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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2108407

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2108407

mercredi 19 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2108407
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formationjuge unique (6)
Avocat requérantPOURRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 octobre 2021 et 3 février 2022, Mme D A, représentée par Me Pourre, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 26 août 2021 par laquelle le président du conseil départemental du Nord a rejeté, sur recours préalable, sa demande de prise en charge de ses frais d'hébergement au titre de l'aide sociale pour la période allant du 7 février 2020 au 5 juillet 2021 ;

2°) d'enjoindre au département du Nord de réexaminer ses droits, à titre principal, du 14 février 2020 au 8 décembre 2022, date de son décès, et à titre subsidiaire à compter du 1er mars 2020 jusqu'au 8 mars 2022 ;

3°) que les sommes dues seront versées à M. A, en qualité d'ayant droit ;

4°) de condamner le département du Nord aux dépens ;

5°) de mettre à la charge du conseil départemental du Nord la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 26 août 2021 est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce que le dossier était complet dès le 14 février 2020 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la situation financière de Mme A est précaire ; la somme de 16 152,12 euros a été réglée par son fils, M. A ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2022, le président du conseil départemental du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 20 janvier 2023, M. A, en sa qualité d'ayant droit de Mme A, représenté par Me Pourre, déclare reprendre l'instance engagée par Mme D A décédée le 8 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le décret n° 2001-492 du 6 juin 2001 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme Bruneau, conseillère, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A a été admise au sein de la maison de retraite médicalisée EHPAD Schadet - Vercoustre, située à Bourbourg (59) le 7 février 2020. Elle a sollicité le bénéfice de l'aide sociale pour la prise en charge de ses frais d'hébergement dans cet établissement auprès du centre communal d'action sociale de Bourbourg, qui a accusé réception de cette demande le 14 février 2020. Par un courrier du 26 juillet 2021, le président du conseil départemental du Nord a admis Mme A au bénéfice de l'aide sociale à l'hébergement à compter du 6 juillet 2021. Par deux décisions des 26 août et 5 octobre 2021, prises sur les recours administratifs préalables formés par M. A, son fils, et la fondation Schadet-Vercoustre, le président du conseil départemental du Nord a confirmé la décision du 26 juillet 2021 en tant qu'elle a rejeté la demande d'aide sociale pour la période du 7 février 2020 au 5 juillet 2021. Mme A est décédée le 8 décembre 2022. M. A, son fils, demande, en sa qualité d'ayant droit de sa mère décédée, l'annulation de la décision du 26 août 2021 en tant qu'elle ne l'admet pas à l'aide sociale à l'hébergement pour la période du 7 février 2020 au 5 juillet 2021 et à ce que le bénéfice de l'aide sociale à l'hébergement soit accordé à Mme A pour cette période.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, le premier alinéa de l'article L. 113-1 du code de l'action sociale et des familles prévoit que : " Toute personne âgée de soixante-cinq ans privée de ressources suffisantes peut bénéficier, soit d'une aide à domicile, soit d'un accueil chez des particuliers ou dans un établissement ". Le premier alinéa de l'article L. 231-4 de ce code dispose que : " Toute personne âgée qui ne peut être utilement aidée à domicile peut être accueillie, si elle y consent, dans des conditions précisées par décret, () dans un établissement de santé ou une maison de retraite publics () ". Aux termes de l'article L. 131-4 du même code : " Les décisions attribuant une aide sous la forme d'une prise en charge de frais d'hébergement peuvent prendre effet à compter de la date d'entrée dans l'établissement à condition que l'aide ait été demandée dans un délai fixé par voie réglementaire ". L'article R. 131-2 du même code précise que : " Sauf dispositions contraires, les demandes tendant à obtenir le bénéfice de l'aide sociale prévue aux titres III et IV du livre II prennent effet au premier jour de la quinzaine suivant la date à laquelle elles ont été présentées. / Toutefois, pour la prise en charge des frais d'hébergement des personnes accueillies dans un établissement social ou médico-social, habilité à recevoir des bénéficiaires de l'aide sociale ou dans un établissement de santé dispensant des soins de longue durée, la décision d'attribution de l'aide sociale peut prendre effet à compter du jour d'entrée dans l'établissement si la demande a été déposée dans les deux mois qui suivent ce jour. Ce délai peut être prolongé une fois, dans la limite de deux mois, par le président du conseil départemental ou le préfet. () ".

