vendredi 22 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2108283 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET PAMLAW - AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 octobre 2021 et 1er juillet 2022, la société Free mobile, représentée par Me Martin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 août 2021 par lequel le maire de la commune de Linselles s'est opposé à sa déclaration préalable pour l'installation d'une station d'antennes relais de téléphonie mobile sur un terrain situé sur le territoire communal, Chemin d'Halluin, parcelle cadastrée AB 107 ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Linselles de lui délivrer un arrêté de
non-opposition dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Linselles la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors que les dispositions de l'article D 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques ne constituent pas une règle d'urbanisme au seul regard desquelles le maire de la commune doit apprécier la conformité du projet ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article D 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques qui ne prévoient aucune obligation de partage d'infrastructures entre opérateurs ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il ne relève pas de la compétence du maire de s'assurer du respect de la réglementation des postes et télécommunications ;
- elle méconnait les dispositions de l'article R. 423-22 du code de l'urbanisme dès lors que le maire ne pouvait fonder sa décision sur l'absence d'élément permettant d'établir que le projet ne peut pas être techniquement implanté sur le pylône existant de la parcelle, en l'absence de toute sollicitation de tels éléments préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué.
Par des mémoires enregistrés les 17 mars 2022 et 1er septembre 2023, la commune de Linselles, représentée par Me Balaÿ, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Free Mobile au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la société Free mobile ne sont pas fondés et sollicite, si nécessaire, une substitution de motif dès lors que les motifs tirés de la méconnaissance par le projet des dispositions du A du III de la section 1 du chapitre III du titre 2 du livre I du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la métropole européenne de Lille (MEL) et des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme sont de nature à justifier la décision d'opposition en litige.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des postes et des communications électroniques ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grard,
- les conclusions de M. Liénard, rapporteur public,
- et les observations de Me Hermary, représentant la commune de Linselles.
Considérant ce qui suit :
1. Par sa requête, la société Free mobile demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 août 2021 par lequel le maire de la commune de Linselles s'est opposé à sa déclaration préalable, déposée le 2 août 2021 auprès des services de la commune, pour l'installation d'une station d'antennes relais de téléphonie mobile sur un terrain sis Chemin d'Halluin, parcelle cadastrée AB 107.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision attaquée :
2. Aux termes de l'article D 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques : " () II. - L'opérateur fait en sorte, dans la mesure du possible, de partager les sites radioélectriques avec les autres utilisateurs de ces sites. / Lorsque l'opérateur envisage d'établir un site ou un pylône et sous réserve de faisabilité technique, il doit à la fois :
- privilégier toute solution de partage avec un site ou un pylône existant ; - veiller à ce que les conditions d'établissement de chacun des sites ou pylônes rendent possible, sur ces mêmes sites et sous réserve de compatibilité technique, l'accueil ultérieur d'infrastructures d'autres opérateurs ; - répondre aux demandes raisonnables de partage de ses sites ou pylônes émanant d'autres opérateurs () ".
3. En premier lieu, il n'appartient pas à l'autorité en charge de la délivrance des autorisations d'urbanisme saisie d'une déclaration préalable, d'une part, de veiller, dans le cadre de l'instruction d'une telle déclaration, au respect de la réglementation des postes et communications électroniques, le législateur ayant confié à l'Etat la police spéciale instituée à cet effet et, d'autre part, d'apprécier l'opportunité du choix d'implantation du projet mais seulement de se prononcer sur sa conformité aux règles d'urbanisme en vigueur. Par suite, le maire de la commune de Linselles a entaché son arrêté d'une erreur de droit en se fondant sur l'absence de justification par la société requérante d'une impossibilité technique de partage avec le pylône existant sur le terrain d'assiette du projet pour s'opposer à celui-ci. Dans le cadre du présent recours pour excès de pouvoir, la commune ne peut en outre utilement se prévaloir de la méconnaissance par la société Free mobile de ses engagements contractuels figurant à l'article 5.3 de la charte métropolitaine des antennes-relais de téléphonie mobile établie en 2014, cette charte ne contenant au demeurant aucune disposition opposable en matière d'instruction des autorisations d'urbanisme et des déclarations préalables.
