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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2108120

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2108120

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2108120
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 octobre 2021, M. B A, représentée par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 27 janvier 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Lille lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder à l'octroi du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, et ce, à titre rétroactif, dans les dix jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire préalable, en méconnaissance du principe général des droits de la défense, ainsi que des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et de celles des articles L. 744-8 et D. 744-37-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 décembre 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 17 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 janvier 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Lille en date du 31 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Jaur a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien, est entré en France en 2020. Il a présenté une demande d'asile en préfecture du Nord le 15 janvier 2021. Il demande au tribunal d'annuler la décision en date du 27 janvier 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Lille lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

2. En premier lieu, la décision contestée mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit dès lors être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur de l'OFII de Lille n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant de prendre la décision en litige.

4. En troisième lieu, d'une part, par les articles L. 744-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'Office français de l'immigration et de l'intégration refuse d'accorder à un étranger demandeur d'asile le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. D'autre part, les dispositions des articles L. 744-8 et D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, prévoient une procédure de recueil préalable des observations en cas de retrait des conditions matérielles d'accueil, et non en cas de refus d'octroi. Enfin, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil () ".

5. Alors qu'aucune disposition n'impose le respect d'une procédure contradictoire avant le refus d'octroi du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité le 27 janvier 2021, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a ainsi été mis en mesure de présenter des observations au regard de sa vulnérabilité et des motifs pour lesquels il n'avait pas présenté sa demande d'asile avant le 15 janvier 2021. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Lille lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est entachée d'illégalité à défaut d'une procédure contradictoire préalable.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018 : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : / () / 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. () ". Aux termes du III de l'article L. 723-2 de ce code : " III. - L'office statue également en procédure accélérée lorsque l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile constate que : / () / 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ".

7. Il résulte de ces dispositions, telles qu'éclairées par la décision du Conseil d'Etat nos 428530, 428564 du 31 juillet 2019, qu'il reste possible à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office, qui devra apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil, ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

8. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de M. A a été enregistrée le 15 janvier 2021, soit après l'expiration du délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France, prévu par les dispositions précitées. L'intéressé, qui affirme qu'en arrivant sur le territoire national, il méconnaissait ses droits et le fonctionnement des institutions administratives françaises, n'apporte aucun élément sérieux de nature à justifier ce retard. Dans ces conditions, c'est à juste titre que le directeur territorial de l'OFII de Lille a refusé de lui faire bénéficier des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il avait, sans motif légitime, présenté sa demande d'asile au-delà du délai imparti. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit dans l'application de ces dispositions doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " () / Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A, lors de son entretien du 27 janvier 2021, n'a indiqué aucun élément particulier de vulnérabilité. S'il fait état d'un suivi médical régulier pour syndrome dépressif, il ne saurait être regardé, de ce seul fait, comme présentant une vulnérabilité particulière au sens et pour l'application des dispositions citées au point précédent. Dans ces conditions, la décision du directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Lille lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.

11. En dernier lieu, pour les motifs exposés aux points 7 et 9, le moyen tiré de ce que la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration refusant à M. A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est entachée d'une erreur d'appréciation doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en date du 27 janvier 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Lille lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il a présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Sophie Danset-Vergoten et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Courtois, première conseillère,

- Mme Jaur, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

A. JAURLe président,

Signé

O. LEMAIRE

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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