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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2108356

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2108356

jeudi 28 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2108356
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMANNESSIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 22 octobre 2021 et le 10 décembre 2021, Mme E D, représentée par Me Mannessier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2021 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour temporaire, ou à défaut de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'est pas signé par chacun des médecins ;

- il n'est pas justifié que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein dudit collège ;

- la procédure est entachée d'irrégularité dès lors que l'administration ne lui a pas délivré le récépissé de demande de titre de séjour ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de fait ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision de refus de séjour ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 novembre 2021, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens qu'elle contient ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 1er janvier 1940, entrée en France le 31 mars 2018 sous couvert d'un visa C valable à compter du 24 mars 2018 jusqu'au 5 juin 2018, a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire pour raisons médicales le 9 septembre 2020. Par un arrêté du 21 septembre 2021, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par sa requête, Mme D demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".

3. Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé ". Aux termes de l'article R. 425-12, du même code : " Le rapport médical () est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". L'article R. 425-13 de ce code dispose que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R.425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. () Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ". Enfin, l'article 6 de l'arrêté visé ci-dessus du 27 décembre 2016 pris pour l'application des dispositions précitées dispose que : " () un collège de médecins désigné pour chaque dossier () émet un avis (). / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

4. Il ressort des mentions mêmes de l'avis médical du 1er février 2021, dont la valeur probante n'est pas remise en cause par la requérante, d'une part, que ledit avis a bien été signé par les trois médecins du collège de médecins de l'OFII statuant en formation collégiale et d'autre part, que le médecin rapporteur n'a pas pris part à cette délibération collégiale. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. () ". La circonstance, à la supposer même établie, que l'administration n'aurait pas délivré à Mme D le récépissé de demande de titre de séjour, prévu par les dispositions précitées, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2°. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, dont l'époux est décédé en 2009, est entrée en France le 31 mars 2018 dans le but de rendre visite à ses enfants en résidence en France, après avoir vécu jusqu'à l'âge de 78 ans dans son pays d'origine. Elle démontre être hébergée par sa fille, de nationalité française, et avoir deux autres enfants sur le territoire français, l'un étant titulaire d'une carte de résident, l'autre étant de nationalité française. Si les éléments produits à l'instance démontrent que ses enfants résidant en France lui procurent une assistance matérielle quotidienne, devenue nécessaire en raison de la dégradation de son état de santé, ils ne suffisent pas cependant à établir qu'elle se trouverait tout à fait isolée et sans aucun secours dans son pays d'origine, où résident toujours deux de ses enfants. Les seules pièces produites ne démontrent pas que son fils et sa fille présents en République démocratique du Congo seraient dans l'incapacité de subvenir à ses besoins et de lui procurer l'assistance matérielle dont elle a besoin au quotidien. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, eu égard notamment à la durée et aux conditions du séjour de Mme D en France, le préfet du Nord n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En quatrième et dernier lieu, si le préfet du Nord a indiqué de manière erronée dans sa décision de refus de titre de séjour que la requérante s'était maintenue plus de deux ans en France avant d'engager des démarches en vue de régulariser sa situation administrative, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il avait pris en compte les démarches engagées en ce sens par la requérante au cours de cette période. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'une erreur de fait doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, par un arrêté du 19 juillet 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs n° 1 de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme C A de la Perrière, cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer, notamment, les décisions relatives à l'éloignement des étrangers en France. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit, par suite, être écarté.

10. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision de refus de séjour doit être écarté.

11. En troisième lieu, Mme D soutient que l'autorité préfectorale ne pouvait légalement décider son éloignement compte tenu de son état de santé. Toutefois, son état de santé et les conditions de sa prise en charge en République démocratique du Congo ne font pas obstacle à son éloignement, ainsi qu'il ressort de l'avis médical du 1er février 2021 du collège de médecins de l'OFII et des éléments exposés au point 7 du présent jugement. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste dont serait entachée la décision faisant obligation à Mme D de quitter le territoire français dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Allart, première conseillère,

- Mme Leclere, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction, le 28 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

L. B Le président,

Signé

B. CHEVALDONNET

La greffière,

Signé

J. DEREGNIEAUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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