lundi 6 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2108677 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | BALAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 novembre 2021 et 26 août 2022, M. et Mme D E, représentés par Me Balaÿ, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2021 par lequel le préfet du Nord a délivré au ministre de l'intérieur un permis de construire pour l'édification d'un commissariat de police sur un terrain sis 300 rue Clémenceau à Wattignies, parcelle section cadastrée AH 237, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils ont intérêt à agir ;
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- le permis a été accordé au vu d'un dossier de permis de construire insuffisant au regard des dispositions des articles R. 431-9, R. 431-10, R. 431-13 et R. 431-21 du code de l'urbanisme en l'absence d'un plan de masse et de documents graphiques suffisants, de l'accord du gestionnaire du domaine pour engager la procédure d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public et de la justification du dépôt de la demande de permis de démolir ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article R. 431-21 du code de l'urbanisme dès lors que l'autorisation de permis de construire ne vaut pas autorisation de démolir ;
- il méconnaît les dispositions du 12 du b) du I de la section III du chapitre 2 du titre 2 du livre I du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la métropole européenne de Lille (MEL) relatives à l'implantation des constructions par rapport aux voies ouvertes à la circulation, le bâtiment étant implanté à plus de 3 mètres de l'alignement de la rue Clémenceau et de l'emprise publique ;
- il méconnaît les dispositions du b) du 2 du L du I de la section III du chapitre 1 du titre 1 du livre I du règlement du PLUi de la MEL relatives aux champs captants dès lors qu'il ne prévoit pas de dispositifs permettant la rétention des matières polluantes provenant des zones imperméabilisées ;
- il méconnaît les dispositions du A du II de la section II du chapitre 3 du titre 2 du livre I du règlement du PLUi de la MEL relatives aux clôtures dès lors qu'il prévoit des clôtures pleines en palplanche ;
- il méconnaît les dispositions du A du III du chapitre 4 du titre 2 du livre I du règlement du PLUi de la MEL relatives au stationnement des vélos dès lors qu'il ne comporte pas un nombre d'emplacements pour les vélos correspondant aux besoins des employés et des usagers ;
- il méconnaît les dispositions du a) du 1 du A du I de la section III du chapitre 2 du titre 2 du livre I du règlement du PLUi de la MEL relatives aux surplombs et saillies et les dispositions de l'annexe E du règlement de voierie communautaire dès lors que le niveau R+1 du projet surplombe la rue Clémenceau ;
- il méconnaît l'orientation d'aménagement et de programmation " trame verte et bleue " du PLUi de la MEL dès lors qu'il prévoit une diminution des espaces verts ;
- le dossier de demande de permis a été obtenu de manière frauduleuse dès lors que le ministre de l'intérieur a volontairement omis de mentionner la démolition de la clôture mitoyenne à son terrain.
Par des mémoires, enregistrés le 15 septembre 2022 et le 20 avril 2023, le préfet du Nord conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable, à défaut pour les requérants de justifier d'un titre de propriété récent ou de tout autre acte de nature à établir le caractère régulier de l'occupation ou de la détention de leur bien en application de l'article L. 600-4 du code de l'urbanisme ;
- les moyens soulevés par M. et Mme E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grard,
- les conclusions de M. Liénard, rapporteur public,
- et les observations de Me Fourquet substituant Me Balaÿ et représentant
M. et Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer a déposé, le 9 septembre 2020, une demande de permis de construire en vue de l'édification d'un commissariat de police sur un terrain sis 300 rue Clémenceau à Wattignies, parcelle section cadastrée AH 237. Par un arrêté du 30 mars 2021, le préfet du Nord a délivré le permis de construire demandé.
Par un courrier du 8 juillet 2021, M.et Mme E ont formé un recours gracieux qui a été implicitement rejeté. Par un arrêté du 23 novembre 2022, le préfet du Nord a délivré le permis de construire modificatif demandé le 24 juin 2022 par le ministre de l'intérieur et des outre-mer. Par la requête susvisée, M. et Mme E demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 mars 2021 du préfet du Nord, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux.
