vendredi 23 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2108574 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | GIRSCH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 30 octobre 2021, 12 novembre 2021 et 17 janvier 2022, M. D A B, représenté par Me Girsch, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2021 par lequel le préfet du Nord lui a retiré sa carte de séjour pluriannuelle, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a interdit le retour sur le territoire français avant l'expiration d'un délai de deux ans et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision de retrait du titre de séjour :
- il appartient à l'administration de justifier de la compétence du signataire de l'acte ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que M. A B ne constitue pas une menace pour l'ordre public dès lors qu'il n'a fait l'objet que d'une seule condamnation pénale, que le contrôle judiciaire n'est pas une condamnation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il appartient à l'administration de justifier de la compétence du signataire de l'acte ;
- elle est insuffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il réside en France depuis plus de dix ans et s'est vu délivrer, outre des titres de séjour portant la mention " étudiant ", des titres de séjour en sa qualité de salarié depuis 2017 et ne peut, dès lors, faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- il appartient à l'administration de justifier de la compétence du signataire de l'acte ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :
- elle est entachée d'un défaut de motivation au regard de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- il appartient à l'administration de justifier de la compétence du signataire de l'acte ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 janvier 2022, le préfet du Nord, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que le requérant invoque des moyens qui ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les observations de Me Girsch, avocate représentant M. A B.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A B, ressortissant marocain né le 28 janvier 1991 à Tanger (Maroc), s'est vu délivrer successivement six cartes de séjour temporaire portant la mention " étudiant " valables respectivement du 23 juillet 2010 au 22 juillet 2011, du 23 juillet 2011 au 22 juillet 2012, du 15 octobre 2012 au 14 octobre 2013, du 15 octobre 2013 au 14 octobre 2015, du 15 octobre 2015 au 14 octobre 2016 et du 15 octobre 2016 au 14 octobre 2017. Le préfet du Nord lui a ensuite délivré une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " valable du 21 août 2017 au 20 août 2018, puis une carte de séjour pluriannuelle en qualité de salarié valable du 29 septembre 2018 au 28 septembre 2022. La demande de M. A B de se voir délivrer une carte de résident sur le fondement de l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 a été rejetée par une décision du préfet du Nord du 13 juillet 2021 au motif que l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public, sur le fondement de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, par un courrier du 29 juillet 2021, le préfet du Nord a informé M. A B de ce qu'il envisageait de lui retirer sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié " en cours de validité, sur le fondement de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif qu'il constitue une menace pour l'ordre public. Par un arrêté du 15 octobre 2021, le préfet du Nord a retiré à M. A B la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié " en cours de validité, l'a obligé de quitter le territoire français sans délai et a interdit son retour sur le territoire français avant l'expiration du délai de deux ans. M. A B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sans qu'il soit besoin d'examiner sur les autres moyens :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. L'autorité administrative ne peut opposer un refus à une demande de carte de séjour temporaire ou retirer la carte dont un étranger est titulaire qu'au regard d'un motif d'ordre public suffisamment grave pour que ce refus ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du demandeur. Il appartient ainsi à cette autorité d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle et actuelle pour l'ordre public, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration. Lorsque l'administration oppose ce motif pour refuser de faire droit à une demande de délivrance ou de renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou retirer une carte de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.
4. Pour retirer à M. A B sa carte de séjour pluriannuelle sur le fondement des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 2, le préfet du Nord a considéré que l'intéressé représentait une menace pour l'ordre public, en retenant qu'il a été placé sous contrôle judiciaire par ordonnance du juge des libertés et de la détention à compter du 18 juillet 2019, prévenu des chefs de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, faits commis de manière répétée et continue sur une période s'étalant du 1er mai au 16 juillet 2019, menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet, commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, et dégradation ou détérioration volontaire du bien d'autrui causant un dommage léger, commis le 16 juillet 2019 à l'encontre de son ex-compagne, qu'il a été condamné à 8 mois d'emprisonnement avec sursis pour ces faits par un jugement correctionnel du tribunal judiciaire de Lille du 11 juin 2020. Le préfet du Nord retenait également que M. A B est défavorablement connu par les services de police pour des faits d'usage illicite de stupéfiants survenus le 15 novembre 2013 et de conduite d'un véhicule sans permis datant du 15 avril 2020.
5. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que si M. A B a été mis en cause pour conduite de véhicule sans permis commis le 15 avril 2020 à Lille, il n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale pour ces faits. En outre, le préfet du Nord ne justifie pas d'une mise en cause de l'intéressé pour les faits d'usage illicite de stupéfiants qu'il invoque. D'autre part, si M. A B a été condamné par un jugement du tribunal judiciaire de Lille du 11 juin 2020 à huit mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet, commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité commis le 16 juillet 2019 et pour des faits de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité commis du 1er mai 2018 au 16 juillet 2019, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait ultérieurement fait l'objet de mises en cause. Par ailleurs, M. A B, entré en France en 2009, titulaire notamment d'un diplôme d'ingénieur et d'un master en Administration des entreprises, obtenus sur le territoire français, a occupé plusieurs emplois dès la fin de ses études et justifie de nombreux liens privés anciens en France. Dès lors, en l'absence de répétition de faits de violence depuis sa condamnation, et eu égard à la réalité, l'ancienneté et la stabilité de son insertion sociale et professionnelle, en lui retirant sa carte de séjour pluriannuelle, le préfet du Nord a porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale.
6. En conséquence, la décision du 15 octobre 2021 par laquelle le préfet du Nord a retiré à M. A B sa carte de séjour pluriannuelle doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, celles datées du même jour portant obligation de quitter le territoire français sans délai, interdiction de retour sur le territoire français avant l'expiration d'un délai deux ans et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à M. A B en l'absence de demande d'aide juridictionnelle formée par ce dernier.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 15 octobre 2021 par lequel le préfet du Nord a retiré à M. A B sa carte de séjour pluriannuelle, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a interdit le retour sur le territoire français avant l'expiration d'un délai deux ans et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement est annulé.
Article 2 : L'Etat versera à M. A B une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B, à Me Girsch et au préfet du Nord.
Copie sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Paganel, président,
M. Quint, premier conseiller,
Mme Dang, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.
Le président-rapporteur,
Signé
M. C
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
Signé
A. QUINT
La greffière,
Signé
N. PAULET
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2108574
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026