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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2108010

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2108010

vendredi 15 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2108010
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantBERTHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 octobre 2021, M. A B, représenté par Me Berthe, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2021 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a rejeté sa demande de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des frais irrépétibles sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la décision émane d'une autorité incompétente ;

- elle est contraire à l'article 6 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour ;

- la décision émane d'une autorité incompétente ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire, enregistré le 4 novembre 2021, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 8 novembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 décembre 2021.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par décision du 13 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 11 juin 1985, est entré en France le 1er mai 2012 selon ses déclarations. Il s'est marié le 25 juillet 2020 avec une ressortissante française et a demandé, à ce titre, la délivrance d'un certificat de résidence le 31 décembre 2020. Par l'arrêté attaqué du 19 juillet 2021, le préfet du Pas-de-Calais a rejeté sa demande de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par M. Francis Manier, conseiller d'administration au ministère de l'intérieur et directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Pas-de-Calais, bénéficiaire d'une délégation de signature concernant notamment les décisions de refus de titre de séjour, délégation consentie par l'arrêté n° 2020-10-31 du préfet du Pas-de-Calais en date du 22 avril 2021, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs n° 51 du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux manque donc en fait et ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".

4. Il est constant que M. B a présenté une demande de séjour sur le fondement des stipulations du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé. Dès lors, il ne peut utilement soutenir que la décision de refus de séjour serait contraire au 5° de cet article. Par suite, le moyen, qui est inopérant, ne peut qu'être écarté.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B entretient une relation amoureuse avec une ressortissante française depuis la fin de l'année 2019 et s'est marié avec elle le 25 juillet 2020, date à laquelle il s'est installé dans le département du Pas-de-Calais. Si le requérant soutient résider en France depuis le 1er mai 2012, les pièces qu'il produit ne démontrent qu'une présence sur le territoire national depuis l'année 2014. En outre, durant son séjour en France, M. B a fait l'objet de deux précédentes obligations de quitter le territoire français, prises respectivement le 6 avril 2018 par le préfet de Seine-Saint-Denis et le 2 juillet 2020 par le préfet du Pas-de-Calais, qui n'ont pas été exécutées. Dès lors, compte tenu du caractère récent du mariage de M. B, dont la sincérité n'est pas contestée, et de ses conditions de séjour, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué aurait porté à son droit au respect à une vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, la décision de refus de séjour n'étant pas entachée des illégalités invoquées, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français serait entachée d'illégalité.

8. En deuxième lieu, les moyens tirés de ce que l'obligation de quitter le territoire français émanerait d'un auteur incompétent et serait contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 2 et 6.

9. En dernier lieu, les circonstances selon lesquelles M. B est marié, vit avec son épouse depuis deux ans, est bien intégré dans sa belle-famille et travaille dans une boucherie en région parisienne ne permettent pas d'établir que l'autorité préfectorale aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement sur sa situation personnelle. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction assorties d'astreinte et celles relatives aux frais non compris dans les dépens ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet du Pas-de-Calais et à Me Berthe.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Marjanovic, président,

- M. Vandenberghe, premier conseiller,

- M. Caustier, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé

G. CLe président,

Signé

V. MARJANOVICLa greffière,

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

5

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