2. Lorsqu'une autorisation d'urbanisme a été délivrée en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance de l'autorisation, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'une autorisation modificative dès lors que celle-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédée de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Elle peut, de même, être régularisée par une autorisation modificative si la règle relative à l'utilisation du sol qui était méconnue par l'autorisation initiale a été entretemps modifiée ou si cette règle ne peut plus être regardée comme méconnue par l'effet d'un changement dans les circonstances de fait de l'espèce. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre l'autorisation initiale.
3. Il résulte de ce qui précède que la légalité du permis de construire délivré au ministre de l'intérieur et des outre-mer doit être appréciée en tenant compte des modifications apportées à l'arrêté du 30 mars 2021 par l'arrêté du 23 novembre 2022.
Sur la compétence du signataire de l'arrêté du 30 mars 2021 :
4. Aux termes de l'article L. 422-2 du code de l'urbanisme : " Par exception aux dispositions du a de l'article L. 422-1, l'autorité administrative de l'Etat est compétente pour se prononcer sur un projet portant sur : / a) Les travaux, constructions et installations réalisés pour le compte d'Etats étrangers ou d'organisations internationales, de l'Etat, de ses établissements publics et concessionnaires ; () ". Aux termes de l'article R. 422-2 du même code : " Le préfet est compétent pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable dans les communes visées au b de l'article L. 422-1 et dans les cas prévus par l'article L. 422-2 dans les hypothèses suivantes : / a) Pour les projets réalisés pour le compte d'Etats étrangers ou d'organisations internationales, de l'Etat, de ses établissements publics et concessionnaires ;
/ () / e) En cas de désaccord entre le maire et le responsable du service de l'Etat dans le département chargé de l'instruction mentionné à l'article R. 423-16 ; / () / Le préfet peut déléguer sa signature au responsable du service de l'Etat dans le département chargé de l'instruction ou à ses subordonnés, sauf dans le cas prévu au e ci-dessus. ".
5. D'une part, il ressort de l'article 1er de l'arrêté du 19 février 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Nord du 25 février 2021, que le préfet du Nord a donné à M. Simon Fetet, secrétaire général de la préfecture du Nord, délégation pour signer " d) tous arrêtés () relevant des autres attributions de l'Etat dans le département du Nord () ". D'autre part, il ressort de l'article 5 de ce même arrêté qu'en cas d'absence ou d'empêchement de M. Simon Fetet, la délégation de signature qui lui est conférée par les articles 1er à 4 de cet arrêté est exercée par M. C B, signataire de l'arrêté attaqué, en sa qualité de secrétaire général adjoint de la préfecture du Nord. Une telle délégation, suffisamment précise, permettait ainsi à M. C B de signer la décision contestée, les requérants n'établissant pas que M. A n'était pas absent ou empêché à la date du 30 mars 2021. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 30 mars 2021 attaqué manque en fait et doit, par suite et en tout état de cause, être écarté.
Sur la composition du dossier :
6. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
En ce qui concerne le plan de masse et les documents graphiques :
7. Aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme :
" Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement () ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : / () / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. ".
8. En l'espèce, si le plan de masse joint au dossier de demande de permis de construire initial ne fait pas apparaître les plantations maintenues, supprimées ou créées, il ressort toutefois de la notice architecturale, du plan de masse et du plan des réseaux produits à l'appui de la demande de permis de construire modificatif que les cinq arbres de haute tige situés en limite séparative avec la rue Clémenceau seront abattus et que quinze arbres de haute tige seront plantés. Ces pièces font également figurer les arbustes, haies et gazons prévus par le projet. D'autre part, le plan des réseaux précité fait non-seulement apparaître les réseaux d'eau, d'électricité ainsi que les réseaux Enedis et Orange, mais il fait aussi figurer les réseaux d'assainissement. Enfin, s'il est soutenu que le plan de masse joint à la demande de permis de construire initial se borne à indiquer la présence d'un local vélo sans préciser le nombre d'emplacements, il ressort toutefois de la notice architecturale et du plan de masse produits à l'appui de la demande de permis de construire modificatif que dix-huit emplacements seront réservés au personnel et que quatre places seront dédiées aux visiteurs.
