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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2108379

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2108379

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2108379
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL ROBERT ET LOONIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrés le 22 octobre 2021 et le 14 août 2024, Mme A B, représentée par Me Loonis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de saisie administrative à tiers détenteur qui lui a été notifiée le 19 mars 2021 ainsi que la décision implicite de rejet de la trésorerie de Béthune du 21 juin 2021 ;

2°) d'enjoindre la trésorerie de Béthune à lui restituer la somme de 511,15 euros saisie entre les mains de la Mutualité Sociale Agricole (MSA) ;

3°) d'enjoindre la trésorerie de Béthune à lui restituer la somme de 1 536, 85 euros, ou à conserver cette somme qui viendra s'imputer sur les factures à venir qui seront établies par la ville de Béthune ;

4°) de condamner la trésorerie de Béthune à lui verser la somme de 500 euros à titre de dommages et intérêts ;

5°) de mettre à la charge de la trésorerie de Béthune la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'elle ne pouvait faire l'objet d'aucune saisie à tiers détenteur dès lors qu'elle avait déjà fait l'objet d'une première saisie à tiers détenteur en juillet 2015 pour un montant de 588 euros et qu'elle était créditrice auprès de la trésorerie de Béthune de deux versements d'aides de la Mutualité Sociale Agricole (MSA) pour un montant de 1 460 euros effectués en octobre 2015.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 décembre 2021 et le 3 septembre 2024, le service de gestion comptable de Béthune, représenté par le comptable public, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2022, la commune de Béthune, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme B par une décision du 23 août 2021.

Par un courrier en date du 4 septembre 2024, les parties ont été averties, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître de la contestation de l'obligation de payer la somme dont le recouvrement est poursuivi par un acte de recouvrement forcé, en application des dispositions combinées de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités locales et de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales.

Une note en délibéré, présentée par Mme B, a été enregistrée le 10 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monteil,

- et les conclusions de M. Even, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Une saisie administrative à tiers détenteur d'un montant de 511,15 euros a été émise le 19 mars 2021 par la Mutualité Sociale Agricole (MSA) en vue de recouvrer différents impayés de restauration scolaire et d'accueil périscolaire de Mme A B pour la période de novembre 2015 à juin 2016. Mme B a adressé un recours gracieux en date du 19 avril 2021, reçu le 21 avril 2021, à la trésorerie de Béthune afin de solliciter l'annulation de cette saisie administrative. Ce recours ayant été implicitement rejeté, Mme B demande au tribunal d'annuler la saisie administrative à tiers détenteur qui lui a été notifiée, d'enjoindre au service de gestion comptable de Béthune de lui restituer la somme de 511,15 euros saisie entre les mains de la MSA et de lui restituer également la somme de 1 536,85 euros ou à conserver cette somme qui viendra s'imputer sur les factures à venir qui seront établies par la ville de Béthune et de condamner le même service de gestion comptable de Béthune à lui verser la somme de 500 euros à titre de dommages et intérêts.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

2. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / () / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. () "

3. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés: / () c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution ".

4. L'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales est de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.

5. Mme B demande au tribunal d'annuler l'avis de saisie administrative à tiers détenteur émis à son encontre le 19 mars 2021 par la MSA pour le recouvrement, à la demande de la commune de Béthune, de la somme de 511,15 euros portant sur des impayés de frais de restauration scolaire et d'accueil périscolaire au seul motif que le montant de la créance est erroné. Ce faisant, la requête qu'elle présente relève exclusivement du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales, et il n'appartient qu'à la juridiction judiciaire de connaître de telles conclusions. Par suite, les conclusions de la requête de Mme B doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la commune de Béthune et au service de gestion comptable de Béthune.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Fabre, président,

- Mme Monteil, première conseillère,

- M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024

La rapporteure,

signé

A.-L. MONTEIL

Le président,

signé

X. FABRE

Le greffier,

signé

A. DEWIERE

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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