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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2107982

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2107982

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2107982
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantINGELAERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 octobre 2021 et 9 février 2023, la société Lemael, représentée par la SELARL Ingelaere Partners Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 août 2021 par lequel la maire de la commune de Lille a refusé de lui délivrer un permis de construire une maison semi-individuelle sur un terrain sis

102 rue Fénelon à Hellemmes, parcelle cadastrée AC 159 ;

2°) d'enjoindre à la maire de la commune de Lille de lui délivrer le permis de construire sollicité ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Lille la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de l'application des dispositions de l'article R.111-27 du code de l'urbanisme, reprises au règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la métropole européenne de Lille (MEL), dès lors que le projet, qui se situe dans un site sans qualité architecturale particulière, n'est pas de nature à porter atteinte aux lieux avoisinants ;

- il est illégal dès lors que le maire aurait dû lui délivrer un permis de construire assorti de prescriptions en ce qui concerne la couleur des matériaux utilisés.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 décembre 2022, la commune de Lille conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société Lemael ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grard,

- et les conclusions de M. Liénard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa requête, la société Lemael demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 août 2021 par lequel la maire de la commune de Lille a refusé de lui délivrer le permis sollicité le 16 avril 2021 en vue de la construction d'une maison semi-individuelle sur un terrain sis 102 rue Fénelon à Hellemmes, parcelle cadastrée AC 159.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et, en l'absence ou en cas d'empêchement des adjoints ou dès lors que ceux-ci sont tous titulaires d'une délégation à des membres du conseil municipal. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que par un arrêté n°185 du 20 juillet 2020, transmis au contrôle de légalité le 20 juillet 2020 et affiché le 21 juillet 2020, la maire de la commune de Lille a délégué à M. B A, signataire de l'arrêté attaqué en sa qualité d'adjoint à la maire, l'exercice des fonctions de gestion des dossiers et questions d'urbanisme, sous sa surveillance et sa responsabilité, ainsi que la signature, notamment, des " arrêtés portant délivrance, ou refus de délivrance d'autorisation d'urbanisme, à savoir : les décisions () de refus () de permis (de construire, de démolir et d'aménager). ". Une telle délégation, suffisamment précise, permettait ainsi à M. A de signer la décision de refus de permis de construire contestée. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R.111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ". Aux termes du I de la section I du chapitre 3 du titre 2 du livre I du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la métropole européenne de Lille (MEL) : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".

5. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

6. Il ressort des pièces du dossier que le projet objet de la demande de permis de construire se situe dans le secteur de l'ancienne cité ouvrière La Chapelle d'Elocques et plus particulièrement au n°102 de la rue Fénelon dont le rang, côté pair, a été classé du n° 88 au

n°122 au sein de l'inventaire du patrimoine métropolitain architectural, urbain et paysager, en tant que cité emblématique et témoin du passé industriel de la commune, l'ensemble de bâtiments conférant au quartier un caractère certain et constituant un ensemble rare et un patrimoine de qualité à conserver. Ceux-ci disposent ainsi d'une forte unité architecturale, se composant de maisons d'habitation mitoyennes alignées en front de rue, de gabarit identique, en R+1, avec une façade de briques rouges et un soubassement maçonné, des toits en tuile rouge et une homogénéité d'alignement et de couleur des ouvertures blanches perçant les façades. Dans ces conditions, l'environnement dans lequel s'insère le projet présente une unité d'ensemble particulière ainsi qu'un caractère et un intérêt marqués. Le projet en litige, qui consiste en la construction d'une maison d'habitation semi-mitoyenne, bien qu'il présente un gabarit identique aux maisons environnantes et se compose d'un R+1, rompt l'homogénéité architecturale du secteur, dès lors que le garage prévu en façade constitue une rupture dans la ligne des ouvertures en rez-de-chaussée des maisons, que le toit sera constitué de tuiles grises plates, que les huisseries seront réalisées en aluminium gris, que les soubassements seront réalisés en briques grises et que la teinte rouge rubis RAL3003 de la brique de façade ne correspond pas à celle des briques présentes dans les constructions avoisinantes. Dans ces conditions, la maire de la commune de Lille n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point 4 du présent jugement en refusant le permis de construire sollicité au motif de l'atteinte portée par le projet à l'intérêt et à la qualité des lieux avoisinants.

7. En troisième lieu, l'administration ne peut assortir une autorisation d'urbanisme de prescriptions qu'à la condition que celles-ci, entraînant des modifications sur des points précis et limités et ne nécessitant pas la présentation d'un nouveau projet, aient pour effet d'assurer la conformité des travaux projetés aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect. En outre, pour l'application des dispositions du code de l'urbanisme ou du plan local d'urbanisme qui prévoient expressément la possibilité pour l'administration de n'accepter le projet que sous réserve de prescriptions spéciales, un permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales.

8. Ainsi qu'il a été dit au point 6, le projet de la société pétitionnaire méconnaît les dispositions du I de la section I du chapitre 3 du titre 2 du livre I du règlement du PLUi de la MEL du fait de l'implantation d'un garage en façade, du traitement de la toiture en tuiles grises plates, de l'emploi d'un aluminium gris pour la réalisation des huisseries, de la réalisation de soubassements en briques grises et de la teinte des briques de façade. Eu égard à leur ampleur par rapport à la nature du projet, l'édiction de prescriptions permettant d'en assurer la conformité avec les dispositions méconnues du PLUi de la MEL ne pouvait porter sur des points précis et limités. Dans ces conditions, c'est à bon droit que la maire de Lille a estimé qu'il n'était pas légalement possible au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales. Le moyen de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que la société Lemael n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 26 août 2021 par lequel la maire de la commune de Lille a refusé de lui délivrer un permis de construire une maison semi-individuelle sur un terrain sis 102 rue Fénelon à Hellemmes, parcelle cadastrée AC 159. Il y a lieu, par conséquent, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Lemael est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Lemael et à la commune de Lille.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Leclère, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

E. GRARDLe président,

signé

B. CHEVALDONNET

La greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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