juin 2017, dans la limite du capital de points affecté à son permis de conduire et sous réserve des infractions non prises en compte à la date de la décision qui l'a invalidé.

Article 5 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

La magistrate désignée,

signé

C. A

La greffière,

signé

S. SING

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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