4. En second lieu, si la société requérante se prévaut des dispositions de l'article R.423-22 du code de l'urbanisme, ces dispositions, qui figurent dans une section du code de l'urbanisme relative à l'instruction, notamment, des déclarations préalables, ont pour objet de préciser les conditions dans lesquelles est susceptible de naître, le cas échéant, au profit du demandeur une décision de non-opposition tacite. Elles ne peuvent être utilement invoquées à l'appui de conclusions tendant à l'annulation d'une décision s'opposant à une déclaration. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 423-22 du code de l'urbanisme est inopérant et doit être écarté comme tel.
5. Il résulte de ce qui précède que la société Free mobile est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 27 août 2021 par laquelle le maire de la commune de Linselles s'est opposé à sa déclaration préalable pour l'installation d'une station d'antennes relais de téléphonie mobile sur un terrain situé sur le territoire communal, Chemin d'Halluin, parcelle cadastrée AB 107.
En ce qui concerne les demandes de substitution de motifs :
6. Pour établir que la décision attaquée est légale, la commune de Linselles invoque, dans son mémoire en défense, communiqué par le tribunal à la société Free mobile le 18 mars 2022, deux motifs tirés de la méconnaissance par le projet des dispositions du A du III de la section 1 du chapitre III du titre 2 du livre I du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la métropole européenne de Lille (MEL) et des dispositions de l'article R.111-27 du code de l'urbanisme.
7. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ". Aux termes du I de la section I du chapitre 3 du titre 2 du livre I du règlement du PLUi de la MEL : " " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ". Aux termes du A du III de la section 1 du chapitre III du titre 2 du livre I du même règlement : " Les antennes relais de téléphonie mobile doivent être aussi peu visibles que possible de la voie publique ".
8. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer l'autorisation d'urbanisme sollicitée ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de l'autorisation ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
9. Il ressort des pièces du dossier que le projet en litige doit s'implanter dans une zone agricole bordée à l'Est par une zone d'activité et, au Nord, par une voie desservant cette zone d'activité, depuis la route départementale 94 située à l'ouest de la parcelle. Cette zone, qui abrite d'ores et déjà deux autres antennes de radiotéléphonie, l'une située à environ 30 mètres de l'antenne litigieuse et l'autre à 200 mètres, ne bénéficie par ailleurs d'aucune protection spécifique. Elle ne présente ainsi aucun caractère ou intérêt particulier. Si, compte tenu du panorama ouvert et dégagé des espaces environnants et de l'absence d'arbres, le pylône de
30 mètres de hauteur sera visible depuis la voie publique, qui est une route d'accès à la zone d'activité voisine, l'utilisation d'un matériau de type treillis de teinte grise en atténuera la visibilité. Dans ces circonstances, le projet ne peut être regardé comme portant atteinte aux caractères des lieux environnants ni comme n'étant pas aussi peu visible que possible de la voie publique. Par suite, la décision attaquée ne peut être légalement fondée sur ces motifs.
10. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de procéder aux substitutions demandées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Lorsque le juge annule une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée qui, eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme, demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.
12. Il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de l'arrêté contesté ou un changement dans les circonstances de fait feraient désormais obstacle à la réalisation du projet. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Linselles de procéder à la délivrance d'une décision de non-opposition à la déclaration préalable de la société requérante dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la société Free mobile, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse à la commune de Linselles la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Linselles le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Free mobile et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 27 août 2021 par laquelle le maire de la commune de Linselles s'est opposé à la déclaration préalable de la société Free mobile pour l'installation d'une station d'antennes relais de téléphonie mobile sur un terrain situé sur le territoire communal, Chemin d'Halluin, parcelle cadastrée AB 107 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Linselles de délivrer à la société Free mobile une décision de non-opposition suite à sa déclaration préalable déposée le 2 août 2021, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Linselles versera à la société Free mobile une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Free mobile et à la commune de Linselles.
Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Chevaldonnet, président,
- Mme Grard, première conseillère,
- Mme Leclère, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.
La rapporteure,
Signé
E. GRARDLe président,
Signé
B. CHEVALDONNET
La greffière,
Signé
M. A
La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026