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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2108692

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2108692

jeudi 20 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2108692
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL BASSET & MACAGNO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 novembre 2021, la société par action simplifiée unipersonnelle Espace Promotion France, représentée par Me Balaÿ, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 juin 2021 par lequel le maire de la commune de Marly a refusé de lui délivrer un permis de construire quatre-vingt-dix-sept logements, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Marly, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, de lui délivrer le permis de construire sollicité dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Marly la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le projet ne méconnait pas les dispositions du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de Valenciennes Métropole relatives à la qualité urbaine, architecturale, environnementale et paysagère, le projet relevant des principes de l'architecture bioclimatique ;

- le projet ne méconnait pas les dispositions du PLUi relatives au nombre de places de stationnement ;

- le projet ne méconnait pas les dispositions du PLUi relatives à la création d'un local à vélo.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2022, la commune de Marly, représentée par l'AARPI Tejas Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

- la méconnaissance par le projet des dispositions du PLUi de Valenciennes Métropole concernant les toitures en terrasse, l'installation de circuit électrique spécialisé pour la recharge de véhicule électrique ou hybride et l'aménagement des clôtures situées en limite séparative d'une zone naturelle justifie la décision attaquée, au besoin par substitution de motif.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leclère,

- les conclusions de M. Babski, rapporteur public,

- et les observations de Me Balaÿ, représentant la société Espace Promotion.

Considérant ce qui suit :

1. Le 27 novembre 2020, la société Espace Promotion France a sollicité la délivrance d'une autorisation d'urbanisme en vue de la construction sur un terrain situé avenue Jacques Brel et Jean Ferrat de 97 logements sous la forme de deux immeubles, un de quarante et un logements et un autre de trente-six ainsi que vingt maisons jumelées. Par un arrêté du 16 juin 2021, le maire de la commune de Marly a refusé de délivrer le permis de construire sollicité. Par la requête susvisée, la société Espace Promotion France demande au tribunal d'annuler cet arrêté ainsi que la décision rejetant implicitement son recours gracieux en date du 6 juillet 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de la section C, du thème n°2, du règlement applicable à la zone 1AU-secteur 4 du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de Valenciennes Métropole : " Pour les nouvelles constructions à vocation d'habitation ou pour tous les travaux visant à augmenter le nombre de logements : Il est exigé 1 place de stationnement par tranche entamée de 50 m2, avec au minimum 1 place et un maximum de 3 places imposées par logement (garage compris) ".

3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la notice architecturale et du plan de masse produits dans le cadre de la demande de permis de construire présentée le 27 novembre 2020, que le projet prévoit la construction d'une surface de plancher totale de 6 274,12 m2 pour un total de 97 logements. Pour l'application des dispositions précitées, il se doit ainsi de comporter au moins 126 places de stationnement. Il n'est pas contesté par la commune qu'il prévoit en dernier lieu la création de 127 places de stationnement. Par suite le maire a entaché son arrêté d'une erreur de droit en refusant le permis sollicité au motif que le projet méconnait les dispositions de la section C du thème n°2 du règlement applicable à la zone 1AU-secteur 4 du PLUi de Valenciennes Métropole.

4. Toutefois le maire de la commune de Marly s'est également fondé, pour rejeter la demande de la société Espace Promotion France, sur deux autres motifs.

5. En premier lieu, aux termes des dispositions générales du règlement du PLUi de Valenciennes Métropole, les constructions de logements collectifs neufs doivent " prévoir un local (à vélo) clos au rez-de-chaussée d'une superficie d'au moins 1,5 m2 par logement ".

6. En l'espèce, le projet prévoit la construction de deux bâtiments de logements collectifs qui comprennent deux locaux à vélo d'une superficie respective de 61,5 m2 et 54 m2. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment du plan de masse, que ces deux locaux ne sont pas situés au rez-de-chaussée des bâtiments collectifs à construire mais dans des bâtiments distincts et séparés physiquement de plusieurs mètres des précédents. Dans ces conditions, ces locaux, quand bien même ils sont dédiés spécifiquement au stationnement des cycles et qu'ils sont de plain-pied, ne sauraient être regardés comme étant localisés au rez-de-chaussée pour l'application des dispositions précitées du PLUi. Dans ces conditions, le maire de la commune de Marly ne les a pas méconnues et le moyen doit être écarté.