3. D'autre part, en vertu de l'article L. 131-1 du même code, les demandes d'admission au bénéfice de l'aide sociale à l'hébergement sont déposées au centre communal ou intercommunal d'action sociale ou, à défaut, à la mairie de résidence de l'intéressé. Ces demandes donnent lieu à l'établissement d'un dossier par les soins du centre communal ou intercommunal d'action sociale avant transmission, dans le mois de leur dépôt, au président du conseil départemental qui les instruit avec l'avis du centre communal ou intercommunal d'action sociale ou, à défaut, du maire et celui du conseil municipal, lorsque le maire ou le centre communal ou intercommunal d'action sociale a demandé la consultation de cette assemblée. Cette procédure a pour objet de faciliter l'instruction de la demande par le président du conseil départemental, celui-ci pouvant en outre, si la demande qui lui est transmise est incomplète, solliciter des pièces complémentaires dans les conditions prévues à l'article 2 du décret du 6 juin 2001 visé ci-dessus applicable au litige et figurant désormais à l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. Il résulte de ces dispositions que les frais d'hébergement des personnes accueillies dans un établissement social ou médico-social habilité à recevoir des bénéficiaires de l'aide sociale ou dans un établissement de santé dispensant des soins de longue durée ne sont pris en charge au titre de l'aide sociale qu'à compter du premier jour de la quinzaine suivant la date de la présentation de la demande tendant au bénéfice d'une telle aide. Ce n'est que lorsque la demande a été déposée, quel qu'en soit l'auteur, dans le délai de deux mois suivant le jour d'entrée dans l'établissement, éventuellement prolongé dans la limite de deux mois supplémentaires, que la prise en charge de ces frais peut prendre effet à compter du jour d'entrée dans l'établissement. La circonstance qu'un dossier ne puisse être regardé comme complet à la date de son dépôt au centre communal ou intercommunal d'action sociale ou, à défaut, à la mairie de résidence de l'intéressé, est sans incidence sur l'application de ces dispositions. Il en va de même de la circonstance que le centre communal ou intercommunal d'action sociale ou la mairie de résidence de l'intéressé n'aurait pas respecté son obligation de transmission de la demande à l'autorité départementale.

5. Il résulte de l'instruction que la demande de prise en charge des frais d'hébergement de Mme A au titre de l'aide sociale a été déposée le 14 février 2020 au centre communal d'action sociale de Bourbourg, dans le délai de deux mois à compter de son entrée en établissement le 7 février 2020. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que M. A est fondé à demander l'annulation du refus du département du Nord de prendre en charge, au titre de l'aide sociale, les frais d'hébergement de Mme A, dont il n'est pas contesté qu'elle en remplissait par ailleurs les conditions, pour la période du 7 février 2020 au 5 juillet 2021. Il y a lieu, par suite, d'admettre l'intéressée au bénéfice de l'aide sociale à l'hébergement pour cette période.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Il résulte de ce qui a été précédemment dit qu'il y a lieu d'admettre Mme A au bénéfice de l'aide sociale à l'hébergement en établissement pour personnes âgées à compter du 7 février 2020. M. A, en qualité d'ayant droit, est renvoyé devant les services du département du Nord afin que soit déterminé le montant de l'aide sociale à laquelle sa défunte mère avait le droit pour la période allant 7 février 2020 au 5 juillet 2021.

Sur les frais liés au litige :

En ce qui concerne les dépens :

7. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions présentées par le requérant à ce titre ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.

En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département du Nord la somme de 1 200 euros à verser à M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 26 juillet 2021 du président du conseil départemental du Nord admettant Mme A à l'aide sociale à l'hébergement est annulée en tant qu'elle ne prend pas effet à compter du 7 février 2020.

Article 2 : Mme A est admise à l'aide sociale à l'hébergement pour la période du 7 février 2020 au 5 juillet 2021. M. A, agissant en qualité d'ayant droit de Mme A, est renvoyé devant les services du département du Nord afin que soit déterminé le montant de l'aide sociale à laquelle cette dernière avait droit.

Article 3 : Le département du Nord versera à M. A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au département du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2023.

La magistrate désignée,

signé

M. C

La greffière,

signé

I. BAUDRY

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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