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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2107712

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2107712

mercredi 7 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2107712
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantHELLAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 septembre 2021, M. B D, représenté par Me Hellal, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2021 par lequel le préfet du Nord a prononcé la fermeture administrative de l'établissement " Bar à pizza " pour une durée de sept jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire dès lors que l'administration n'a pas pris en compte ses observations émises suite à la mise en demeure du 9 juillet 2021 ;

- elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 janvier 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2021-689 du 31 mai 2021 ;

- le décret n°2021-699 du 1er juin 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Horn,

- les conclusions de M. Groutsch, rapporteur public,

- et les observations de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D exploite en tant que gérant un établissement de type restaurant - " Le Bar à Pizza " au 121 rue Masséna à Lille. Par arrêté du 28 juillet 2021, dont M. D demande l'annulation, le préfet du Nord a ordonné la fermeture administrative temporaire de l'établissement " Le Bar à Pizza " pour une durée de 7 jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 19 juillet 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 164 du même jour, le préfet du Nord a donné délégation à M. C A, directeur de cabinet du préfet du Nord, à l'effet de signer, notamment, dans le périmètre de l'arrondissement de Lille, " les mesures réglementaires ou individuelles prises en application de la loi n° 2020-1379 du 14 novembre 2020 autorisant la prorogation de l'état d'urgence sanitaire et portant diverses mesures de gestion de la crise sanitaire (1) et de ses décrets d'application () ". Or, l'arrêté attaqué a été pris en application du décret du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire lequel est intervenu en application de la loi n° 2021-689 du 31 mai 2021 relative à la gestion de la sortie de crise sanitaire. Il ne ressort en outre pas de l'arrêté de délégation du 19 juillet 2021 que M. A bénéficie d'une délégation portant sur les mesures d'application du décret du 1er juin 2021. En l'absence de délégation permettant à M. A de prendre la décision de fermeture d'un établissement recevant du public prise en application de l'article 29 du décret du 1er juin 2021 précité, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être accueilli.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. D'une part, l'arrêté contesté vise les dispositions dont il fait application, le code de la santé publique, et notamment son article L.3136-1, ainsi que le décret du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire. D'autre part, il ressort des termes de l'arrêté qu'il se fonde sur le rapport de police ayant constaté le 22 juin 2021 la méconnaissance des mesures dites " barrières " au sein de l'établissement, notamment l'absence de port du masque par deux clients de l'établissement ainsi que le défaut d'affichage de manière visible de la capacité maximale d'accueil de l'établissement. L'arrêté attaqué mentionne ainsi de façon suffisamment circonstanciée pour permettre à la société " Bar à pizza " de les discuter, les motifs de droit et les circonstances de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 29 du décret du 1er juin 2021 : " Le préfet de département est habilité à interdire, à restreindre ou à réglementer, par des mesures réglementaires ou individuelles, les activités qui ne sont pas interdites en vertu du présent titre. / Lorsque les circonstances locales l'exigent, le préfet de département peut en outre fermer provisoirement une ou plusieurs catégories d'établissements recevant du public ainsi que des lieux de réunions, ou y réglementer l'accueil du public. / Le préfet de département peut, par arrêté pris après mise en demeure restée sans suite, ordonner la fermeture des établissements recevant du public qui ne mettent pas en œuvre les obligations qui leur sont applicables en application du présent décret ". En application de ces dispositions, le préfet ne peut prononcer la fermeture administrative d'un établissement de manière provisoire lorsque ce dernier ne met pas en œuvre les obligations qui lui incombent, qu'après une mise en demeure restée sans suite.

6. Il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 2 juillet 2021, reçu le 9 juillet 2021, le préfet du Nord a mis M. D en demeure de respecter les mesures sanitaires anti-covid et l'a invité à présenter ses observations sur les mesures qu'il entend prendre pour respecter ces mesures sanitaires sous 48 heures sous peine de fermeture administrative temporaire de l'établissement. Il ressort également des pièces du dossier que si M. D a adressé un courriel d'observations le 11 juillet 2021, celui-ci n'a pas été adressé à l'adresse électronique indiquée dans la mise en demeure du 2 juillet 2021. Dans ces conditions, alors qu'il ressort des pièces du dossier que la mise en demeure est restée sans suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 40 du décret du 1er juin 2021 : " Les établissements relevant des catégories mentionnées par le règlement pris en application de l'article R. 123-12 du code de la construction et de l'habitation figurant ci-après ne peuvent accueillir du public que dans le respect des conditions prévues au présent article : () / 1° Etablissements de type N : Restaurants et débits de boisson ; () / III. - Pour la restauration collective en régie ou sous contrat, la restauration assurée au bénéfice exclusif des professionnels du transport routier, ainsi que dans les établissements mentionnés au I du présent article situés dans des départements ou territoires autres que ceux mentionnés à l'annexe 2, les gérants des établissements mentionnés au I organisent l'accueil du public dans les conditions suivantes : () / 4° La capacité maximale d'accueil de l'établissement est affichée et visible depuis la voie publique lorsqu'il est accessible depuis celle-ci. / IV. - Portent un masque de protection : / 1° Le personnel des établissements ; / 2° Les personnes accueillies de onze ans ou plus lors de leurs déplacements au sein de l'établissement ".

8. En l'espèce, il ressort du rapport d'intervention de l'agent de police judiciaire du 22 juin 2021 que l'établissement portant enseigne " Bar à pizza " ne présentait pas l'affichage de capacité d'accueil et que deux de ses clients ne portaient pas de masque lors de l'intervention des agents de police à 23h30, la matérialité de ces faits n'étant pas contestée. Les faits ainsi constatés sont intervenus en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 40 du décret du 10 juillet 2020. Toutefois, compte tenu de l'absence de gravité du défaut d'affichage de la capacité d'accueil de l'établissement et du port du masque par seulement deux clients de l'établissement, et surtout en l'absence de situation de réitération de la méconnaissance des prescriptions de l'article 40 du décret du 1er juin 2021, la durée de la fermeture provisoire, de sept jours, n'est pas proportionnée au but poursuivi de lutte contre l'épidémie de covid-19. Dès lors, M. D est fondé à soutenir que la fermeture administrative de son établissement d'une durée de sept jours est disproportionnée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. D est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 juillet 2021 par lequel le préfet du Nord a prononcé la fermeture administrative de l'établissement " Bar à pizza " pour une durée de sept jours.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à M. D sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 28 juillet 2021 par lequel le préfet du Nord a prononcé la fermeture administrative de l'établissement " Bar à pizza " pour une durée de sept jours est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à M. D une somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- M. Bourgau, premier conseiller,

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. HORNLa présidente,

Signé

J. FÉMÉNIALa greffière,

Signé

P. MAGHRI

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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