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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2107792

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2107792

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2107792
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBERTHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 septembre et 4 novembre 2021, M. B A, représenté par Me Berthe, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 13 septembre 2021 par lesquelles le préfet du Nord a rejeté sa demande de délivrance d'une carte de résident, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qu'il versera à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, faute de consultation préalable de la commission du titre de séjour, conformément aux dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations du c de l'article 10-1 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en ce qu'elle repose sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est dépourvue de base légale dès lors qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire elle-même illégale ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 novembre 2021, le préfet du Nord, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête sont infondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 13 janvier 2023 par une ordonnance du 29 décembre 2022.

M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 novembre 2021.

Vu :

- le jugement du magistrat désigné du présent tribunal administratif n° 2107792 du 2 décembre 2021 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu le rapport de Mme Piou au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien né le 12 janvier 1990 à Tataouine (Tunisie), a bénéficié d'un titre de séjour valable du 22 juillet 2020 au 21 juillet 2021 en qualité de parent d'un enfant français. Le 17 mai 2021, il a présenté une demande de carte de résident en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Par l'arrêté du 13 septembre 2021 contesté, le préfet du Nord lui en a refusé la délivrance ainsi que celle d'un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français, a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur l'étendue du litige :

2. Par un jugement n° 2107792 du 2 décembre 2021, le magistrat désigné de ce tribunal a renvoyé à la formation collégiale compétente pour en connaître les conclusions du requérant tendant à l'annulation de la décision du 13 septembre 2021 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'a admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, a annulé les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et fixation du pays de destination, a enjoint au préfet du Nord de réexaminer sa situation sous un mois et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour et a mis à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 900 euros sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.

3. Il suit de là que seules restent en litige les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 13 septembre 2021 refusant à M. A la délivrance d'un titre de séjour et celles à fin d'injonction de réexamen de sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. D'une part, aux termes de l'article 10-1 c) de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail : " Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français : / () / c) Au ressortissant tunisien qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France, à la condition qu'il exerce, même partiellement, l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. / () ". Aux termes de l'article 372 du code civil : " Les père et mère exercent en commun l'autorité parentale () ". En vertu des articles 373-2-1, 378 et suivants du code civil, le retrait de l'autorité parentale est prononcé par une décision du tribunal de grande instance. Selon l'article 373-2 du même code, la séparation des parents est sans effet sur les règles de dévolution de l'exercice de l'autorité parentale.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-7 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". Ces dispositions s'appliquent aux ressortissants tunisiens dont la situation est examinée sur le fondement du c) de l'article 10 de l'accord franco-tunisien. Si le préfet n'est tenu de saisir la commission que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par ces textes auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent, la circonstance que la présence de l'étranger constituerait une menace à l'ordre public ne le dispense pas de son obligation de saisine de la commission.

6. Pour rejeter la demande présentée par M. A tendant à la délivrance d'un titre de séjour, le préfet du Nord s'est fondé, d'une part, sur la circonstance qu'il ne subvenait pas effectivement aux besoins de son enfant au sens des stipulations précitées de l'article 10-1 c) de l'accord franco-tunisien, et d'autre part, sur la menace à l'ordre public que constitue sa présence en France.

7. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A est père d'un enfant français né le 13 mars 2020. En application des dispositions précitées du code civil, il exerce l'autorité parentale conjointement avec la mère de son enfant et le préfet ne le conteste d'ailleurs pas. Le préfet du Nord ne pouvait, par suite, en l'absence de toute décision du juge judiciaire lui ayant retiré l'exercice de l'autorité parentale, refuser de lui délivrer la carte de résident prévue à l'article 10-1 c) de l'accord franco-tunisien précité au motif que M. A ne subvenait pas effectivement aux besoins de son enfant, laquelle constitue une condition alternative et non cumulative. Dès lors qu'il remplissait effectivement les conditions pour prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour d'une durée de dix ans sur le fondement des stipulations précitées de l'article 10-1 c) de l'accord franco-tunisien, il appartenait au préfet de saisir la commission du titre de séjour préalablement à l'édiction de la décision en litige. Le vice de procédure invoqué doit, par suite, être accueilli.

8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision contestée doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la situation de M. A, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

10.

Par ailleurs, il y a également lieu d'enjoindre à ce préfet de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, conformément aux dispositions des articles R. 431-12 et R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 13 septembre 2021 par laquelle le préfet du Nord a refusé de délivrer à M. A une carte de résident est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 29 août 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

M. Borget, premier conseiller,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

La rapporteure,

signé

C. PIOU

La présidente,

signé

A-M. LEGUINLa greffière,

signé

C. CALIN

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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