Par ailleurs, si les requérants soutiennent que le dossier de demande de permis de construire initial ne permet pas d'apprécier l'insertion du projet par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, le dossier de demande de permis de construire modificatif enregistré le
24 juin 2022 comporte un plan d'insertion du projet faisant apparaître aussi bien les constructions avoisinantes, que les paysages dans lesquels il s'insère. Par suite, ces omissions ont été régularisées par le dossier de demande de permis de construire modificatif et ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui de la demande d'annulation du permis de construire initial.
Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des articles R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'urbanisme doivent être écartés.
En ce qui concerne l'autorisation d'occupation temporaire du domaine public :
9. Aux termes de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet de construction porte sur une dépendance du domaine public, le dossier joint à la demande de permis de construire comporte une pièce exprimant l'accord du gestionnaire du domaine pour engager la procédure d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public. ".
Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'un projet de construction comprend des éléments en surplomb du domaine public, le dossier de demande de permis de construire doit comporter une pièce exprimant l'accord du gestionnaire du domaine public pour engager la procédure d'autorisation d'occupation temporaire de ce domaine.
10. Il ressort des pièces du dossier et notamment du dossier de demande du permis de construire modificatif que la partie de la façade est du projet située en surplomb de la rue Clémenceau a été supprimée. Par suite, l'absence de pièce exprimant l'accord du gestionnaire du domaine public pour engager la procédure d'autorisation d'occupation temporaire de ce domaine parmi les pièces du dossier de demande du permis de construire initial ne peut plus être utilement invoqué à l'appui de la demande d'annulation dudit permis. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme doit être écarté.
En ce qui concerne la demande de permis de démolir :
11. D'une part, aux termes de l'article R. 431-21 du code de l'urbanisme :
" Lorsque les travaux projetés nécessitent la démolition de bâtiments soumis au régime du permis de démolir, la demande de permis de construire ou d'aménager doit : / a) Soit être accompagnée de la justification du dépôt de la demande de permis de démolir ; / b) Soit porter à la fois sur la démolition et sur la construction ou l'aménagement. ". D'autre part, aux termes du glossaire du rapport de présentation du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la métropole européenne de Lille (MEL), dans sa rédaction applicable au permis litigieux :
" Un bâtiment est une construction couverte et close ".
12. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la notice architecturale que le projet contesté implique la démolition d'une clôture en béton située en limite de propriété du terrain d'assiette du projet. Toutefois, cette clôture, qui ne clôt aucun espace et qui ne supporte aucune toiture, ne présente pas le caractère d'un bâtiment au sens de l'article R. 431-21 du code de l'urbanisme précité et n'était donc pas soumise au régime du permis de démolir. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que par son arrêté du
23 novembre 2022, le préfet du Nord a autorisé la démolition des clôtures existantes.
Par suite, le moyen tiré de ce que la demande de permis de construire initial n'a pas été accompagnée de la justification du dépôt de la demande de permis de démolir ou porterait à la fois sur la démolition et sur la construction ne peut qu'être écarté.
Sur l'absence d'autorisation de démolir :
13. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 23 novembre 2022 par lequel le préfet du Nord a délivré au ministre de l'intérieur un permis de construire modificatif vaut également permis de démolir les clôtures existantes. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-21 du code de l'urbanisme doit, en tout état de cause, être écarté.
