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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2108293

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2108293

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2108293
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABARET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 octobre 2021, M. E D, représenté par Me Cabaret, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 25 juin 2021 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de cette décision ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet du Nord a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de cette décision ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- le préfet du Nord a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire ;

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de cette décision ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- le préfet du Nord a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions lui faisant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de cette décision ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- le préfet du Nord a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2021, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 22 octobre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 décembre 2021.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de B en date du 20 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant ivoirien né le 20 novembre 2001, est entré en France, selon ses dires, le 10 octobre 2017 sans visa. Il a été confié, à compter du 31 octobre 2018 et jusqu'à sa majorité, au service de l'aide sociale à l'enfance par une décision du juge des enfants de B. Le 9 septembre 2020, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de mineur placé, après l'âge de seize ans, auprès du service de l'aide sociale à l'enfance. Par un arrêté du 25 juin 2021, dont M. D demande l'annulation, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté en date du 28 mai 2021, publié le même jour au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture du Nord, le préfet du Nord a donné délégation à Mme A de la Perrière, cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les circonstances de fait et de droit sur lesquelles il se fonde. À cet égard, notamment, la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est suffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué ne peut dès lors qu'être écarté.

4. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. D avant de prendre l'arrêté attaqué.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

6. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

7. Pour refuser d'admettre au séjour M. D, le préfet du Nord a estimé qu'il ne justifiait pas du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation. Il a, par ailleurs, considéré que l'intéressé n'avait pas rompu tout lien avec sa famille demeurée en Côte d'Ivoire et qu'il ne justifiait pas d'une réelle insertion dans la société française.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. D, qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance à l'âge de seize ans et onze mois, a demandé son admission exceptionnelle au séjour le sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans l'année suivant son dix-huitième anniversaire. Il n'est par ailleurs pas contesté que l'intéressé justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier que M. D s'est inscrit, en cours d'année scolaire 2018-2019, au sein de l'unité de formation des apprentis du lycée hôtelier international de B en vue de l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle en qualité de cuisinier. S'il n'a pas pu faire l'objet d'une évaluation au titre du premier semestre en raison de cette inscription tardive, il ressort toutefois de ses bulletins scolaires que, s'agissant du second semestre, ses enseignants ont noté, sauf dans quelques matières, un niveau insuffisant et, dans les matières professionnelles, un manque d'implication et de travail. Il ressort également des pièces du dossier que, lors de l'année scolaire 2019-2020, l'équipe pédagogique a relevé, dans l'ensemble, un investissement insuffisant dans la part de M. D dans sa formation, ainsi qu'un manque de travail personnel, l'intéressé ayant au demeurant été absent de manière injustifiée à plusieurs reprises, le chef d'établissement concluant quant à lui que le requérant n'a pas su évoluer en deuxième année et que l'ensemble est décevant. S'il est vrai que M. D a reçu, dans le cadre de son contrat d'apprentissage, des retours plutôt positifs, cette circonstance n'est pas de nature à remettre en cause l'appréciation du préfet selon laquelle l'intéressé ne démontre pas le caractère réel et sérieux du suivi de sa formation. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'avis de la structure d'accueil, que M. D est assez solitaire mais s'est cependant créé un réseau privé en dehors de la structure et qu'il a obtenu un emploi en contrat à durée indéterminée, il n'est pas établi qu'il serait particulièrement bien intégré dans la société française. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant n'aurait pas conservé de liens avec sa famille restée en Côte d'Ivoire, et notamment sa mère, avec laquelle il ne démontre pas avoir rompu tout lien. Dans ces conditions, et compte tenu du large pouvoir dont il dispose, le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant d'admettre au séjour, à titre exceptionnel, M. D sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En second lieu, en dehors des cas où il satisfait aux conditions fixées par la loi, ou par un engagement international, pour la délivrance d'un titre de séjour, un étranger ne saurait se prévaloir d'un droit à l'obtention d'un tel titre. Il peut toutefois, à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir formé contre une décision préfectorale refusant de régulariser sa situation par la délivrance d'un titre de séjour, soutenir que la décision du préfet, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il ressort des pièces du dossier que M. D, qui est célibataire et sans enfant, est entré en France le 10 octobre 2017, avant d'être confié au service de l'aide sociale à l'enfance. En se bornant à évoquer l'existence d'un réseau relationnel en France, l'intéressé ne fait état d'aucune attache particulière sur le territoire français. Par ailleurs, eu égard, notamment, aux qualifications et compétences acquises grâce à sa formation en qualité de cuisinier, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant serait dans l'impossibilité de se réinsérer socialement et professionnellement dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie et où sa mère réside de manière habituelle. Dans ces conditions, et compte tenu de ce qui a été dit au point 8, ainsi que de la durée de son séjour en France, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 10 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour doit être écarté.

12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 12 que le moyen tiré de l'illégalité des décisions refusant la délivrance d'un titre de séjour et faisant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

14. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord a commis une erreur manifeste d'appréciation en décidant qu'il pourrait être reconduit d'office dans le pays dont il a la nationalité ou tout autre pays où il est légalement admissible, s'il se maintient sur le territoire national au-delà du délai de départ volontaire.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 4 et 11 à 14 que le moyen tiré de l'illégalité des décisions faisant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement doit être écarté.

16. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour sur le territoire français et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

17. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, dont il ressort une absence de liens privés d'une particulière intensité en France et une durée limitée de présence sur le territoire national, et nonobstant les circonstances qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que sa présence ne constitue pas une menace à l'ordre public, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord a commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il attaque. Ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées par voie de conséquence, ainsi que celles qu'il a présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Me Oriane Cabaret et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Dang, première conseillère,

- Mme Lançon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

L. DANGLe président-rapporteur,

Signé

O. C

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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