7. En second lieu, d'une part, les dispositions générales du règlement du PLUi de Valenciennes Métropole relatives à l'aspect extérieur des constructions prévoient que les nouvelles constructions principales à usage d'habitation doivent être réalisées en brique ou dans des matériaux d'apparence similaires, selon une grille de teintes qu'elles précisent. Elles prévoient toutefois que dans " le cadre de constructions de conception bioclimatique, la mise en œuvre de matériaux d'aspect autres que la brique et la tuile de couleur rouge-orangés est tolérée. () ".

8. D'autre part, le PLUi de Valenciennes métropole définit la conception bioclimatique comme " une architecture du projet adaptée en fonction des caractéristiques et particularités du lieu d'implantation, afin d'en tirer le bénéfice des avantages et de se prémunir des désavantages et contraintes. L'objectif principal est d'obtenir le confort d'ambiance recherché de manière la plus naturelle possible en utilisant le moins possible les moyens techniques mécanisés et les énergies extérieures au site. Ces stratégies et techniques architecturales cherchent à profiter au maximum du soleil en hiver et de s'en protéger durant l'été. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que les revêtements des bâtiments collectifs et de certaines annexes doivent être réalisés, au moins pour partie, en enduit blanc ou gris ainsi qu'avec un bardage bois. Pour justifier de l'emploi de matériaux autres que la brique et la tuile couleur rouge-orangés, la société Espace Promotion France fait valoir que son projet a été conçu dans un cadre dit bioclimatique. Si les vingt maisons individuelles doivent être équipées de panneaux photovoltaïques, que leurs pièces à vivre seront orientées soit au sud soit à l'ouest afin de bénéficier pleinement de l'ensoleillement et que l'emploi de certains matériaux comme des briques isolantes type " bio bric " et d'une ossature bois pour les garages est susceptible de générer des économies d'énergie, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'hormis l'emploi des matériaux précités, les logements collectifs, qui représentent soixante-dix-sept des quatre-vingt-dix-sept logements à construire, ont été conçus selon des principes architecturaux dits bioclimatiques, ni la notice architecturale ni aucune autre pièce du dossier de demande de permis de construire ne faisant au demeurant référence à de tels principes. Il apparaît notamment que plusieurs logements situés dans les bâtiments de logements collectifs ne bénéficieront pas d'une exposition adéquate afin de bénéficier des pleins effets de l'ensoleillement et que le mode de chauffage prévu, soit par le biais d'une chaudière gaz à condensation individuelle, ne permet de caractériser une conception du projet dans un cadre bioclimatique. La société pétitionnaire n'a en outre prévu qu'une isolation ordinaire des bâtiments sans envisager par ailleurs l'installation d'un système de récupération des eaux pluviales. Dans ces conditions, le projet ne saurait être regardé comme ayant été conçu dans le cadre des principes architecturaux dits bioclimatiques tels que mentionnés par le PLUi. En l'absence d'une telle conception permettant l'emploi de matériaux autres que la brique et la tuile couleur rouge-orangés pour l'aspect des constructions, le maire de la commune de Marly n'a pas fait une inexacte application des dispositions générales du règlement du PLUi de Valenciennes Métropole en se fondant sur l'absence de conformité de l'aspect extérieur des constructions neuves à ces mêmes dispositions pour refuser le permis de construire sollicité. Le moyen doit donc être écarté.

10. Il résulte de l'instruction que le maire de Marly aurait pris la même décision s'il s'était fondé seulement sur les motifs mentionnés aux points 6 et 9 du présent jugement.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de faire droit à la demande de substitution de motifs présentée par la commune de Marly dans ses écritures en défense, que les conclusions de la société Espace Promotion France tendant à l'annulation de l'arrêté du 16 juin 2021 par lequel le maire de la commune de Marly a refusé de lui délivrer le permis de construire PC 059383 20 O0017 et à celle de la décision implicite de rejet de son recours gracieux, doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la société Espace Promotion France, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Marly qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société requérante demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la société Espace Promotion France une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Marly et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de société Espace Promotion France est rejetée.

Article 2 : La société Espace Promotion France versera à la commune de Marly une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Espace Promotion France et à la commune de Marly.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Leclère, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

M. LECLERELe président,

Signé

B. CHEVALDONNET

La greffière,

Signé

J. DEREGNIEAUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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