Sur l'implantation des constructions par rapport aux voies ouvertes à la circulation :
14. Aux termes des dispositions du 12 du b) du I de la section III du chapitre 2 du titre 2 du livre I du règlement du PLUi de la MEL, dans sa rédaction applicable au litige : " Cas particulier / Il n'est pas fixé de règles en matière d'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques pour les constructions et les extensions relevant des sous-destinations " locaux et bureaux accueillant du public des administrations publics et assimilés " et " établissements d'enseignement, de santé et d'action sociale ". ".
15. Il ressort des pièces du dossier et notamment du formulaire Cerfa joint au dossier de demande de permis de construire initial que le projet litigieux, qui consiste en l'édification d'un commissariat de police, relève de la destination " équipement d'intérêt collectif et services publics " ainsi que de la sous-destination " locaux et bureaux accueillant du public des administrations publiques et assimilés ". Eu égard aux modifications apportées aux règles d'implantation des constructions par rapport aux voies ouvertes à la circulation telles qu'existantes à la date à laquelle le permis de construire initial a été délivré et aux règles applicables sur ce point à la date de délivrance du permis de construire modificatif telles que citées au point précédent, ces dernières ne prévoit plus de règle d'implantation par rapport aux voies et emprises publiques en ce qui concerne le projet litigieux en raison de sa sous-destination. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des règles relatives à l'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques prévues par le règlement du PLUi de la MEL doit être écarté en tant qu'il est inopérant.
Sur le traitement des eaux pluviales et de ruissellement :
16. Aux termes des dispositions du b) du 2 du L du I de la section III du chapitre 1 du titre 1 du livre I du règlement du PLUi de la MEL, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Pour toutes les occupations des sols autorisées : / - Les aménagements et constructions ne perturbent pas les écoulements des eaux superficielles et souterraines. Au-delà de cette garantie de transparence hydraulique, les constructions et les installations ne portent pas atteinte et contribuent au maintien pérenne de la qualité des eaux, / - Les fondations des constructions ou installations et leur mode de réalisation ne constituent pas de barrières hydrauliques, / - L'ensemble des eaux pluviales issues des zones non imperméabilisées et celles des toitures et terrasses des bâtiments soit infiltré, / - En cas d'impossibilité pédologique justifiée, il est demandé que soit mise en œuvre une rétention des eaux pluviales issues des zones imperméabilisées et un rejet à débit limité au milieu naturel ou au réseau d'assainissement en dernier recours, / - Soit prévu des dispositifs permettant la rétention de matières polluantes avant infiltration des eaux provenant des zones imperméabilisées. Ces dispositifs sont réalisés et entretenus de manière à prévenir toute dégradation des eaux, / - La gestion des eaux pluviales issues des zones imperméabilisées à l'exclusion de celles provenant des toitures et des terrasses doit permettre la rétention des matières polluantes avant restitution afin d'éviter sur une même unité foncière le ruissellement des eaux potentiellement polluées issues des zones imperméabilisées vers les zones non imperméabilisées. / Le renouvellement des infrastructures doit intégrer de hautes performances environnementales à savoir : ouvrages de collecte des eaux de ruissellement étanches et mise en œuvre de bassins de tamponnement, voire infiltration après dépollution "
17. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la notice descriptive et du plan des réseaux produits à l'appui du dossier de demande de permis de construire modificatif que des chemins piétonniers seront réalisés en pavés en béton infiltrant et que le parking sera composé de dalles pavées " TTE " pour privilégier l'infiltration des eaux pluviales.
Par ailleurs, le projet prévoit l'installation d'un dispositif d'avaloirs munis de filtres adaptés permettant de récolter les eaux pluviales de ruissellement provenant de la voie de distribution du parking, des toitures et des voieries d'accès à la cour de service. Il ressort de la notice précitée que ces eaux seront ensuite stockées dans un bassin de rétention avant d'être infiltrées dans le sol et que le surplus sera redirigé vers le réseau public. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance b) du 2 du L du I de la section III du chapitre 1 du titre 1 du livre I du règlement du PLUi de la MEL doit être écarté en tant qu'il manque en fait.
