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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2108015

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2108015

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2108015
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 octobre 2021, Mme A E B, représentée par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 21 mai 2021 par laquelle le directeur de la direction territoriale de Lille de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle a été prise en méconnaissance des articles L. 744-7 et D. 744-39 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence d'information préalable de la possibilité que les conditions matérielles d'accueil soient retirées ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en raison de la méconnaissance du droit d'être entendu et de présenter des observations préalables garanti par les dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence d'évaluation de sa vulnérabilité, en méconnaissance des articles L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence d'examen des documents à caractère médical et d'avis par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en méconnaissance des articles L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des articles 20 et 21 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de preuve qu'elle a été déclarée en fuite ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de prise en compte de la fragilité de son état de santé ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des articles 20 et 21 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et des articles L. 744-6 et L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle n'a pas été prise à l'issue d'un examen particulier de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 15 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 janvier 2022.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Lille en date du 19 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Lemaire a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante ivoirienne, a demandé l'asile en France le 7 août 2020. Elle a accepté le même jour l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Par une décision en date du 4 septembre 2020, le préfet du Nord a ordonné son transfert vers l'Espagne, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile. Mme B ne s'est toutefois pas présentée à l'embarquement du vol pour Barcelone prévu le 10 février 2021 et elle a été déclarée en fuite le 16 février 2021. Elle demande au tribunal d'annuler la décision en date du 21 mai 2021 par laquelle le directeur territorial de Lille de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

2. En premier lieu, par une décision en date du 1er septembre 2020, régulièrement publiée sur le site internet de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le directeur général de cet office a donné délégation à M. C D, directeur territorial à Lille, à l'effet de signer la décision en litige, laquelle relève des missions dévolues à cette direction. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige manque en fait.

3. En deuxième lieu, la décision contestée mentionne les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit dès lors être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ; / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. () ". Aux termes de l'article D. 744-39 du même code, dans sa version applicable au litige : " L'offre de prise en charge faite au demandeur d'asile en application de l'article L. 744-1 fait mention de la possibilité pour le demandeur d'asile de se voir refuser, retirer ou suspendre le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile dans les conditions prévues par la présente sous-section ".

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil, que Mme B a été informée le 7 août 2020, dans une langue qu'elle comprend, des conditions et modalités de suspension, de retrait et de refus des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 744-7 et D. 744-39 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En quatrième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur version applicable au litige, telles qu'éclairées par la décision du Conseil d'État nos 428530, 428564 du 31 juillet 2019, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration peut, après examen de sa situation particulière, par une décision motivée et après l'avoir mis, sauf impossibilité, en mesure de présenter ses observations, suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsque le demandeur d'asile a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.

7. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 4 mars 2021, régulièrement notifié, Mme B a été invitée à présenter des observations écrites sur la suspension envisagée des conditions matérielles d'accueil. Mme B n'est dès lors pas fondée à soutenir que la décision attaquée a été prise sans qu'elle ait été préalablement mise en mesure de présenter ses observations, en méconnaissance de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. () ". Aux termes de l'article R. 744-14 du même code, dans sa version applicable au litige : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 744-6, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. / Si le demandeur d'asile présente des documents à caractère médical, en vue de bénéficier de conditions matérielles d'accueil adaptée à sa situation, ceux-ci seront examinés par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui émet un avis ".

9. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil, que Mme B a été évaluée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si la requérante soutient que ses documents à caractère médical n'ont pas été examinés et qu'un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne s'est pas prononcé sur ces documents, elle n'établit pas qu'elle aurait remis de tels documents, qu'elle ne produit au demeurant pas, lors de l'entretien de vulnérabilité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En sixième lieu, Mme B ne peut utilement se prévaloir des dispositions des articles 20 et 21 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, intégralement transposée en droit interne, sans faire état de l'incompatibilité à ces dispositions de celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont l'Office français de l'immigration et de l'intégration a fait application.

11. En septième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 1, il ressort des pièces du dossier que M B a été déclarée en fuite le 16 février 2021, en l'absence de présentation à l'embarquement du vol pour Barcelone prévu le 10 février 2021. La requérante ne fait valoir aucun motif de nature à justifier des raisons pour lesquelles elle n'a pas respecté les obligations auxquelles elle avait pourtant consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'en suspendant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le directeur territorial de Lille de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. () ".

13. La circonstance que Mme B soit dépourvue de ressources financières ne caractérise pas une situation de particulière vulnérabilité. Par ailleurs, si elle fait valoir qu'elle présente des problèmes de santé, elle n'apporte aucun élément sérieux à l'appui de cette affirmation. Ainsi, et au vu des seules pièces versées au dossier, Mme B ne saurait être regardée comme présentant une vulnérabilité particulière au sens et pour l'application des dispositions citées au point précédent. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

14. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur territorial de Lille de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B avant de prendre la décision attaquée.

15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision en date du 21 mai 2021 par laquelle le directeur territorial de Lille de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'elle a présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, relative à l'aide juridique.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E B, à Me Sophie Danset-Vergoten et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Courtois, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

C. COURTOISLe président-rapporteur,

Signé

O. LEMAIRE

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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