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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2108197

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2108197

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2108197
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLEQUIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces, enregistrés les 18 octobre 2021, 4 novembre 2022 et 9 mai 2023, M. A B, représenté par Me Lequien, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2021 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour en qualité d'" étranger malade " ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que ;

- l'arrêté contesté est entaché d'un vice de procédure par défaut de saisine de la commission du titre de séjour, en méconnaissance de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'un vice de procédure par méconnaissance des dispositions de l'article R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est pris en méconnaissance de l'autorité de la chose jugée par le tribunal de céans dans son jugement n° 1808507 du 26 avril 2019, qui n'a pas été frappé d'appel ;

- il méconnaît les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard, d'une part, à l'indisponibilité des soins au Nigéria et à la circonstance que la source de son stress post-traumatique se trouve au Nigéria ;

- il méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration a produit un mémoire en observation et des pièces, enregistrés les 5 juin 2023 et 14 juin 2023.

Il fait valoir qu'un suivi psychologique et psychiatrique, hospitalier et ambulatoire est possible à Benin City, que l'entièreté du traitement est disponible au Nigéria, que les produits et les doses prescrites sont usuels et courants et qu'il ne s'agit pas d'un traitement lourd.

La clôture de l'instruction a été fixée au 17 juillet 2023 à 12 h 00 par une ordonnance du 15 juin 2023.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. B par une décision du 26 juillet 2021 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fabre, président-rapporteur ;

- et les observations de Me Lequien, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 15 janvier 1979 au Nigéria (Benin city, Edo State), a quitté son pays en 2007 et est entré en France le 30 janvier 2009 selon ses déclarations lors de sa demande de titre du 10 mars 2020. Il a alors bénéficié de titres de séjour eu égard à son état de santé, qui ont été régulièrement renouvelés jusqu'au 27 mai 2017. Par un arrêté du 20 août 2018, le préfet du Nord a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par un jugement n° 1808507 du 26 avril 2019, devenu définitif, le tribunal administratif de Lille a annulé cet arrêté et a enjoint au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ", ce que le préfet a fait. Le 10 mars 2020, M. B a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour pour motif de santé. Par un arrêté du 30 avril 2021, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Nord a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-11, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Aux termes de l'article R. 313-22, alors en vigueur, du même code : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ".

3. Par un avis du 28 décembre 2020, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a considéré que l'état de santé du demandeur nécessite une prise en charge médicale, que le défaut de prise en charge médicale peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, que pour sa prise en charge, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et que, au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis, l'état de santé de l'intéressé peut lui permettre de voyager sans risque vers le pays d'origine. Cet avis a été émis par trois médecins de l'OFII régulièrement désignés par une décision du 26 juin 2020 du directeur général de l'OFII publiée sur le site internet de l'OFII et au bulletin officiel du ministère de l'intérieur. Enfin, cet avis a été émis sur la base d'un rapport médical établi le 15 septembre 2020 par un médecin de l'OFII qui n'a pas été membre du collège qui a rendu l'avis du 28 décembre 2020. Le moyen tiré du vice de procédure par méconnaissance des dispositions de l'article R. 313-22 du code précité doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, M. B soutient que l'arrêté attaqué méconnaît l'autorité de la chose jugée qui s'attache au jugement n° 1808507 du 26 avril 2019, devenu définitif, par lequel le tribunal administratif de Lille a, pour un motif de fond, annulé une précédente décision de refus de délivrance de titre de séjour pour motifs médicaux. Toutefois, le refus attaqué a été pris au vu d'un nouvel avis de l'OFII et, compte tenu de ce changement de circonstances de fait, le préfet du Nord a pu, sans méconnaître l'autorité absolue de chose jugée attachée au précédent jugement, opposer un nouveau refus à la demande de titre de séjour présentée par l'intéressé.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B présente un trouble de stress post-traumatique, diagnostiqué en 2011 avec, par périodes, un état dépressif comorbide. Il a par ailleurs été hospitalisé, pour ce motif, en 2011, présentant alors également des symptômes psychotiques. Il est suivi régulièrement au centre médico-psychologique de Roubaix et bénéficie d'un traitement médicamenteux, composé d'un antidépresseur, d'un anxiolytique, d'un antihistaminique et d'un hypotenseur. Ainsi qu'il a été dit précédemment, le collège des médecins de l'OFII a considéré que M. B pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié au Nigéria. Par ses écritures en défense, l'OFII fait valoir, sans être contesté en retour par le requérant, que tant le suivi psychologique et psychiatrique que le traitement médicamenteux sont disponibles au Nigéria, ajoutant, là encore sans être contesté, que les produits et les doses prescrites sont usuels et courants et qu'il ne s'agit pas d'un traitement lourd. Enfin, en l'absence de toute forme de précision à cet égard, il n'est pas établi que le retour au Nigéria serait, en lui-même, de nature à entraîner un risque médical pour l'intéressé. Il résulte de ce qui précède qu'en prenant la décision contestée, le préfet du Nord n'a pas fait une inexacte application des dispositions du 11° de l'article L. 313-11, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En quatrième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du même code, dès lors qu'il n'a pas présenté de titre de séjour sur ce fondement et que le préfet du Nord, qui n'y était d'ailleurs pas tenu, n'a pas examiné de lui-même le droit de l'intéressé à bénéficier d'un titre de séjour sur ce fondement.

7. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit précédemment, que M. B est entré en France en 2009 et s'y est maintenu, pour l'essentiel, sous couvert de titres de séjour lui permettant de bénéficier de soins médicaux en France, eu égard à son état de santé. S'il fait valoir que son épouse se trouve en France, il ressort de l'arrêté en litige, et n'est pas sérieusement contesté, que celle-ci se trouve en situation irrégulière et que l'obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans issue d'un arrêté préfectoral du 11 janvier 2018 a été confirmée par un jugement du tribunal de céans du 21 mars 2019. M. B, qui est entré en France à l'âge de 30 ans, a vécu la plus grande partie de sa vie au Nigéria, où résident également ses deux enfants. Il ne fait enfin état d'aucun autre lien privé ou familial sur le territoire français. Par suite, la décision contestée, eu égard aux conditions de séjour de l'intéressé et en dépit de son ancienneté, n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant à mener une vie privée et familiale normale et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En sixième lieu, en dépit des efforts d'insertion professionnelle du requérant, la décision contestée n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

9. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 312-1, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour () ". Aux termes de l'article L. 312-2, alors en vigueur, du même code : " La commission est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du seul cas des ressortissants étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues à l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité, et non de celui de tous les ressortissants qui se prévalent de ces dispositions.

10. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. B n'est pas au nombre des étrangers pouvant obtenir de plein droit un titre de séjour en application de l'article L. 313-11 précité. Par suite, le préfet du Nord n'était pas tenu de consulter la commission du titre de séjour avant de refuser à l'intéressée la délivrance du titre de séjour sollicité.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Nord

Copie en sera transmise pour information au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Fabre, président,

- Mme Monteil, première conseillère,

- M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

X. FABREL'assesseur le plus ancien,

Signé

A.-L. MONTEIL

Le greffier,

Signé

A. DEWIERE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

5

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