Sur les clôtures :
18. Aux termes des dispositions du A du II de la section II du chapitre 3 du titre 2 du livre I du règlement du PLUi de la MEL, dans sa rédaction applicable en l'espèce :
" Les clôtures implantées le long d'une voie publique ou privée ouverte à la circulation ou en retrait de celles-ci doivent, sur une hauteur maximale de deux mètres, être constituées soit :
/ - de dispositifs à claire voie, c'est-à-dire comportant au moins 50% de vide ;
/ - d'un mur bahut d'une hauteur maximale de 1 mètre surmonté de dispositifs à claire voie ;
/ - de haies vives ; / - de dispositifs pleins d'une hauteur maximale de 1 mètre. () ".
Et aux termes des dispositions du B du II de la section II du chapitre 3 du titre 2 du livre I du même règlement, dans sa version applicable au litige : " Des dispositifs différents peuvent être autorisés ou imposés pour adapter la clôture au contexte urbain dans les cas suivants :
/ - pour les projets situés notamment dans les secteurs de la trame verte et bleue et dans les hémicycles repérés au plan, en franges urbaines, ainsi que dans les secteurs des plans de prévention du risque inondation, un dispositif spécifique de clôture peut être imposé ;
/ - pour les unités foncières situées à l'angle de deux voies et les unités foncières bordées de plusieurs voies, un dispositif plein pourra être autorisé le long de l'une d'entre elles ;
/ - pour préserver l'harmonie des clôtures environnantes ; / - pour des raisons architecturales justifiée, ou de protection acoustique vis-à-vis d'une voie bruyante ou très bruyante, un dispositif plein et/ou supérieur à la hauteur maximum de 2 mètres pourra être autorisé ;
/ - pour des raisons de sécurité tenant à la nature de l'occupation, un dispositif plein et supérieur à la hauteur maximum de 2 mètres pourra être autorisé. "
19. Il ressort du dossier de demande de permis de construire modificatif, lequel a été obtenu le 23 novembre 2022 après une modification des règles du PLUi concernant la nature et le type de clôtures susceptibles d'être autorisées pour des raisons de sécurité, que le terrain d'assiette du projet modifié sera clôturé par des panneaux en béton gris avec incrustation de panneaux métalliques d'une hauteur de trois mètres. Le projet litigieux consistant en l'édification d'un commissariat de police, l'installation de tels dispositifs pleins et d'une hauteur supérieure à la hauteur maximale de deux mètres autorisée est justifiée par des raisons de sécurité tenant à la nature de l'activité exercée. Dès lors, le vice tenant à la méconnaissance des dispositions du A du II de la section II du chapitre 3 du titre 2 du livre I de ce règlement a été régularisé par le permis de construire modificatif et ne peut plus être utilement invoqué à l'appui de la demande d'annulation du permis de construire initial. Par suite, le moyen doit être écarté.
Sur les aires de stationnement des vélos :
20. Aux termes du A du III du chapitre 4 du titre 2 du livre I du règlement du PLUi de la MEL, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Les aires de stationnement des vélos doivent répondre aux normes de stationnement indiquées ci-après : / ()
/ Le nombre d'emplacements doit répondre aux besoins des employés, clients ou usagers ".
21. Il ressort du plan de masse produit à l'appui du dossier de demande de permis de construire initial que le projet prévoit un local pour les vélos. S'il est soutenu que le pétitionnaire ne justifie ni du nombre d'emplacements pour vélos, ni du fait que ce nombre réponde aux besoins des employés, clients ou usagers, il ressort toutefois de la notice descriptive jointe au dossier de demande de permis de construire modificatif et de la déclaration d'effectifs prévisionnelle que le projet comportera dix-huit emplacements pour les
soixante-douze membres du personnel du commissariat estimés et quatre emplacements pour les vingt-neuf usagers estimés. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces emplacements ne correspondraient pas aux besoins des employés et usagers. Par suite, le permis de construire modificatif ayant régularisé le vice invoqué, celui-ci ne peut plus être utilement invoqué à l'appui de la demande d'annulation du permis de construire initial. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du A du III du chapitre 4 du titre 2 du livre I du règlement du PLUi de la MEL doit être écarté.
