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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2107717

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2107717

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2107717
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGOMMEAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 septembre 2021 et 30 novembre 2021, Mme A C, représentée par Me Gommeaux, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 29 avril 2021 par lequel le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " et à l'abrogation de la décision en date du 29 avril 2021 lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé :

- le préfet du Nord ne justifie pas avoir procédé à la consultation préalable et dans des conditions régulières du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- il a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet du Nord a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ces mêmes dispositions ;

En ce qui concerne la décision implicite refusant la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet du Nord a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

- en l'absence de réponse à sa demande de communication des motifs, la décision attaquée est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2021, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 30 novembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 décembre 2021.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Lille en date du 19 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Guillaud, substituant Me Gommeaux, avocate de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante seychelloise née le 29 mai 1998, est entrée en France le 30 août 2017 munie d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Le 31 août 2018, elle a obtenu le bénéfice d'une carte de séjour pluriannuelle en qualité d'étudiante valable jusqu'au 30 octobre 2020. Le 17 septembre 2020, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Par un arrêté du 29 avril 2021, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Mme C demande l'annulation de cet arrêté, ainsi que de la décision de rejet de son recours gracieux. Elle demande également l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a rejeté la demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiante qu'elle a présentée le 17 mai 2021.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : / () / 11° À l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. () ". Aux termes de l'article R. 313-22 de ce code : " () / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ". Aux termes de l'article R. 313-23 du même code : " () / Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'office. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / () ". Il appartient au préfet, lorsqu'il statue sur une demande de carte de séjour, de s'assurer que l'avis a été rendu par le collège de médecins conformément aux règles procédurales fixées par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et par l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

3. En se bornant à soutenir qu'il appartient à l'administration de justifier de la réalité et du bon déroulement de la procédure suivie devant le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, Mme C ne conteste pas sérieusement les éléments versés au dossier par le préfet du Nord, desquels il résulte que ce collège a émis son avis au vu d'un rapport daté du 2 décembre 2020, établi par un médecin de cet office qui n'a par ailleurs pas siégé au sein de cette instance lors de l'examen de la situation de l'intéressée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

4. En second lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, qui avait seulement demandé un titre de séjour pour raisons de santé, n'a pas déposé, antérieurement à l'arrêté attaqué du 29 avril 2021, une demande de titre de séjour en qualité d'étudiante. Il ressort également des pièces du dossier que le préfet du Nord n'a pas examiné d'office le droit au séjour de la requérante sur ce fondement. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet du Nord a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle en ne lui délivrant pas un titre de séjour portant la mention " étudiant " ne peut qu'être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision en date du 29 avril 2021 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour pour raisons de santé, ensemble la décision rejetant le recours gracieux formé contre cette décision.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite refusant la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiante :

7. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. / () ". Ces dispositions permettent à l'administration d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies.

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée sur le territoire français le 30 août 2017, munie d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour en qualité d'étudiante, et qu'elle a par la suite obtenu la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle afin de poursuivre ses études en France. Malgré la dégradation de son état de santé, qui a entraîné la reconnaissance administrative de son handicap, l'intéressée a validé son diplôme de licence en lettres modernes, après trois années d'études. Elle s'est ensuite inscrite en licence d'anglais en vue d'intégrer, dans un second temps, un master en traduction français-anglais. Le préfet du Nord ne conteste pas le caractère sérieux et cohérent, qui ressort au demeurant des pièces du dossier, du parcours universitaire de Mme C. Il n'est pas non plus contesté, au regard des éléments versés au dossier, que celle-ci dispose de moyens d'existence suffisants. Les circonstances que la requérante n'ait pas justifié au soutien de sa demande, être inscrite pour l'année universitaire 2021-2022 dans un établissement d'enseignement supérieur et qu'elle ne démontre pas être dans l'impossibilité de poursuivre ses études dans son pays d'origine sont par elles-mêmes dépourvues de toute incidence. Dans ces conditions, Mme C est fondée à soutenir que la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiante est entachée d'une erreur d'appréciation et, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens qu'elle a soulevés, à en demander l'annulation.

Sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination de cette mesure et faisant interdiction de retour pour une durée d'un an :

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, Mme C est fondée à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle de la décision en date du 29 avril 2021 par laquelle le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et, par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, à demander l'annulation de cette décision, ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour par lesquelles la même autorité a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français, ainsi que de la décision implicite de rejet du recours gracieux formé contre ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

10. L'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé de délivrer à Mme C un titre de séjour portant la mention " étudiant " implique nécessairement que cette autorité réexamine la situation de l'intéressée et lui délivre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet du Nord d'y procéder, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

11. Mme C ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Lille en date du 19 juillet 2021, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Gommeaux d'une somme de 1 000 euros à ce titre, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

DÉCIDE :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé de délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " à Mme C est annulée.

Article 2 : Les décisions en date du 29 avril 2021 par lesquelles le préfet du Nord a fait obligation à Mme C de quitter le territoire français, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an sont annulées, ensemble la décision de rejet du recours gracieux de Mme C.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de réexaminer la situation de Mme C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'État versera à Me Gommeaux, avocate de Mme C, une somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Julie Gommeaux et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Dang, première conseillère,

- Mme Lançon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

L. DANGLe président-rapporteur,

Signé

O. B

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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