jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2108271 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | NAVY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 octobre 2021 et 29 avril 2022, M. B C, représenté par Me Navy, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 août 2021 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité de salarié ;
2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à défaut, de réexaminer sa situation sous astreinte de 155 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la procédure d'autorisation de travail a été méconnue, le préfet n'ayant pas transmis de demande d'autorisation de travail aux services de la DIRRECTE ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain ;
- elle est entachée d'une erreur de fait.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 janvier 2022, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
- la circonstance que M. C ne justifiait pas, à la date de sa décision, être en possession d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, ni avoir initié la procédure d'autorisation de travail d'un salarié étranger résidant en France justifie la décision attaquée, au besoin par substitution de motif.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Grard a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant marocain, né le 26 juin 1986, est entré sur le territoire français le 28 avril 2013, sous couvert d'un visa de court séjour. Il a été mis en possession d'un titre de séjour en qualité de salarié le 1er mars 2018, régulièrement renouvelé jusqu'au
28 février 2020. Par une décision du 20 août 2021, le préfet du Pas-de-Calais a rejeté la demande de l'intéressé de renouvellement de titre de séjour formée le 5 février 2020. Par sa requête,
M. C demande au tribunal d'annuler la décision préfectorale du 20 août 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté n° 2020-10-31 du 22 avril 2021, publié le même jour au recueil spécial n° 51 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à M. D A, attaché d'administration de l'Etat, chef du bureau du contentieux du droit des étrangers, signataire de la décision attaquée, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision contestée que celle-ci mentionne tant les circonstances de fait que de droit sur lesquelles le préfet du Pas-de-Calais s'est fondé pour édicter le refus de titre de séjour litigieux. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en doit et doit, dès lors, être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L.114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. () ".
5. En l'espèce, pour refuser le titre de séjour sollicité, le préfet s'est uniquement fondé sur l'insuffisance des ressources de l'intéressé, en application des dispositions de l'article
R.5221-20 du code du travail et non pas sur le caractère incomplet de son dossier de demande. Par suite, le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 5221-1 du code du travail :
" I. Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : / 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ; () II. La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur. () La demande peut également être présentée par une personne habilitée à cet effet par un mandat écrit de l'employeur ou de l'entreprise / () / Tout nouveau contrat de travail fait l'objet d'une demande d'autorisation de travail ".
Aux termes de l'article R. 5221-15 du même code : " La demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est adressée au moyen d'un téléservice au préfet du département dans lequel l'établissement employeur a son siège ou le particulier employeur sa résidence. ".
7. Il résulte de ces dispositions que la demande d'autorisation de travail présentée par un étranger déjà présent sur le territoire national doit être adressée au préfet par l'employeur ou par une personne habilitée à cet effet par un mandat écrit de l'employeur ou de l'entreprise. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet a été destinataire d'une telle demande de la part de l'employeur de M. C ou d'une personne habilitée, Dans ces conditions, le requérant ne peut utilement soutenir qu'il appartenait au préfet de transmettre la demande d'autorisation de travail le concernant aux services de la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités des Hauts-de-France. Le moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' / Après trois ans de séjour continu en France, les ressortissants marocains visés à l'alinéa précédent pourront obtenir un titre de séjour de dix ans. Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence. Les dispositions du deuxième alinéa de l'article 1er sont applicables pour le renouvellement du titre de séjour après dix ans. ". Par ailleurs, l'article 9 du même accord stipule : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ".
En outre, l'article R. 5221-20 du code du travail prévoit que : " L'autorisation de travail est accordée lorsque la demande remplit les conditions suivantes : / () / 4° La rémunération proposée est conforme aux dispositions du présent code sur le salaire minimum de croissance ou à la rémunération minimale prévue par la convention collective applicable à l'employeur ou l'entreprise d'accueil () ".
9. Il résulte des dispositions précitées de l'article R. 5221-20 du code du travail, applicables à la date de la décision attaquée, que l'appréciation du caractère suffisant des ressources se fait par référence au niveau de rémunération horaire de l'intéressé, qui doit être supérieur ou égal au SMIC. Dans ces conditions, en fondant sa décision sur l'insuffisance des ressources du requérant compte tenu de leur montant mensuel, le préfet du Pas-de-Calais a méconnu les dispositions de l'article R.2221-20 du code du travail.
10. En sixième lieu, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
11. Ainsi qu'il a été dit au point 9, le motif tiré de l'insuffisance des ressources mensuelles de M. C ne pouvait, à lui seul, justifier le refus du titre de séjour " salarié " sollicité. Toutefois, le préfet du Pas-de-Calais invoque, dans son mémoire en défense, communiqué à M. C, un autre motif tiré de ce que ce dernier ne justifiait pas, à la date de la décision attaquée, être en possession d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, ni que son employeur avait initié la procédure d'autorisation de travail d'un salarié étranger résidant en France pour l'application des dispositions de l'article R. 5221-1 du code du travail citées au point 6, ce que M. C ne conteste pas. Ainsi le requérant ne remplissait pas, à la date de la décision attaquée, les conditions fixées par l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Il résulte de l'instruction que le préfet du Pas-de-Calais aurait pris la même décision s'il avait entendu se fonder initialement sur ce motif. Il y a dès lors lieu de procéder à la substitution demandée, qui ne prive pas M. C d'une garantie.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 20 août 2021 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité de salarié. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Navy et au préfet du Pas-de-Calais.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Chevaldonnet, président,
- Mme Grard, première conseillère,
- Mme Leclère, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.
La rapporteure,
Signé
E. GRARDLe président,
Signé
B. CHEVALDONNET
La greffière,
Signé
M. E
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026