Sur les surplombs et saillies :
22. Aux termes des dispositions du a) du 1 du A du I de la section III du chapitre 2 du titre 2 du livre I du règlement du PLUi de la MEL dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Les surplombs et saillies doivent respecter le règlement de voirie, particulièrement pour les constructions bâties et fermées qui sont interdites en surplomb du domaine public. ".
Et aux termes des dispositions de l'annexe E du règlement général de voierie communautaire : " Toutes les constructions bâties et fermées en surplomb du domaine public sont interdites ".
23. Il ressort des pièces du dossier et notamment des plans de coupes, des plans des façades, des plans d'insertion et de la notice descriptive joints au dossier de demande de permis de construire initial que le premier niveau de la façade est du commissariat litigieux surplombe la rue Clémenceau. Toutefois, il ressort du dossier de demande de permis de construire modificatif sur le fondement duquel l'arrêté du 23 novembre 2022 portant permis de construire modificatif a été délivré que ce surplomb a été supprimé. Par suite, le vice tiré de la méconnaissance des dispositions du a) du 1 du A du I de la section III du chapitre 2 du titre 2 du livre I du règlement du PLUi de la MEL ne peut plus être utilement invoqué à l'appui de la demande d'annulation du permis de construire initial. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
Sur l'orientation d'aménagement et de programmation " trame verte et bleue " :
24. Aux termes de l'article L. 151-2 du code de l'urbanisme :
" Le plan local d'urbanisme comprend : / 1° Un rapport de présentation ;
/ 2° Un projet d'aménagement et de développement durables ; / 3° Des orientations d'aménagement et de programmation ; / 4° Un règlement ; / 5° Des annexes () ".
Aux termes de l'article L. 152-1 du code de l'urbanisme : " L'exécution par toute personne publique ou privée de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, et ouverture d'installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan sont conformes au règlement et à ses documents graphiques.
/ Ces travaux ou opérations sont, en outre, compatibles, lorsqu'elles existent, avec les orientations d'aménagement et de programmation. ". Il résulte de ces dispositions que les travaux ou opérations d'urbanisme doivent être compatibles avec les orientations d'aménagement et de programmation (OAP), étant précisé que cette compatibilité avec une OAP donnée doit s'apprécier au regard des caractéristiques concrètes du projet et du degré de précision de l'OAP en cause.
25. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet litigieux devant accueillir le commissariat de police envisagé est couvert par l'OAP " trame verte et bleue " et est implanté au sein d'un " corridor écologique " que le livre I du règlement du PLUi de la MEL définit comme des " voies de déplacements empruntées par la faune et la flore leur permettant d'accomplir leur cycle de vie et permettant le brassage génétique des populations indispensables à la survie de celles-ci. () Ces corridors peuvent être continus (types voies d'eau, haies, ) ou discontinues (bosquets, mares, ). ". S'il est soutenu que le projet litigieux est incompatible avec l'OAP " trame verte et bleue " dès lors qu'il aura pour effet d'entraîner une diminution de la superficie des espaces végétalisés, il ressort toutefois de l'OAP précitée que " La préservation de la trame verte et bleue n'est pas incompatible avec le développement urbain ". Par ailleurs, la circonstance que le projet prévoit l'abattage de cinq arbres de haute tige n'est pas non-plus de nature à le rendre incompatible avec l'OAP " trame verte et bleue " dès lors qu'il ressort de la notice explicative et du plan des réseaux produits à l'appui du dossier de demande de permis de construire modificatif que ces derniers seront remplacés par quinze arbres de haute tige. Enfin, si l'OAP recommande d'" aménager les espaces végétalisés d'un seul tenant et sans enclave ", le projet litigieux, qui n'est pas implanté sur l'axe principal du corridor écologique mais en bordure de celui-ci, n'aura pour effet ni d'empêcher les déplacements de la faune et de la flore au sein de ce corridor, ni de compromettre l'accomplissement de son cycle de vie ou encore son brassage génétique.
Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompatibilité entre le projet et l'OAP " trame verte et bleue " du PLUi de la MEL doit être écarté.
Sur la fraude :
26. Aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " La demande comporte également l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R*423-1 pour déposer une demande de permis. ". Et aux termes de l'article R. 423-1 du même code : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; / b) Soit, en cas d'indivision, par un ou plusieurs co-indivisaires ou leur mandataire ; / c) Soit par une personne ayant qualité pour bénéficier de l'expropriation pour cause d'utilité publique. ". En vertu de l'article R. 431-4 du même code, le dossier est réputé complet lorsqu'il comprend les informations et pièces limitativement énumérées aux articles R. 431-5 à
R. 431-33-1, aucune autre information ou pièce ne pouvant être exigée par l'autorité compétente. Par ailleurs, le permis est délivré sous réserve du droit des tiers, il vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme, il ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. Toute personne s'estimant lésée par la méconnaissance du droit de propriété ou d'autres dispositions de droit privé peut donc faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si le permis respecte les règles d'urbanisme.
27. Il résulte des dispositions précitées qu'une demande d'autorisation d'urbanisme concernant un mur mitoyen soumis au régime juridique de la copropriété peut être régulièrement présentée par son propriétaire, son mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par lui à exécuter les travaux, alors même que la réalisation de ces travaux serait subordonnée à l'autorisation de son copropriétaire, une contestation sur ce point ne pouvant être portée, le cas échéant, que devant le juge judiciaire. Une contestation relative au défaut d'autorisation des travaux par le copropriétaire ne saurait caractériser une fraude du pétitionnaire visant à tromper l'administration sur la qualité qu'il invoque à l'appui de sa demande d'autorisation d'urbanisme, l'absence d'une telle autorisation comme un refus d'autorisation des travaux envisagés par le copropriétaire étant, par eux-mêmes, dépourvus d'incidence sur la qualité du copropriétaire à déposer une demande d'autorisation d'urbanisme et ne pouvant être utilement invoqués pour contester l'autorisation délivrée.
28. Ainsi qu'il a été dit, le projet litigieux prévoit la démolition de la clôture en béton séparant le terrain d'assiette du projet de la propriété de M. E.
Le ministre de l'intérieur et des outre-mer pouvait seul, en sa qualité de copropriétaire de cette clôture mitoyenne, solliciter l'autorisation de la démolir. La circonstance selon laquelle le ministre n'aurait pas sollicité l'autorisation préalable du requérant pour la démolition de cette clôture n'est ainsi pas susceptible de caractériser une fraude visant à tromper l'administration sur la qualité invoquée par le pétitionnaire à l'appui de la demande de permis de construire au sens de l'article R. 432-1 du code de l'urbanisme précité et l'absence d'une telle autorisation ne peut être utilement invoquée pour contester l'autorisation délivrée. Par suite, le moyen doit ainsi être écarté.
29. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de
non-recevoir opposée en défense, que la requête de M. et Mme E doit être rejetée, y compris les conclusions relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme D E, au préfet du Nord, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la commune de Wattignies.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Chevaldonnet, président,
- Mme Grard, première conseillère,
- Mme Leclère, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.
La rapporteure,
Signé
E. GRARDLe président,
Signé
B. CHEVALDONNET
La greffière,
Signé
M. F
La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026